Bonjour... Admiration ou indignation ?... Vous avez le choix, ce matin... Vos journaux oscillent de l'une à l'autre... Admiration pour le spectacle sportif du week-end, avec surtout cette formidable finale de Wimbledon... Rafael Nadal, étendu les bras en croix, sur le gazon, n'est pas vaincu mais vainqueur... C'est "le "King of Wimbledon", s'exclame France-Soir... "Une victoire de légende", pour Le Parisien-Aujourd'hui en France, qui reprend la même photo de Nadal mordant à pleines dents la coupe du All England and Crocket Club... "Il réalise le doublé Roland-Garros/Wimbledon", remarque Le Figaro... "Souverain sur terre comme sur herbe, Rafael Nadal a rejoint Bjorn Borg dans la légende"... Evidemment, L'Equipe n'est pas le dernier à s'extasier... "Absolument géants", titre le quotidien du sport... "géants" avec un "s", puisque L'Equipe associe Nadal et Federer... "Ils ont disputé hier l'une des plus extraordinaires finales de l'ère du tennis open... Le bonheur était dans le pré, après un match qui a duré près de cinq heures... L'autre sujet sportif du week-end, c'est le Tour de France... "Il est toujours très couru", remarque Patrick Planchenault dans L'Est Eclair... "couru par les coureurs et couru comme spectacle... "L'épreuve-reine du cyclisme mondial demeure le rendez-vous populaire le plus prisé du début d'été, écrit l'éditorialiste, malgré une image écornée par les affaires récurrentes de dopage, collant désormais à la Grande Boucle comme la bernique à son rocher... et en dépit des sondages, laissant entendre que la moitié des Français se désintéresseraient du Tour"... L'Humanité relève aussi l'incroyable foule autour d'une épreuve qui tente toujours d'échapper aux démons du dopage... En tout cas, "la Bretagne y croit"... "La Bretagne, c'est un baromètre pour le cyclisme français"... L'Humanité cite Jean-René Bernaudeau, le manager de l'équipe Bouygues Télécom... Oui, "c'est plutôt bien parti", renchérit Jean Levallois dans La Presse de la Manche... "Après deux étapes, on a le sentiment que l'édition 2008 devrait être passionnante... Mais ce Tour, et chacun est prévenu, n'est pas fait pour les tricheurs", note Jean Levallois... "Toutes les équipes et tous les coureurs n'ont pas été invités... Il fallait en passer par là, dit l'éditorialiste... Cela veut dire que ceux qui seraient pris la main dans le sac à pharmacie seraient, comme l'an passé, impitoyablement renvoyés"... Et Levallois est optimiste : "Il souffle donc un vent nouveau sur le cyclisme"... Dominique Quinio, dans La Croix, est plus critique... "D'année en année, la promesse de remettre de l'ordre dans la maison cycliste a débouché sur de nouveaux scandales... Pas un vainqueur du Tour qui en sorte indemne, pas une équipe épargnée... Les organisateurs ne cessent de jurer qu'on ne les y reprendra plus... Comment les croire ?, s'exclame Dominique Quinio, alors qu'ils ont trop longtemps prétendu que tout allait bien, s'émerveillant d'exploits qu'ils savaient truqués"... Oui, comme le titre La Croix, "la lutte antidopage est une course-poursuite"... "Dix ans après l'affaire Festina, la lutte antidopage a beaucoup avancé... Mais les dopeurs ont aussi continué à progresser... Bref, la course continue dans les deux camps"... Et comme le note Dominique Garraud dans La Charente Libre, "'Le Tour toujours', slogan officiel de cette 95ème édition, est un slogan maladroit, puisqu'il claque comme un défi et un bras d'honneur à tous ceux qui pensent que la Grande Boucle a perdu toute crédibilité sportive... Chaque départ, poursuit Dominique Garraud, s'affiche comme une sorte de dernier Tour de rattrapage... rattrapage d'une confiance retrouvée d'un public toujours présent mais sans illusions... Le paradoxe, dit encore Garraud, c'est que malgré cette défiance massive, le Tour est sans doute increvable... Tournées télévisuelles en temps réel des paysages français, vitrine rêvée pour les villes moyennes, champion de l'audimat et formidable tiroir-caisse, le Tour de France est fait pour survivre, et parfois se nourrir au parfum de scandale"... Voilà un bon exemple où l'admiration le dispute à l'indignation... L'indignation justement... On pouvait s'attendre à ce que les journaux de gauche s'indignent de la petite phrase de Nicolas Sarkozy : "Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit"... Libération titre sur "la provoc de Sarkozy aux syndicats"... mais renvoie en page 13, sur ce conseil national de l'UMP qui a viré au défoulement contre la gauche... L'Humanité relève que "le Président fustige les grèves"... mais renvoie en page 5, sur "la fanfaronnade de Sarkozy"... Mais les éditoriaux et les grands titres se font sur le G8... J'y reviendrai... Alors il faut se reporter aux quotidiens régionaux pour trouver trace d'indignation... Oui : dans Le Courrier Picard, sous la plume de Francis Lachat... "Ce n'est pas tant le propos qui a choqué, écrit-il, mais plutôt la manière dont il a été amené et le mépris qu'il révèle vis-à-vis des travailleurs qui luttent pour leur emploi ou leur pouvoir d'achat", dit Lachat... "En lançant cette provocation, poursuit-il, Nicolas Sarkozy n'a réussi à prouver que deux choses... d'une part, qu'il est sourd aux appels de la rue et qu'il n'a aucune intention de dialoguer avec les syndicats... et d'autre part, qu'il ne lit pas les journaux et connaît mal la situation des Français... Impossible d'être à ce point coupé des