Comment ça, vous n'avez pas la tête à la fête ? "Eh bien, comme le prédit Didier Pillet dans Ouest-France, attendez-vous à ce que le virus vous touche à votre tour sans tarder." "Eh oui, ça nous gagne", constate aussi La Dépêche du Midi. Quoi ? Mais la fièvre bleue, bien sûr." "Aucune solitude, prédit Didier Pillet, pas la moindre morosité ne résisteront à cette joie qui vole d'un poste de télévision à l'autre, déboule dans les cafés, met en transe les stades où l'on se réunit autour d'écrans géants et se répand en ballets hurlant et klaxonnant au coeur des villes, dans l'indifférence des âges, des sexes, des situations sociales, des maux individuels et portatifs. " "Pour une fois, écrit l'éditorialiste de Ouest-France, la France ronchon s'oublie et plonge dans la fête avec d'autant plus de gloutonnerie qu'elle en a été longtemps sevrée." "Non, faire la fête parce que la France a gagné n'est pas un réflexe beauf", affirme Olivier Picard dans son éditorial des Dernières Nouvelles d'Alsace, même si, concède-t-il, certaines séquences de liesse n'atteignent pas toujours les sommets de l'élégance et de l'intelligence. C'est beaucoup mieux que du Prozac, s'exclame-t-il, et à part quelques dérapages ici ou là, ça ne produit pas d'effets secondaires déplaisants. La victoire, en football, se révèle, une fois de plus, un élixir magique qui, tout à coup, désinhibe, dynamise et rend aux personnalités les plus réservées le don de la parole et du contact avec autrui. Ce phénomène étonnera toujours les pisse-froid de tous bords, reconnaît Olivier Picard. Pourquoi se mettre dans des états pareils pour 11 bonhommes qui courent derrière un ballon, etc., etc. La rengaine est connue. Les statistiques sont pourtant là. 22 millions de téléspectateurs étaient devant leur poste de télévision pour s'enthousiasmer pour les Bleus." "Comme si l'Hexagone avait deux ballons ronds en guise de poumons", s'étonne Jean-Michel Thénard dans Libération." Mais ce n'est pas la France Blacks, Blancs, Beurs que la foule applaudit à chaque but. L'illusion de l'intégration n'a pas attendu les émeutes pour tomber. C'est le retour de la gagne. L'équipe de France a reconquis les coeurs dès lors qu'elle n'a plus été un agrégat de stars milliardaires repues mais un collectif qui retrouve l'envie des gamins des cités que les joueurs ont été, Zidane en tête. La nouvelle devise des Bleus, poursuit Jean-Michel Thénard : "On vit ensemble, on meurt ensemble" est un beau résumé de cette solidarité sans laquelle une société n'est rien." "C'est une certaine idée de la France". Un titre gaullien pour l'Humanité. Ce n'est pas si souvent. "Qu'importe le ballon pour peu qu'on ait l'ivresse", reprend Pierre Laurent dans l'Huma. "S'il faut retenir une leçon de ce que nous sommes en train de vivre, c'est tout simplement que le collectif n'est jamais si fort qu'en permettant à chacun de ceux qui le composent de donner le meilleur, que la France n'est jamais aussi belle qu'en rassemblant et en fortifiant sa diversité." Oui, c'est beaucoup mieux que du Prozac. "Ce sont des Bleus antiblues", comme le titre si bien Libération. "La France est fan de ses onze pilules bleues." Enfin bleues, il y en a une en or. C'est Zidane. Alors là, ce n'est plus de l'adoration, c'est de l'idôlatrie. 12 pages sur "le fabuleux destin de Zinedine Zidane" dans le Parisien/Aujourd'hui en France." Zidane fera ses adieux sur le toit du monde", peut-on lire en page intérieure. Et comme le constate le journal, "c'est fou, ils adorent tous Zizou". De Bernard Tapie à Thierry Breton, le ministre de l'Economie, en passant par l'écrivain Dan Franck ou Jean-Claude Mailly de Force Ouvrière. Dans le Monde, c'est pareil, c'est "une star admirée sur tous les continents". Même la presse britannique lui rend hommage, les Portugais lui demandent à lui ce qu'ils lui ont fait pour qu'il les élimine par deux fois en demi-finale sur un pénalty. Au Brésil, on ne tarit pas d'éloges sur "le plus grand joueur". Au Proche-Orient, un journal israélien le voit comme le Dalaï Lama du foot. Il a un supplément d'âme, son sourire est doux, son regard lumineux. Il est apolitique. Un grand leader avec la force de l'innocence", écrit Haaretz, cité par Le Parisien. Même aux Etats-Unis, où il est inconnu de la plupart des Américains, le New York Times lui consacre un article intitulé "L'homme le plus cool du monde". Enfin, tout est résumé dans ce dessin d'Alex du Courrier Picard où un fidèle s'agenouille devant Zidane sur un piédestal : "Et dire qu'il y a deux semaines encore j'étais athée... Pardonne-moi, mon Dieu ". Même La Croix, d'habitude plus pondérée, nous fait un titre de supporter : "Et un, et deux...", comme le slogan qui avait suivi la finale victorieuse de 98 contre les Brésiliens. "Il reste quand même quelques athées du foot qui refusent son totalitarisme, comme l'écrit Jacques Camus dans la République du Centre, lorsqu'il risque de dépraver une fête populaire ou lorsqu'il menace de transformer un enthousiasme bon enfant en fanatisme imbécile. Comment faire comprendre aux fêtards des 3èmes mi-temps que la griserie n'est pas le bonheur ? Elle n'est dans l'excitation de l'instant que le besoin de fuir les réalités et réserve forcément des lendemains qui déchantent." Alors, c'est vrai, les journaux