par Hélène Jouan

On commence par une femme, des femmes dans l’actualité, ce matin :

Sur la photo de sa page Facebook , elle est voilée de noir, mais son sourire appuyé par le rouge à lèvre et le doré qu’elle arbore débordent de vitalité…Ruquia Hassan , journaliste syrienne de 30 ans, a été tuée à Raqqua, par les djihadistes. Delphine Minoui dans Le Figaro nous raconte comment les réseaux sociaux syriens pleurent la mort de cette jeune reporter indépendante depuis l’annonce de son exécution pour « espionnage » juste avant le weekend. En réalité, celle-ci remonterait à octobre dernier mais certains activistes, nous rapporte la journaliste, soupçonnent l’État islamique d’avoir tardé à annoncer la nouvelle afin d’utiliser sa messagerie privée pour piéger d’autres reporters…Ruquia Hassan avait étudié la philosophie à Alep, révolutionnaire anti-Assad, elle avait choisi de rester dans sa ville de naissance, Raqqa, devenue le fief de Daech en 2014, pour raconter le quotidien de ses habitants et dénoncer l’État islamique …Sang-froid et sens de la dérision pour contourner les interdits de l’organisation djihadiste…Ruquia Hassan était consciente des risques, le 20 juillet, elle poste son dernier message sur Facebook : « Quand Daech va m’arrêter et me tuer, écrit elle, ils vont me décapiter, mais je garderai ma dignité car c’est mieux que de vivre humiliée par l’État islamique »…Elle disparaît à jamais d’Internet le lendemain.Depuis la fin de l’été, comptabiliseDelphine Minoui , ils sont au moins cinq journalistes syriens à avoir payé le prix de leur engagement en étant assassinés.

Femmes encore, avec les agressions sexuelles de masse en Allemagne…

« Le débat sur les réfugiés s’envenime » nous raconte la correspondante deLibération en Allemagne, depuis que l’affaire a éclaté, quatre jours après les faits : près de 150 agressions sexuelles à Cologne, Hambourg et Stuttgart, commises par des jeunes « d’apparence magrébine »… Et si ce débat s’envenime, c’est que si tout le monde condamne bien sûr ces agressions, les autorités allemandes, Angela Merkel en premier lieu, s’inquiètent du risque de stigmatisation des réfugiés alors que le débat politique sur leur accueil se crispe en Allemagne depuis des mois. Le mouvement d’extrême-droite, Pegida, s’est engouffré dans la brèche raconte la journaliste pour dénoncer «les effets d’un mélange explosif d’immigration incontrôlée et de défaillance de l’état de droit ». En attendant, une femme aurait mieux fait de se taire nous raconte La Libre Belgique , la maire de Cologne. Qui n’a rien trouvé de mieux une fois ses agressions dévoilées que de dispenser ses bons conseils aux femmes : elle leur a recommandé de respecter une certaine distance, plus longue que le bras a-t-elle précisé, pour se protéger d’éventuels assauts d’inconnus. Pluie de commentaires outragés ou sarcastiques, des déesses hindoues aux bras multiples fleurissent sur Internet, « je me sens en sécurité depuis que je me promène les bras écartés » ironise une autre…quand la ministre de la famille, des femmes et de la jeunesse, rappelle surTwitter une règle de base « Nous n’avons pas besoin de règle de comportement pour les femmes, ce sont les auteurs des faits qui doivent rendre des comptes »

On en termine avec les femmes, enfin provisoirement… Après la polémique sur la sélection 100% masculine du Festival de Bandes Dessinées d’Angoulême, Libération apporte sur un plateau aux organisateurs visiblement "andro-centrés",quinze auteu-RES qui pourraient prétendre au Grand Prix ! On citera pour les françaises,Catherine Meurisse, Marjane Satrapi, Catel ou Julie Maroh dont l’ouvrageLe Bleu est une couleur chaude a donné au cinéma La Vie d’Adèle …Mais aussi l’américaine Roz Chast , plume historique du New Yorker , excusez de la référence…Voilà, des femmes, c’est cadeau pour le festival d’Angoulême !

