(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le rose et le noir

(Bruno Duvic) Sur la peinture, elle a la tête à la renverse, les lèvres roses entrouvertes, et une lourde chevelure rousse. Elle s'appelle Joanna Hiffernan, c'est une irlandaise plantureuse et coquine.

Cette femme, c'est le visage de "L'origine du monde".

Le visage du tableau le plus célèbre de Courbet, dont on pensait qu'il n'était qu'un sexe de femme. C'était en fait le fragment découpé d'une œuvre plus grande. Une étude, pour un tableau conservé à New York "La femme au perroquet". Le visage est un deuxième fragment.

Le visage de "L'origine du monde"... Nous serions le premier avril, on pourrait croire à un poisson du même nom. Mais Paris Match l'assure ce matin à la Une : c'est une « exclusivité mondiale ». Les images et le récit de cette découverte s'étalent sur 10 pages dans le numéro en kiosque ce matin.

L'histoire est un classique du genre. Un amateur d'art achète une toile perdue au milieu de vieux bibelots chez un antiquaire. Elle représente le visage d’une femme. L'amateur a un drôle d'intuition, il la creuse, mène un travail de bénédictin, fait appel aux meilleurs spécialistes et au bout de deux ans et demi, il savoure son triomphe.

Quelques indices : la toile représentant le visage avait manifestement été découpée et repliée sur le châssis du tableau, la peinture continuait sur ses rebords, les couleurs étaient les mêmes que celle du chef d'œuvre du musée d'Orsay. Les proportions correspondent. Etc.

Mais la touche finale de l'enquête c'est évidemment la science qui l'a fournie : datation, radiographie, rayons X et toute la lyre. Les pigments, la couche de peinture, le tissu de la toile, l'écartement des poils du pinceau, la longueur des coups de pinceau, tout correspond.

Joanna était la maitresse du peinte américain et ami de Courbet, James Whistler. Whistler était partageur, Courbet en a profité. Mais la peinture de cette femme au jupon remonté jusqu'à la poitrine, il la cachait dans son atelier. Nous étions dans les années 1860, il pouvait être condamné pour une telle représentation.

Un jour, un diplomate ottoman riche et érotomane vient le voir et lui demande une œuvre coquine. Courbet découpe la toile, cède le bas au diplomate et garde le reste. Les historiens de l'art savaient que ce diplomate, Khalil Bey, était le premier propriétaire de L'origine du monde. Reste maintenant à savoir comment le haut est passé en quelque 140 ans de l'atelier de Courbet à la boutique de l'antiquaire parisien. Et à mettre la main sur les autres fragments du tableau complet.

La publicité s'était donc trompée : d'abord, on enlève le bas, ensuite, on découvre le haut...

Le tableau de la révolution tunisienne est beaucoup plus sombre ce matin

Hier, "la Tunisie a remplacé le jasmin par le carmin", écrit le blogueur Didier Pobel. On pourrait même dire le noir après l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd.

Les hommes de main qui l'ont tué ne lui ont pas laissé la moindre chance. Elodie Auffray décrit dans Libération . « Il sortait de son immeuble hier matin à Tunis (….) Il a été tué à bout portant de 3 balles, dont une dans la tête et une dans le cou. Son assassin a pris la fuite avec un complice à moto. » Rapidement, des centaines de personnes ont afflué devant la clinique où il avait été amené, avant d'escorter l'ambulance transportant sa dépouille vers l'avenue Bourguiba où des milliers de personnes s'étaient rassemblées.

Belaïd, raconte encore Libération , était l'opposant « le plus direct, le plus agressif » à Ennahda, le parti islamiste au pouvoir. Un de ses amis accuse dans Le Parisien-Aujourd’hui en France : « Cet attentat est le fruit d'une branche armée du pouvoir en place. » Conviction partagée par les manifestants, malgré les démentis du gouvernement.