économiques, tel que La Tribune, nous disent bien que la France compte sur les dividendes du Mondial. "Climat économique, croissance : les Bleus font naître l'espoir. Mais, nous disent aussi les Echos, les économistes et les sondeurs sont dubitatifs. L'INSEE n'enregistre aucun impact visible sur la croissance, toujours prévue cette année à 2%. Les résultats des Bleus redonnent des couleurs aux Français, pas à l'économie, sinon pour TF1 et pour l'Equipe. TF1 a battu, mercredi soir, la meilleure audience de la télévision française depuis 1989. A 22h52, à la fin du match, il y avait 25 millions de téléspectateurs. Le spot publicitaire de 30 secondes, nous dit encore les Echos, flambera à 250.000 euros dimanche soir. Mais TF1 aura pourtant du mal à rentrer dans ses sous puisqu'elle avait dépensé 100 millions d'euros pour décrocher les 24 meilleurs matches de la Coupe du monde." "Eh oui, dit Bernard Revel dans l'Indépendant du Midi, on connaissait la théorie du chaos, voici à présent la théorie du coup franc, selon laquelle l'embellie de l'économie française dépendrait de la trajectoire d'un ballon tiré par Zidane. Croissance, consommation, emploi, cotes de popularité, que ne met-on pas au bout du pied d'un joueur ! A se demander si on parle encore football." "D'ailleurs, il n'y a pas que nous à dérouler le tapis rouge au kilomètre, renchérit Pierre Taribo dans l'Est Républicain. Les responsables politiques ne sont pas les derniers à vouloir récupérer l'évènement." "Il n'y a qu'à voir Chirac et Villepin s'extasier à chacune de "nos" victoires, écrit aussi Jean-Pierre Bédeï dans La Dépêche du Midi, pour comprendre qu'ils espèrent bien capter à leur profit le succès et la popularité des Bleus. Certes, reconnaît-il, ils sont un peu ridicules avec leurs écharpes tricolores, symboles sans doute du patriotisme sportif, notamment le Premier ministre qui se montre incapable d'exprimer simplement sa joie sans convoquer sa grandiloquence artificielle habituelle. Mais enfin, on ne pourra pas accuser l'un et l'autre d'avoir enterré les Bleus." Philippe Waucampt dit la même chose dans le Républicain Lorrain. "On ne saurait reprocher aux politiques de s'agripper au maillot de Zidane : le contraire serait considéré comme une faute professionnelle. Mais croire aux vertus curatives de l'opium serait illusoire. Pour ne pas dire dangereux." "D'ailleurs, dit Alexandre Morel dans la Montagne, on peut penser que dans une France inquiète, les profits politiques de l'opération Mondial 2006 seront moins palpables qu'il y a 8 ans. C'est Dominique de Villepin qui est le premier bénéficiaire de cette parenthèse d'un mois, explique Alexandre Morel. Pour lui, la pause est bienvenue après l'échec du CPE et les remugles de l'affaire Clearstream. Ce sursis rapproche un peu plus encore le Premier ministre de la rentrée, date à laquelle, la campagne présidentielle s'ouvrant, il deviendra quasiment indéboulonnable." "Oui, Dominique de Villepin, cet été, a changé, constate Michel Richard dans Le Midi Libre. Il reçoit des journalistes à déjeuner, il rencontre des syndicats, il va à la rencontre des Français, sert des mains, tapote des joues, embrasse les bambins. Il a changé ou il fait semblant. Il est devenu chiraquien. Pas seulement en faisant l'aimable, ironise Michel Richard, mais aussi en faisant semblant de gouverner. A croire qu'il n'a plus d'idées ou de convictions sur rien. Tout doit être étudié, approfondi, c'est à dire remis à plus tard. Même des sujets apparemment pas trop compliqués, tels l'interdiction de fumer dans des lieux publics ou le délai avant de pouvoir repasser son permis de conduire le laissent circonspect. Le hussard est devenu bonhomme et attentiste. Pour un peu, on se demanderait si ce Villepin-là n'est pas en situation d'être candidat." "Tiens, à propos de candidats, l'an dernier, c'étaient tongues ou espadrilles. L'année précédente, île de Ré ou Saint-Tropez, se souvient Sébastien Lacroix dans l'Union et l'Ardennais. Chaque été, les Français ont pour habitude de s'approprier une question existentielle, histoire de nourrir les discussions à l'heure du Pastis. Cette année, ce sera plus intellectuel. Sarko ou Ségo ? Au moins, s'amuse Sébastien Lacroix, la rime est plaisante. Et de même qu'on n'aurait jamais osé prédire un Italie-France en finale du Mondial, rares sont ceux, en début d'année, qui auraient misé un kopeck sur un duel Sarko-Ségo pour la présidentielle. A force de prédire l'essoufflement de Ségo, elle gonfle dans les sondages. A trop guetter le fatal faux-pas de Sarko, il trace son chemin et se maintient en favori de la droite. Toute la pertinence du débat "Sarko ou Ségo" tient évidemment à leurs ressemblances. Et Sébastien Lacroix les détaille. Les deux chassent en-dehors de leur territoire. Ségo à droite, sans complexes. Sarko à gauche comme à l'extrême droite. Les deux affichent avec insolence le peu de cas qu'ils font de leurs aînés. Les deux sont dans l'air du temps. L'un divorcé et remarié. Avec des hauts et des bas. L'autre en union libre jusqu'à nouvel ordre. Pour le reste, conclut Sébastien Lacroix, on aime, on n'aime pas. C'est comme pour les tongues et les espadrilles." Tiens, au fait, après les crampons, vous chaussez quoi ?

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