Des policiers s'achètent des casques aux surplus militaires, le Parisien. Une professeure pleure les "beaux visages des enfants" pointés par des flashballs policiers, Libération. La beauté d'une insurrection impure séduit Lundi Matin. La mort d'un héros à Perpignan, l'ancien rugbyman Barend Britz, dans l'Indépendant..

On lit le mot "guerre" ce matin...  

En page quatre du Parisien et dans la verve d'un patron de la sécurité privée, "on se met en mode guerre", car il va dépêcher 500 vigiles pour protéger ses clients dans Paris demain, dans l'émeute déjà annoncée, qui plane et terrifie par avance, et dans le Parisien encore Fréderic et Cédric, policiers dans une Bac parisienne sont allés cette semaine s'acheter des casques dans une boutique de surplus militaires, avant d'être plongés dans "le trou à rat" et de subir à nouveau "la haine dans les regards", et pire peut-être.  Dans l'Express, je lis ceci, d'un gendarme de Narbonne qui samedi dernier a abandonné le terrain quand des émeutiers ravageaient les locaux du peloton autoroutier, "Si nous étions restés, nous n'avions plus que les tirs à balles réelles pour nous défendre..."    

On lit le mot guerre, on suggère l'assassinat aussi, quand le dessin de Kak, à la une de l'Opinion montre un Emmanuel Macron nu sous sa douche, mais derrière le rideau se profile une silhouette menaçante giletée de jaune, et cette réminiscence souriante du film de Hitchcock psychose dit toutes nos ambiances.  

Le pouvoir est-il nu qui appelle au secours les entreprises pour qu'elles versent des primes défiscalisées à leurs employés, c'est la une des Echos et l'ironie du Courrier picard, "patron à votre bon cœur". Le pouvoir a-t-il peur ou veut-il la transmettre quand Benjamin Griveaux n'exclut pas que les émeutiers dimanche aient des armes à feu, le parisien encore... Le pouvoir dit aussi des bêtises, et dans Midi libre encore, sur son site, une député LREM, Aurélie Dubost refuse de regretter d'avoir relayé une infox, selon laquelle l'extrême droite américaine avait acheté le domaine "Gilets jaunes" sur internet, juste à l'élection d'Emmanuel Macron... C'était faux, mais ce bobard fut partagé.  

La psychose est bien là, alors, mais avant il y a les blessures, et c'est un monde si fragile que dévoile la Croix, où je lis ces employés municipaux du Pouzin en Ardèche, qui ramassent les pierres qui décorent le petit jardinet sur le terre-plein central de la rue principale, car on s'est battu au Pouzin avec une rare violence et les gendarmes ne savent pas faire avec l'émeute, ils habitent au bourg avec leur famille et ne discutent plus au rond point avec les gilets jaunes...   

Pour des journaux, cette violence vient aussi des forces de l'ordre... 

Libération  raconte les victimes de ces policiers "qui nous ont gazé de fou" dit une jeune femme et puis frappé aussi les clients d'un fast-food à Paris. Sur son site, le Monde revient  sur une scène glaçante dont vous avez parlé avec Jean-Michel Blanquer, hier à Mantes-la-Jolie des dizaines de lycéens ont été parqués tels des prisonniers de guerre, assis tête baissées et les mains sur la nuque, gardés par des policiers goguenards. Oui mais le Parisien, édition des Yvelines, fait parler le préfet Jean-Jacques Brot qui rappelle que des jeunes émeutiers, la veille, avaient voulu utiliser des bonbonnes de gaz... Jeunes dangereux, jeunes victimes?   "Nos unions départementales essayent de protéger les jeunes qui sont en train de se faire massacrer, on ne frappe pas des gamins", parole du leader de la CGT Philippe Martinez dans le Monde encore .

Dans Libération, lnes Bettaieb, professeur du lycée Simone de Beauvoir de Garges , décrit ces enfants aux visages pointés par un CRS avec son flash-ball et cet élève à la joue déchiquetée par un tir, "ce que l'on fait au beau visage de nos jeunes" dit l'enseignante qui dit aussi ses élèves qui voulaient aller en cours, et qui, elle le jure, ne détestent pas la police et veulent la sécurité, comme tout le monde.  Et c'est plus qu'un témoignage, mais d'une des réflexions qui parsèment les journaux sur un moment terrifiant, mais prometteur pour des intellectuels. 

Un enseignant-chercheur affirme dans The Conversation que les gilets jaunes poussent à la rénovation démocratique; dans le très à gauche lundi matin, un très long texte se réjouit de l'impureté idéologiques des gilets jaunes, « beau comme une insurrection impure » comme dit un graffiti lu à Paris, qui renvoie au musée Grévin les cortèges et les mobilisations d'antan, leurs fantômes et leurs défaites.   Le philosophe Guillaume Le Blanc oppose, c'est dans Libération, la disparition des corps intermédiaire et ce corps du peuple insurrectionnel au corps à corps avec le corps du roi... 

Marianne montre simplement les gilets jaunes et leurs corps justement, et Delphine Notelet, quarante cinq ans et ses cheveux gris en bataille, qui aide les personnes agréés et n'est jamais partie en vacances de son existence, ne se laisse pas simplement oublier, héroïne d'un jour dans l'anonymat d'une vie...   A Calais qui a souffert, Nord Littoral lance une pétition contre la violence. Elle n'avait pas cent signataires ce matin, change.org ne fait partie de la culture locale, ou la violence, fatalité, n'est pas à ce point rejetée. 

Il y a pourtant de l'espérance dans les journaux.   

Et des héros qui racontent les consolations, souvent venus d'ailleurs, pour porter l'espérance comme ces religieux et religieuses assassinés en Algérie et béatifiés demain qui sont célébrés par le Figaro et par la Croix à sa une, mais plus encore que les morts, la Croix dit des vivantes, des religieuses étrangères ayant pris le relais de nonnes assassinées, dans un élan étrange en ces jours de haine, "chaque jour je demande la grâce d'aimer un peu plus les algériens" dit Soeur Philippine Koutamba, du Togo, désormais de Tlemcen...    

L'Equipe raconte une autre histoire d'étranger venu surmonter la haine, il s'appelait Bert Trautmann, beau comme un dieu aryen, il avait été parachutiste et soldat d'élite dans l'Allemagne nazie, et puis, prisonnier de guerre, devint footballeur et héros du club de Manchester city , qui remporta la Cup en jouant avec cinq vertèbres de une nuque brisée, et le rabbin de Manchester était son supporter et avait organisé la paix.    

A Perpignan, le héros venu d'ailleurs, s'appelle Barend Britz, venu d'Afrique du Sud pour devenir deuxième ligne mythique de l'USAP, qu'il emmenait encore à la victoire passé quarante ans,  puis patron d'un bar à son nom, place de la République, j'apprends ce matin sur le site de l'Indépendant que hier soir, un forcené est entré dans ce bar, il a brisé la vitrine avec des chaises puis a frappé Barend Britz à la tête et le héros du rugby est mort. il est d'autres violences, et tant d'autres encore. 

(Nous avons appris la mort de Barend Britz après la diffusion de la revue de presse, nous pensions encore, après un premier papier de l'Indépendant, qu'il avait survécu à son agression, et ce texte n'est pas exactement celui qui a  été prononcé à l'antenne.)

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