Attentats terroristes à Paris, ceux de janvier et ceux de novembre, les enquêtes progressent

Un an jour pour jour après la tuerie de Charlie, les enquêteurs sont sur la piste des commanditaires, affirment Aujourd’hui en France/Le Parisien etLe Figaro , ce dernier avance deux noms pour ceux qui auraient pu être au moins les donneurs d’ordre d’Amedy Coulibaly…Le 7 janvier à 12H48, alors que les frères kouachi viennent de perpétrer leur massacre, Coulibaly envoie un mail à un lointain interlocuteur pour lui détailler sa panoplie guerrière. Réponse à 14H : «ok, fé ske ta a faire aujourd’hui » dans une orthographe approximative. Parmi les donneurs d’ordre présumés donc, Salim Benghalem , petit voyou de cachan et possible geôlier de journalistes français détenus en syrie, donné mort à plusieurs reprises, mais aussi Peter Chérif , transfuge des filières dites "des Buttes Chaumont" dont faisait partie un des frères Kouachi. Volatilisé au Yémen en 2011.

Deux autres visages à la Une ce matin, dans Le Parisien notamment après les révélations deLa Libre Belgique , ceux des hommes basés en Belgique qui auraient coordonné et téléguidé les attaques en série du 13 novembre, deux photos, mais pas d’identité ni de nationalité

À lire en tout cas dans Le Monde , l’incroyable récit de Reda H , sous la plume de Soren Seelow . Reda H, vous vous en souvenez, le juge Marc Trévidic nous en avait parlé ici même à France Inter , le 20 novembre dernier, c’est ce Parisien de 30 ans qu’il interroge alors qu’il est interpellé à son retour de Syrie en août dernier, et qui dit à l’époque « On m’a demandé de choisir une cible facile, un concert par exemple »…dernier témoignage pour le juge Trévidic qui change de poste, un témoignage qui reste dans les limbes… Incroyable récit car il souligne, bien sûr, les failles des services français qui ne feront rien de ces aveux prémonitoires, et qui met aussi à mal toutes nos idées sur ces jeunes Français qui "partent faire le djihad". Motivations floues, et donc tellement compliquées à détecter, indignation humanitaire face aux horreurs de Bachar en Syrie, mêlées de considérations religieuses aussi bien que de rejet total de l’information délivrée par les médias."Ils ne racontent que des mensonges " explique Reda. Reda fait aussi le récit de l’accueil fait en Syrie à ces nouvelles recrues, la terreur entretenue, la formation express au maniement des armes par Abdelhamid Abaoud en personne, et la mission qui lui est assignée. "Imagine un concert de rock dans un pays européen, si on te passe de quoi t’armer, t’es prêt à tirer dans la foule ? " et "Il m’a dit que si je refusais, j’allais le regretter ». c’est finalement Abaoud qui participera en personne le 13 novembre à l’équipée sanglante. Avec pour objectif principal, une salle de concert. Et 130 victimes.

Dans la presse, ce matin, des tweets qui se rallongent et des notes de musique qui s’évanouissent :

Vincent Manilève sur le site Slate.fr s’amuse, plutôt à rebours du reste de la presse, de l’éventuel changement de pied de Twitter, annoncé hier par un site spécialisé : vos tweets pourront faire plus de 140 signes, pour aller jusqu’à 10 000 et c’est une bonne nouvelle, se réjouit-il. A l’appui de sa démonstration, quelques exemples : les politiques pourront de nouveau être bavards, il cite Nadine Morano , pas sûr que ce soit la bonne référence, on pourra désormais spoiler l’intégralité de Star Wars en révélant carrément le synopsis intégral du film, la ponctuation pourra faire son retour en force, le journaliste se réjouit par avance du retour du point virgule, on pourra enfin diffuser des créations littéraires, avec 10 000 signes, plus que 200 tweets pour La Recherche du Temps Perdu , version intégrale de Proust , enfin blogs et media pourront publier directement des articles surTwitter . Ah oui, là y a un hic, ça pourrait mettre encore un peu plus à mal le modèle économique de la presse française

Enfin, hommages à Pierre Boulez évidemment dans vos quotidiens ce matin. Si Libération , intime un « Silence » à sa Une, pour rendre hommage à cette figure tutélaire de la musique contemporaine, on notera queLe Figaro sous la plume de Christian Merlin dans un hommage bien français, salue aussi bien le « héros » que le « paria ».. » Oreille insurpassable, gestuelle sans baguette d’une précision infaillible », mais aussi au centre des plus violentes polémiques…cérébral, dictateur, égoïste, froid ? se demande t il…Autant d’accusations que Pierre Boulez a essuyées de son vivant.Plutôt un homme épris d’excellence, sans pitié pour la médiocrité , conclut Merlin.

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