(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la dure réalité

(Bruno Duvic) « La réalité, disait le psychanalyste Jacques Lacan, c'est quand on se cogne. » La définition est dans Le Parisien-Aujourd'hui en France .

A la Une du journal : « Florange, autopsie d'un désastre ». En retirant le projet Ulcos de fabrication plus écologique de l'acier, le groupe de sidérurgie Mittal enlève aux hauts-fourneaux quasiment leur dernière raison d'être. Il réduit un peu plus la portée de l'accord avec le gouvernement sur l'avenir du site de Lorraine.

En Lorraine, la réalité qui cogne prend 3 visages :

  • celui du patron d'un groupe mondial pour qui un accord avec un gouvernement ne vaut pas tripette. Et Gérard Horny explique pourquoi sur slate.fr . "Des pressions politiques, Lakshmi Mittal en subit tous les jours dans la vingtaine de pays où il a des installations. Il accorde plus d'importance aux inquiétudes de ses banquiers et aux récriminations de ses actionnaires."

  • Autres visage de la réalité, ceux d'ouvrier qui se sentent trahis. Article de Nicolas Domenach dans Marianne à paraître demain. « Personne à gauche ne peut chasser aujourd'hui de son esprit ces visages fulminants d'indignation. Et ce mot qui tranche : trahison ». Sous la plume de Domenach, l'un des invités du matin sur France Inter, le leader CFDT Edouard Martin, « working class hero », est rebaptisé « Edouard aux mains d'acier ».

« Florange, la rage et le flou », c'est le titre de L'Humanité . Rage contre le Premier Ministre, monté en première ligne dans cette affaire. En titre dans Libération , c'est « Ayrault l'enfumeur ».

Matignon a beau dire que l'accord signé avec Mittal sauve 650 emplois, le chef du gouvernement prend des éclats de ferraille plein la figure. "Ayrault joue totalement son rôle de fusible" commente un ministre dans Libération . Même si le président a été contrait de sortir du bois hier.

  • 3ème visage de la réalité qui cogne : celui d'un partie de la gauche, de plus en plus mal à l'aise au sein de cette majorité à la politique pas si différente de celle qui l'a précédée.

Ivan Rioufol s'en amuse dans Le Figaro : « Voici un gouvernement de gauche contraint de tirer un trait sur ses utopies. Cela s'appelle un virage à droite. »

Car l'affaire Mittal vient après le pacte de compétitivité, et le traité européen de rigueur.

Quelle est l'ampleur du malaise ? Un petit signe : dans le baromètre CSA pour Les Echos , Arnaud Montebourg, l'homme qui défendait la nationalisation de Florange, gagne 6 points auprès des électeurs de gauche. L'homme le plus populaire reste celui qui a plaidé pour une gauche efficace hier soir à la télévision : Manuel Valls.

A propos de Montebourg, selon Le Parisien , son projet de nationalisation partielle du site de Florange était rédigé et il est toujours disponible. L'idée fait un petit retour, elle est défendue par trois élus socialistes dans Libération .

A contrario, dans Les Echos , Eric le Boucher se désole de cette attention politique et médiatique portée à Florange : « déni de réalité ». Pour lui, l'acier lorrain, c'est fini. « Depuis 40 ans, la réalité c'est l'acier coulé en bord de mer. »

Pour conclure ce chapitre, parole au délégué CGT de Florange. Portrait de Lionel Buriello dans Libération . Ce petit fils d'immigré portugais est en train de se faire construire une maison à un jet de caillou de Florange. Donc il ne compte pas quitter la région : "Mon grand père a eu les couilles de parcourir 2.200 kilomètres en train depuis Porto pour venir ici. Mais mère a fait une partie du voyage dans une valise pour échapper au contrôleur. Tout ça c'est pas pour que je parte d'ici maintenant. Jamais. Je serais la honte de ma famille."

Quoi d'autre dans la presse ?

D'abord vous dire que l'impression et la distribution de la presse sont encore erratiques ce matin. Vous ne trouverez pas partout vos quotidiens.

Encore une pierre pour le gouvernement. A la Une du Figaro : « Et maintenant un impôt sur les résidences secondaires… » C'est un amendement au budget rectificatif. « La taxe week-end, il fallait y penser ! » C'est le titre de l'éditorial.

Dans l'affaire Cahuzac, la suggestion de Rue89 . Pour mettre fin à la polémique, le ministre du budget peut demander à UBS le lever le secret bancaire le concernant. Une simple lettre recommandée selon le site et la banque aura le droit de dire si oui ou non, Jérôme Cahuzac a ouvert un compte chez elle.

Le Téléthon, toujours aussi populaire dans la presse régionale. Et à la Une de La Croix : « Le Téléthon est à l'heure des médicaments ». Grace aux dons récoltés année après année, l'Association française contre les myopathies se prépare à la fabrication de traitements. Elle en a le droit désormais. C'est le premier organisme à but non lucratif qui ait le statut d'établissement pharmaceutique. Plus d'une trentaine d'essais cliniques sont en cours ou en préparation.

Une hallucination médiatique, pour finir

Retour à Libération … La fin du monde selon le calendrier maya approche, 21 décembre. Dans le sud ouest de la France, le village de Bugarach, aurait la particularité, selon certaines interprétations du calendrier maya, d'échapper à cette fin du monde. Et la presse s'est emparée de cette histoire. Elle raconte que le village est assailli par les illuminés et les touristes, que la spéculation immobilière bat son plein. Il est question de drôles de champs magnétiques, de boussoles qui s'affolent et de téléphones portables qui disjonctent. Et tout cela est entretenu par la presse.

Alors le documentariste Rémi Lainé et l'écrivain Nicolas d’Estienne d’Orves sont allés à Bugarach. Et en fait, ils n'ont pas vu beaucoup d'illuminés ou de touristes. En réalité, ils ont vu surtout des journalistes.

Peut être eux même ont-ils été victimes d'hallucinations… Allô la terre ? Que se passe-t-il à Bugarach ? Les quatre paysans du coin sont au travail. La vie ordinaire d'un village.

Remarque d'un gendarme : « Avec tous ces journalistes, il faut bien qu'il se passe quelque chose. »

Remarque d'un habitant : « Avec tous ces gendarmes, on va finir par croire qu'il se passe quelque chose. »

Mais non pas grand chose. Le 21 décembre à Bugarach, il restera sans doute aux journalistes à se filmer et s'interviewer entre eux.

Bon week-end !

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