La presse française parle d'un "chaos" que Sylvie Kauffmann du Monde redoutait avant l'émeute. Le Washington Post, le Forward et Haaretz raconte les deux nouveaux sénateurs de Géorgie, un noir et un juif, qui ressuscitent une vieille alliance dans une terre symbolique du vieux Sud.

On parle de chaos...  

Ce mot qui selon le Larousse en ligne désigne un grand désordre, la ruine, la destruction, se retrouve aux Unes des DNA, de la Dépeche, du Progrès, de la Marseillaise et de la Voix du Nord, comme dans un tour de France de la sidération après que des émeutiers aient fait trembler la démocratie américaine, sidération encore dans le titre blessé de l'Est républicain: "Impensable !"... Il est illustré d'une photo d'un manifestant posant près d'une statue dans les couloirs du Congrès, et ayant installé sur la main de la statue son drapeau trumpien... 

Vous irez contempler cette image et tant d'autres sur les sites sites du Monde, du Figaro, de Libération, de Sud-Ouest de Parisien, pour revoir ce trumpien au visage peinturluré vêtu d'une peau de bête et ses acolytes qui comme se pavanaient et prenaient des selfies dans le cœur profané de la démocratie américaine, un homme arpente le Capitole portant un drapeau de la Confédération sudiste, cette dissidence esclavagiste que les Etats-Unis avaient du réduire il y a plus d'un siècle et demi... Sur le site du Washington Post, une éditorialiste commente ainsi cette photo, "Brandir le drapeau du fascisme pour Donald Trump", je lis que cette éditorialiste, Robin Givhan est passée par la grande université de Princeton, je vois qu'elle est jeune, et je vois qu'elle est noire, faut-il être noir pour dire simplement que le drapeau confédéré est un fascisme américain...  

Et c'est ainsi que des journaux nous arrachent à la sidération, et dépassent la simple narration des faits, et posent politiquement ce qui est arrivé, et non, ce n'était pas impensable.   Libération titre sur "la stratégie du chaos" de Trump, c'est le mot "stratégie" qui compte, mais vous lirez surtout sur le site du Monde, l'éditorial au scalpel d'une signature respectée du journal, Sylvie Kauffmann, son article est titré ainsi: "Donald Trump, le président insurrectionnel". Kauffmann parle d'une foule d'émeutiers que le Président des Etats-Unis a dirigé...  

Vous lirez Kauffmann avec d'autant plus d'attention, que dès hier, avant l'émeute, son texte est encore en ligne et résonne comme une prophétie, elle constatait la fragilité de la démocratie américaine au terme du mandat de Trump, et ce matin, Kaufmann est en phase avec la grande presse américaine.   La Une du New York Times est barrée de ce titre, "Trump incites mob", Trump incite la foule, mais le mot mob est plus violent que l'expression française, il suggère la brutalité, la décivilisation, le New York Times tient officiellement Donald Trump responsable de l'envahissement du congrès; le Washington Post va plus loin encore et ses éditorialistes encerclent le Président. Trump a commis une trahison, lis-je, le journal demande officiellement le départ du Président. "Il n'est pas en état de rester en place pendant encore 14 jours. Chaque seconde où il conserve les immenses pouvoirs de la présidence constitue un danger pour l'ordre public et la sécurité nationale. Le Vice Président Pence devrait immédiatement réunir le cabinet et invoquer le 25e amendement pour déclarer que le Présidant est incapable d'assumer les pouvoirs et les devoirs de sa charge..." 

Sur ce 25e amendement inventé après l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, pour suppléer un président défaillant physiquement ou mentalement, mais aussi sur les demandes qui montent d'une autre procédure, l'impeachment, le site de Ouest France nous guiude, ce matin, utilement.    Mais Donald Trump conserve des soutiens...  Et l'Agence France presse rapporte que sur les média acquis au Président,  on a pu entendre des refrains complotistes, ceux qui ont envahis le capitole étaient des antifas sous couverture, a affirmé une présentatrice de Real America's voice, un des canaux de la désinformation complotiste. 

L'Amérique trumpienne ne va pas disparaitre, elle s'est solidifiée derrière son héros et ce qui est arrivé devine-t-on va confirmer son sentiment d'un jeune truqué d'avance... Le Monde a accompagné les manifestants pro Trump venus se faire haranguer par le Président avant la marche vers le Capitole, une foule pitoyable et blessée, « Tout cela, c’est de la foutaise, c’est de la fraude évidente, on va se faire baiser », disait un manifestant. Cette foule trumpienne compte désormais une martyre, elle s'appelait Ashli Babbit, tuée par la sécurité du Congrès, elle avait été militaire, une jeune femme au visage net dont on aperçoit la mort sur YouTube mais aussi des moments de vie, elle était convaincue qu'il fallait défendre Donald Trump au nom de la démocratie bafouée...  Et en la regardant, on ressent la fracture absolue de l'Amérique, et la justesse des mots hier de Sylvie Kauffmann dans le monde, Donald Trump laissera derrière lui une démocratie incroyablement vulnérable, un paysage politique miné par le mensonge, 74 millions d’électeurs avides de revanche ou désorientés, et une armée de convertis républicains prêts à poursuivre son combat... 

Sur le site du New York Times, qui suit en direct la session de certification de l'élection qui a repris au Congrès, vous constaterez qu'en dépit des appels à la raison, les plus engagés des élus trumpiens, sept sénateurs et quelques dizaines de représentants, continuent de ralentir le processus en réclamant les annulations des scrutins, dans l'Arizona, puis en Pennsylvanie, et reprennent alors les inventions de fraudes... Ils sont battus dans les votes mais persistent, le journal réfute un à un leurs arguments, mais le peuple de Trump lit-il le New York times?   

Et on  parle enfin de la Géorgie...

 Qui dans le chaos est presque sortie de l'actualité, mais qui pourtant s'est montrée décisive;, puisqu'en élisant deux sénateurs démocrates elle garantit au président Biden un Sénat à sa main... Mais cet état, la Géorgie, est aussi fort de symbole, et la double élection remue son histoire tourmentée... Ont été élus sénateurs un pasteur noir, Raphael Warnock et un jeune homme de confession juive, Jon Ossoff, et ce n'est pas neutre dans un état Etat symbole du sud profond, de la ségrégation et de la violence raciste? Le Washington Post rappelle ceci: en septembre 1868, la Géorgie venait d'être réadmise dans l'union après sa défaite, le parlement de l'Etat expulsa de ses rangs un peu moins de trente nouveaux élus, car ils étaient noirs... Une foule blanche emmenée par un sheriff tira ensuite sur une manifestation de protestation. Exclus d  la politique, les noirs se replièrent sur leurs paroisses, et les pasteurs menèrent le combat pour l'émancipation... Martin Luther King était de Géorgie et  Raphael Warnock ressemble à son accomplissement.

 Le journal juif le Forward et le journal israélien Haaretz rappellent de leur coté une autre histoire de sang, celle des juifs de Géorgie, où une foule lyncha jadis un patron d'usine nommé Leo Franck, accusé à tort de viol et d'assassinat, et les juifs furent nombreux alors à fuir l'état, Jon Ossot affirme que ses origines l'ont amené à s'engager contre le racisme, ils forme avec Warnock comme une alliance retrouvée, elle a auprès de Joe Biden un gout d'Amérique...

Contact
Thèmes associés