Est-il des mensonges acceptables, se demande Libération, avec Kant et Benjamin Constant. En 2014, la grande peur du virus Ebola fut la répétition générale de Donald Trump, avant les mensonges qui l'amenèrent au pouvoir, The Conversation. Kerouac en Bretagne, cadeau du Figaro!

On parle de mensonge ce matin...

Et on parle d'une femme à barbe en Iran, une femme à fausse barbe qui se déguise et qui ment pour être libre... Elle est dans Paris-Match, Zeinab, une fine brunette, on la voit se grimer poil après poil et avec des bandages comprimer sa poitrine, et enfiler des habits d'homme pour pouvoir se mêler aux hommes libres dans les stades, car Zeynab aime le football et Kylian M'Bappe et surtout le Persépolis Téhéran qu'elle suit depuis sa province du Sud iranien, elle retrouve après les matches son corps de femme et le hijab qui le coiffe et sa frustration d'être une fille au pays de ces mollah, qui pensent que les shorts des joueurs pourraient la pervertir…

Et c'est la vie d'une fille de 23 ans, dans une dictature dont la société s'ébroue, Zeynab est libre dans l'intimité de sa chambre, où elle danse pour son copain car elle est aussi danseuse orientale, et tatoueuse clandestine; elle est libre aussi dans le déguisement du football,  et libre enfin, c'est le vertige de notre époque, sur instagram, le réseau social àù 131000 admirateurs suivent la jeune femme... Qui ment donc au pouvoir et au monde, sur un réseau social, ne cache rien.

On parle de mensonge ce matin, et c'est le sujet de philosophie de Libération, qui  se demande s'il existe de bons mensonges, à l'ère des fake news. Oui répond un philosophe de gauche, Manuel Cervera-Marzal, pour qui le mensonge est une liberté qu'on se donne pour changer le monde, et le mot "post-vérité"  fut inventé par des intellectuels américains qui voulaient faire entendre la voix des minorités... Oui disait au XVIII e siècle le philosophe français Benjamin Constant, pour sauver la vie d'un ami, et Constant polémiquait avec l'allemand Emmanuel Kant pour qui la vérité était » l'impératif catégorique » de notre vie en société...  si je mens,  «je contribue […] à ce que plus personne ne prête foi aux déclarations en général, et tous les droits fondés sur des contrats s’écroulent. ». 

Mais Kant avait-il prévu les mollah et Zeinab, et un certain président américain qui ne sait pas qu'il ment quand il forge sa réalité? 

Et on reparle donc de Donald Trump...

Le site The Conversation nous raconte ceci. En 2014, quand Donald Trump n'était candidat à rien, la grande peur du virus Ebola fut sa répétition générale, le test des manipulations qui le mèneraient deux ans plus tard à la maison blanche. Pour mémoire, Ebola provoque des fièvres hemmoragiques mortelles, il se transmet par le sang, par la sueur ou par les selles, et en 2014, une épidémie en Afrique de l'Ouest  fit plus de 11.000 morts... 

Et à l'époque Donald Trump twittait. 

« Nous devons annuler tous les vols aériens depuis l'afrique de l'ouest. Arretez les vols. Notre président est bête, il envoie en afrique des milliers de malheureux soldats mal équipés pour combattre Ebola; arrêtez les vols! »

40 tweets cette année là sur le thème d'une Amérique qu'il faudrait protéger du monde...

Et cette campagne fut soutenue par le site Breitbart, dirigé par Steve Bannon qui serait ensuite l'architecte de sa campagne présidentielle, et Breitbart affirmait que le virus se transmettait dans l'air, et que des terroristes pourraient se faire infecter volontairement avant d'aller répandre la mort parmi nous en respirant... Et derrière Breitbart, on trouvait un blog, qui était un relais de la propagande russe... Tout était là déjà, notre monde.

Quatre ans et demi plus tard? Steve Bannon est en interview dans l'Express, il pense que les gilets jaunes sont une inspiration pour le monde. Le media d'Etat russe,  RT, Russia today, est  prisé des gilets jaunes, et un lieu où il fait bon débattre entre intellectuels chez Frédéric Taddeï, et le théoricien des « Nuits debout » Frédéric Lordon, trouve dans le Monde diplomatique que RT est devenu « à peu près le seul média audiovisuel honorable », même s’il distille un peu de propagande poutinienne ! Charlie Hebdo s'en exaspère: RT c'est Signal, ce journal de la propagande nazie qui montrait patte blanche en interrogeant Jean Cocteau. Charlie rappelle que RT inventa les bébés crucifiés par l'armée ukrainienne dans le Donbass...

Quatre ans et demi après Ebola, l'irréalité s'est emparée de nous, on s'y est habitué, on s'habitue à tout. 

J'ai lu dans l'Eveil de la Haute-Loire (et on a aussi une vidéo sur le site) des témoignages de gendarmes et de policiers, qui furent pris dans la fureur de l'assaut de gilets jaunes contre la préfecture du Puy-en-Velay, c'était en décembre, ils n'avaient jamais raconté. On en a lu depuis, des violences de manifestants et des violences policières, mais ce qui frappe, dans ce qu'ils disent, ces gardiens de l'ordre, c'est le désarroi et la surprise, recevant des jets d'ammoniaque, recevant des pavés de dix kilos, des cocktails molotov, des poteaux, entendant des cris, « on va vous griller comme des poulets », découvrant que s'ils tombaient  ils seraient lynchés. "On s'est dit, mais enfin c’est pas possible, on est au Puy-en-Velay!" Ils se disaient cela en décembre. Une nouvelle réalité nous a pris, l'insouciance d'avant était-elle un doux et pieux mensonge? .

Et un voyageur pour finir.

Jack Kerouac, l'écrivain du voyage et de l'errance de la route, auquel le Figaro, merci, dédie ses pages livres... Kerouac que l'on chérit pour la liberté qu’il nous inspire, quand les unes des journaux se tissent de sagesse castratrice, qu'il s'agisse de l'Europe qui sépare Siemens d'Alstom, ou de la Cour des comptes, qui fustige nos égarements dépensier... 

Kerouac  de son vrai nom Jean-Louis Le Bris de Kérouac, fit un voyage éclair à Brest, en 1965, à la recherche de ses racines bretonnes, et d'une errance de quelques heures, entre un commissariat et l'hôtel Bellevue, rue Victor Hugo capta l'âme de ce bout du monde, des Bretons en rêvent et en écrivent encore. 

Le journaliste et poète Xavier Grall avait écrit un poème splendide, Kérouac Song : «Kérouac est mort… Il y aura demain sur sa tombe des filles dingues et des tas de défoncés. Il y aura des genêts au vert pays de la Bretagne originelle. Il y aura des genêts dans ses yeux bleus, quand la terre aura chanté son dernier été.» 

Le Figaro nous invite ausi à l'amour des pirates que raconte un autre écrivain, Jean-Marie Quemener, qui dans un roman, la République des pirates, nous dit Barbe-noire comme un trésor enfoui... 

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