Patrick Cohen : A la Une ce matin : Amour, Gloire et Beauté... Bruno Duvic : Il y a presque de la nostalgie ce matin dans les journaux, après l'accord entre la mère et la fille Bettencourt. Alors, oui, ils vont nous manquer ; Liliane, Françoise, François-Marie et les autres, écrit Anne Fulda ce matin dans Le Figaro. Ils étaient devenus des personnages familiers. A quelques milliards près, on s'identifiait presque à leurs problèmes. On s'amusait bien avec ce remake d'"Arsenic et vieilles dentelles". Et ce matin, les journaux lancent une dernière salve de satire : "Grand amour chez les Bettencourt" titre L'Est-Républicain. "C'est une famille formidable" ajoute Libération. "Dimanche, le couvert sera mis pour tout le monde à la table des Bettencourt à Neuilly". On s'amuse, on s'amuse, mais l'affaire est sérieuse ! Cette réconciliation fracassante, ce n'est pas un conte de Noël comme une belle histoire, mais un "compte" de Noël comme un bon calcul. Patrick Fluckiger a bien vu la nuance dans L'Alsace. "C'est un accord très cosmétique" ajoute Jacques Camus dans La République du Centre. Eh oui, parce que les querelles familiales menaçaient l'avenir de L'Oréal. On ne pouvait pas laisser ce fleuron de l'industrie française risquer tomber dans les mains du Suisse Nestlé. Voilà pourquoi, selon beaucoup d'éditorialistes, le pouvoir politique a sans doute joué un rôle dans cette réconciliation. L'Etat français ne pouvait admettre que cet empire économique, L'Oréal, soit capté par Nestlé. Cela relevait de l'intérêt national pour Yves Harté dans Sud-Ouest. Alors exit donc François-Marie Banier, qui garde tout de même tout ce qui lui a été donné. Exit Patrice de Maistre et bienvenue à Jean-Pierre Meyers, gendre de Liliane Bettencourt, autrefois honni, et désormais seul directeur général de la société qui gère sa fortune. Dans La Tribune, Pierre-Angel Gay voit même dans cet épilogue, une leçon de chose du capitalisme familial. Pour Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, bien évidemment, le pouvoir politique n'est sans doute pas resté neutre pour une autre raison : cette affaire a fait remonter à la surface, tous les fantasmes réalisés ou non, sur les liens troubles entre l'argent et la politique. Et il faudra plus qu'une fin à l'eau de rose pour dissiper le parfum vaguement écœurant d'une promiscuité gênante. D'ailleurs, rappellent "rue89" et "mediapart", si le chapitre familial de l'affaire semble clos, reste le plus explosif : le versant politique. Soupçons de fraudes fiscales, de conflits d'intérêts, de financements politiques. Cette partie-là de l'enquête demeure. On verra quelle suite y est donnée à Bordeaux. Commentaire de Xavier Panon dans La Montagne : "On souhaite que l'instruction bordelaise ne débouche pas sur un autre pschitt". Et dans ce volet politique, un homme "se retrouve quand même tout-nu à marée basse" écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain, c'est Eric Woerth. "Viré du gouvernement, épuisé par la réforme des retraites, bouc-émissaire d'une tragi-comédie, le lampiste est abandonné aux lions. Dure leçon !". A propos de leçon, Guillaume Goubert dans La Croix en retient une dernière de cette affaire ; "La réussite de L'Oréal, entreprise remarquablement gérée, rapporte beaucoup d'argent à ses actionnaires, tellement que la folie les guette ! Il faut beaucoup de vertu pour agir avec dignité, décence, et repousser la tentation de dilapider et corrompre. Mais c'est possible !". Patrick Cohen : Et la saga Bettencourt s'est déroulée sur fond de crise économique.... Bruno Duvic : Crise et méfiance vis-à-vis des banques. Peut-on se passer des banques ? Question ce matin à la Une du Parisien, après l'appel au boycott d'Eric Cantona. On en parlait dans le journal de 8h. Dans les entreprises, le débat sur d'éventuelles hausses de salaire semble clos. "Salaires : ce qui attend les cadres en 2011" titrent ce matin Les Echos. Toute petite progression : 2,5% l'an prochain selon l'étude du journal et du groupe Segos. C'est la troisième année consécutive de ralentissement. Près de la moitié des cadres estime que leur pouvoir d'achat recule. Commentaire de Jean-Francis Pécresse dans l'édito des Echos : "Le malaise des cadres participe du mal-être des classes moyennes. Ces Français du milieu ont vocation à être les cibles de politique publique mieux ciblée". Le climat économique dans la presse ce matin, c'est encore la Une de La Tribune : "Paris se vide de ses grandes entreprises. Elles s'installent de plus en plus de l'autre côté du périph, l'immobilier y est moins cher". Et puis, deux histoires industrielles dans L'Humanité. Le lent et constant déclin de l'industrie en France. Nouvelle illustration : encore un équipementier automobile en grande difficulté. Sealynx : 810 salariés, dont plus de 700 dans l'Eure. Audience aujourd'hui au Tribunal de Commerce entre redressement judiciaire et liquidation. Mais L'Huma raconte aussi l'histoire de cette fonderie près d'Agen, vouée à disparaître. Les salariés ont négocié un parcours de professionnalisation, pour continuer à faire tourner la machine, avec le repreneur italien. Ils sont en train de réussir leur pari. "La fonderie reprend vie" écrit L'Huma. Patrick Cohen : Et pour finir : un regard sur le changement climatique, en plein sommet de Cancun... Bruno Duvic : Le Monde Diplomatique publie ce mois-ci un texte de l'écrivain Gilles Lapouge sur les pôles. La fonte des glaces de l'océan Arctique va, dans les années à venir, ouvrir le passage entre l'Amérique et l'Orient. Puisque les glaces ne les bloqueront plus, les bateaux pourront naviguer. Et c'est le prélude à un Eldorado : sous les mers gelées, le pétrole et autres richesses modernes attendent d'être exploités. On imagine les conséquences économiques et écologiques. Gilles Lapouge en voit une autre : c'est notre paysage mental qui va changer. Le blanc va nous manquer. La blancheur du néant, de l'infini et de l'inconnu. Sur ce silence et cette blancheur qui avaient échappé aux curiosités de fouine de l'Histoire vont converger les bulldozers et les pelles mécaniques, les raffineries, les fuites de gaz, les bateaux monumentaux. Au milieu des icebergs en déroute, la mer sera boueuse. Le beau silence d'avant l'Histoire sera remplacé par le hurlement des sirènes et des marteaux. Une des dernières réserves de la beauté des choses sera finie. Le jour où des flottes de commerce se glisseront entre les îles canadiennes ou le long de la Sibérie, ce jour marquera une grande date dans l'Histoire du monde !

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