« Tunisie, la révolution trahie », titre Libération . L'assassinat d'hier renforce le climat de violence qui règne dans le pays. Elus et représentants de l'opposition sont de plus en plus pris pour cible, leurs meetings attaqués, qu’ils soient militants laïques, syndicalistes ou journalistes.

Le philosophe Abdelwahab Meddeb dénonce le double discours du chef du parti Ennahda. « Avec les Occidentaux il joue les agneaux, mais c'est un loup déguisé en agneau (…) Il compose, il recule, mais en même temps il laisse agir les extrémistes (…) Comment expliquer que des djihadistes connus continuent de circuler ? La Tunisie, comme l'Egypte, est profondément divisée entre deux visions de la religion et de son rôle dans la société. Une conception intolérante, construite autour du dogme. Et un islam traditionnel, ouvert. »

Appel à la grève générale aujourd'hui. Remaniement gouvernemental annoncé hier soir... Le tableau de la Tunisie deux ans après la chute de Ben Ali, Mediapart le dressait en janvier, à la date anniversaire. « Chômage en hausse, scandales et affaires en cascade, absence de réformes." Mot clé : amertume.

Commentaire des éditorialistes ce matin... Jean Marcel Bouguereau, La République des Pyrénées : « Comme la nôtre, qui a mis des décennies pour accoucher d'une République, les révolutions arabes ne se feront pas en deux ans. C'est une deuxième révolution qui a commencé hier. »

« Mais, se demande Laurent Marchand dans Ouest France : la société civile a-t-elle la force de remettre l'esprit de la révolution à l'ordre du jour ? »

« Le terreau serait favorable aux salafistes, poursuit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain s'ils n'avaient en face d'eux une société civile urbaine et évoluée et attachée à la laïcité. »

D'autres signes de colère à la Une ?

Dans un tout autre contexte évidemment, « La Rage des métallos à Strasbourg » à la Une des Dernières Nouvelles d'Alsace . Venus de Belgique, du Luxembourg et de France ils ont manifesté hier devant le Parlement européen. Et ils ont été traités comme des ennemis par les forces de l'ordre, s'indigne L'Humanité .

Une question en filigrane dans la presse depuis quelques semaines : ces dizaines d'usines qui ferment, ces cas très médiatisés, Mittal, PSA, Petroplus, Goodyear et les autres, y a-t-il un moment où tout cela va se cristalliser puis éclater ? A la Une du Figaro : « Conflits sociaux, la police craint une montée des violences. » "Les leaders syndicalistes ne cachent pas leur inquiétude de la tournure que ça peut prendre" écrit encore le journal.

Lakshmi Mittal accorde ce matin une interview aux Echos : « Il n'y a pas de croissance en Europe, pas de projet majeur, pas de création d'emplois. » Ce que les patrons disent de l'Europe est bien sombre, à en croire David Barroux dans l’édito des Echos . « Certes, le sauvetage de l'Euro a rassuré, mais il n'est plus tabou pour bon nombre de patrons de se dire que la crise qui affecte le vieux continent est bien plus structurelle que conjoncturelle. (…) Les entreprises veulent poursuivre leurs investissements dans les pays émergents, profiter du redémarrage qui se dessine en Amérique. L'Europe fait malheureusement figure de variable d'ajustement. »

L'Europe appliquée au football… 2/1 pour les blancs face aux bleus hier soir lors du match qui célébrait les 50 ans de l'amitié franco allemande. « Leçon d'Allemand » titre L’équipe . En matière de foot, le grand traumatisme entre les deux pays date de 1982 et cette fameuse demi-finale perdue aux penalties par la France en demi finale de la coupe du monde. Le gardien de but allemand Shumacher avait agressé le défenseur français Patrick Battiston. Les hommes de 1982 étaient invités hier soir au stade de France. Schumacher était là son nom a été sifflé par le stade et Battiston n'a pas voulu venir. Le traité de l'Elysée n'a pas encore été signé entre les deux.

A demain

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