Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : politique et café en poudre... Bruno Duvic : Ahmed et Adel sont frères, ils tiennent une boutique de jus de fruits près de la place Tahrir. Il y a une semaine, ils étaient catégoriques : Moubarak devait partir et la brutalité de la répression les révoltait. Mais au fil des jours, ils sont devenus moins sûrs... "Moubarak est un vieil homme, un patriote, il faut le traiter avec dignité... Et puis, les gens sont fatigués, ils ont besoin de gagner leur vie". Dans la rue Qasr al-Aïni, où les deux frères tiennent leur boutique, au début de la révolution, neuf échoppes sur dix étaient fermées. Depuis hier, tout est quasiment revenu à la normale. Ces quelques images, on les trouve dans le reportage de Christophe Ayad pour Libération. Libé qui titre ce matin : "Egypte : révolution inachevée". Pour Christophe Ayad, le pouvoir a repris la main en semant la peur, en jouant la carte du nationalisme, en bourrant les crânes et en prenant tout de même quelques mesures politiques. Révolution inachevée, reprise en main du pouvoir... "Non, répond L'Humanité, le peuple égyptien ne rompt pas." Cyrile Louis, dans Le Figaro, montre les visages et les corps de cette partie de l'Egypte qui continue vaille que vaille à tenir la place de la Libération. Ce sont les gueules cassées de la place Tahrir, héros de la révolte égyptienne. Ils ont la tête bandée, le bras plâtré, les lèvres commotionnées, ce sont des héros en guenille depuis la terrible bataille qui les a opposés aux sbires de Moubarak. "Mais nous préférons mourir libres sur cette place, disent-ils, que vivre bâillonnés à l'extérieur". Patrick Cohen : Alors, que va-t-il se passer en Egypte ? Bruno Duvic : On en arrive au café en poudre... "La démocratie, déclarait samedi Hubert Védrine, ce n'est pas du café instantané". L'expression est reprise par Guillaume Goubert dans La Croix. "Personne, écrit-il, ne peut dire ce qu'il résultera du grand ébranlement à l'œuvre dans le monde arabe. Il faudra beaucoup de temps et de tâtonnements pour construire un nouvel édifice politique. Qualité requise : la patience". Deux semaines seulement que le soulèvement a pris corps. "L'Egypte est en pleine transition" titre Le Parisien. Le symbole de cette transition incertaine, il est en photo à la Une du Financial Times. Une immense pièce avec le portrait d'Hosni Moubarak, mais il n'est pas là. Une immense table présidée par le numéro 2 du régime autour de laquelle sont réunis les partis d'opposition et en particulier, les Frères musulmans. "Les Frères musulmans s'essaient au dialogue"... c'est la Une de La Croix. Et elle est là, l'incertitude. Quel visage va montrer le plus vieux parti islamiste, le seul parti d'opposition véritablement constitué en Egypte ? Visage moderne et modéré de la jeune garde ou visage barbu et radical des vieilles troupes ? Dans Le Figaro, un des représentants des Frères musulmans affirme que son parti croit à la démocratie dans les libertés civiles et le droit à chacun d'exercer sa religion. Mais Libération rappelle la devise des Frères : "Dieu est notre but, le prophète notre chef, le coran notre constitution, le Jihad notre voie, le martyr notre plus grande espérance". Entre ces deux versions, les chercheurs interrogés par la presse, essaient de poser des jalons. La société égyptienne est très conservatrice selon Pierre-Jean Luizard dans La Croix. Les Frères musulmans n'ont jamais été des modérés, ajoute l'économiste Samir Amin dans L'Humanité. Dans Le Figaro, autre écho de spécialiste... D'abord, les gens qui prient sur la place Tahir n'appartiennent pas tous aux Frères. L'islam ne se réduit pas à un mouvement politique et fait partie de l'identité de l'Egypte. Et si les Frères musulmans essaient de s'emparer du mouvement, ils risquent de se retrouver seuls face à l'armée et d'être les principales victimes du régime qui est en train de retrouver sa cohésion. Patrick Cohen : Avant l'Egypte, il y a eu la Tunisie... Et le séjour de Michèle Alliot--Marie en Tunisie continue de faire des remous... Bruno Duvic : "La ministre est embarquée dans une sale affaire" pour France-Soir... "Elle est en zone de turbulence" pour Métro. En filigrane, ou noir sur blanc, les appels à sa démission sont nombreux dans les éditoriaux ce matin. Sur le site "Rue89", Pascal Riché trouve étrange la retenue du président de la République. Dans sa bagarre avec les juges, il ne lésine pas sur les déclarations vertueuses, sur la responsabilité et la nécessité de ne pas laisser passer les fautes. Il pourrait méditer ses propres paroles dans le cas de MAM. Ce qui passe le moins, c'est la déclaration de la ministre selon laquelle "elle n'est plus ministre, justement, quand elle est en vacances". Dans Le Parisien, Madame Alliot-Marie se défend. Elle considère les appels à la démission comme des insultes. "Chacun connaît mon éthique et ma rigueur. Je suis évidemment ministre 365 jours par an, mais dans ma vie privée, je ne suis pas en représentation officielle". Dans Le Figaro, Anne Fulda tente une synthèse... La défense hasardeuse de Michèle Alliot-Marie sur ses voyages dans le jet d'un proche de Ben Ali montre une fois encore, la nécessité d'établir des règles strictes concernant les conflits d'intérêt. Si de telles règles avaient existé, conclut Anne Fulda, on aurait évité ce concert de belles âmes qui se donnent bonne conscience à peu de frais après tant d'années de complaisance en faveur du régime de Ben Ali ! Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : La guerre des labos pharmaceutiques contre les médicaments génériques. C'est la Une du Parisien-Aujourd'hui-en-France. Le journal accuse les labos de freiner les ventes de générique qui réduisent leurs bénéfices. 14 Français s'entraînent dans les camps d'Al-Qaïda dans la zone pakistano-afghane. Manchette du Figaro qui s'appuie sur une note des services de renseignements. Ces jihadistes sont susceptibles, selon le journal, d'organiser des attentats dans leur pays d'origine. Marseille, ville bloquée... Nouvelle illustration à la Une de La Provence... 70% des permis de construire délivrés par la mairie font l'objet de recours. Les pirates informatiques sont-ils capables de faire sauter la Bourse ? A la Une du Wall Street Journal, "le nasdaq touché par des pirates". Mais le système de cotation de la Bourse de New-York n'a pas été touché. Patrick Cohen : Politique et café en poudre... suite et fin... Bruno Duvic : C'est une longue interview du nouveau président du conseil économique et social, Jean-Paul Delevoye dans la revue "Acteurs de l'économie Rhône-Alpes"... Jean-Paul Delevoye est également médiateur de la République. En 2009, il avait publié un rapport sur la très grande fragilité de la société française. Tout cela est très sérieux, et très intéressant à quelques mois de la présidentielle. Dans cette interview, Jean-Paul Delevoye approfondit son constat et fournit une base de réflexion à tous les candidats. Il décrit une société qui a perdu le sens de ce qui la fait vivre en commun. Auparavant, dit-il, le collectif faisait l'individu. Désormais, l'inverse prévaut. La population acceptait les mutations difficiles parce qu'elle était soutenue par des espérances, mais sous le joug d'une phénoménale accélération du temps qui nous maintient constamment sous pression, le sens déserte nos taches et provoque une fragilité qui affecte aussi bien le collectif que l'individu. Il décrit une société consumériste où l'empathie et l'écoute ont disparu. Symptômes de cela : l'analyse comparée des présidentielles 95 et 2002. La première parlait de fracture sociale, la deuxième de sécurité. La préoccupation du "vivre ensemble" a volé en éclat. Il reste quelques mois aux candidats pour répondre à ce constat.

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