réalités"... Eh oui, dit Jacques Camus dans La République du Centre, "ce que l'on peut reprocher à Nicolas Sarkozy, ce n'est pas le fond mais la forme... Car il est évident que certains ont usé et abusé du droit de grève en France"... ce que Jacques Camus appelle "la culture de la grévitude"... "Mais rien n'obligeait Nicolas Sarkozy à enfoncer le clou de manière un peu humiliante"... Dans L'Alsace, Patrick Fluckiger reprend : "Nicolas Sarkozy n'arrive décidément pas à tourner sa langue dans sa bouche avant de lâcher les petites phrases qu'il affectionne tant... Ce n'est pas parce que les mouvements revendicatifs de ce printemps n'ont pas été suivis qu'il faut vendre la peau de l'ours... Pour les syndicats, puisque le Président ne les prend pas au sérieux si leurs manifestations ne bloquent pas la France, les voilà en quelque sorte condamnés à impacter les usagers"... C'est vrai, dit Hervé Cannet, de La Nouvelle République du Centre-Ouest, "Nicolas Sarkozy possède, jusqu'au bout du possible, l'art et la manière de la formule... Il n'empêche pas quelques dérapages... Le Président a suffisamment traîné comme un boulet les mots "racaille" et "Kärcher" pour n'en être pas conscient... Mais, note Hervé Cannet, l'ancien avocat ne résiste que difficilement à la satisfaction de la petite phrase... Et son jugement sur les grèves pourrait bien s'ajouter au best-off des oeuvres complètes élyséennes"... Francis Brochet, dans Le Progrès, le prend plus légèrement... "Notre Président est joueur, dit-il... un peu comme ces enfants qui aiment sans cesse taquiner, piquer, provoquer... Vous savez, ces enfants qui fanfaronnent : 'Vous allez voir ce que vous allez voir'... Notre Président s'est ainsi félicité, samedi, de son action... avec raison, dit Francis Brochet, car la France change en profondeur... Comme toujours, cela crée des contents et des mécontents... La différence, c'est que notre taquin de Président a lancé aux mécontents : 'Où êtes-vous ? Je ne vous entends plus'... Vous l'imaginez, les mécontents patentés, syndiqués et encartés ont aussitôt protesté, et surtout promis de bientôt faire beaucoup plus de bruit... Ce qu'il y a de bien avec notre Président, conclut Francis Brochet, c'est qu'on ne s'ennuie jamais"... Côté indignation, on va encore relever ce cri d'alarme de La Dépêche du Midi sur l'urgence dans les hôpitaux... Les urgences de Toulouse-Purpan sont en grève illimitée... "La fièvre monte à l'hôpital", titre La Dépêche... Les personnels dénoncent des conditions de travail dégradées, et les élus locaux, les réformes qui vont aboutir à des fermetures de petits établissements... Indignation encore dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, qui relève un sérieux cafouillage autour de la prime de mobilité... une prime de 1.500 euros que des chômeurs sont priés de rembourser... Ils n'avaient pas hésité à partir loin de chez eux pour retrouver un travail... Au passage, ils avaient encaissé l'aide à la mobilité... Ils l'avaient cochée sur leur déclaration de revenus... Et aujourd'hui, ils sont redressés par le fisc parce que, soi-disant, ils ne remplissaient pas des conditions d'attribution qui n'étaient pas toutes connues il y a deux ans... Ca n'incite pas vraiment à travailler loin de chez soi... Autre prime rabotée, si l'on en croit Les Echos : la prime pour l'emploi... Elle est maintenue partiellement, malgré la mise en place du revenu de solidarité active cher à Martin Hirsch... Selon Les Echos, le bénéficiaire du RSA indiquera la prestation perçue sur sa déclaration de revenus, ce qui réduira d'autant sa prime pour l'emploi... Et Martin Hirsch compte défendre plusieurs scénarios d'économies, ce qui pourrait donner jusqu'à un milliard d'économies, croit savoir Les Echos... Les Echos, comme La Tribune, comme Le Figaro, qui reprennent les propos pessimistes de Carlos Ghosn sur la crise à venir dans le monde et en France... Le PDG de Renault-Nissan annonce un avis de tempête sur l'industrie automobile, mais pas seulement : il s'attend à une rentrée difficile sur le marché français, en raison de la chute de confiance des consommateurs... Mais Carlos Ghosn est également pessimiste sur la croissance mondiale... "Nous nous sommes tous trompés sur le degré de la récession américaine", dit-il... C'est d'ailleurs l'un des sujets majeurs du G8, qui s'ouvre aujourd'hui à Toyako, au nord du Japon... Et tous vos journaux posent la même question : "A quoi sert le G8 ?"... Le club des pays les plus riches est de plus en plus critiqué pour son impuissance... Pire, titre L'Humanité, "les sommets successifs promettent de régler les grands fléaux de la planète, mais les choix mis en oeuvre les aggravent"... Jean-Claude Kiefer en cite une, de ces promesses, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace : "En 2005, à Gleneagles, en Ecosse, les dirigeants avaient promis d'augmenter leur aide à l'Afrique de plus de 25 milliards de dollars d'ici 2010... Les Africains attendent toujours"... Et "puis tout le monde remarque qu'au G8, George Bush est en tournée d'adieux", comme le dit Jean-Claude Kiefer... Jean-Claude Roussel, dans L'Union-L'Ardennais, le compare même à "un clown triste, dont le bilan est désastreux... Affublé d'un nez rouge, ce gaffeur invétéré aurait peut-être pu se révéler drôle, mais aujourd'hui, ce qui prédomine, écrit Roussel, c'est l'impatience de le voir achever son dernier tour de piste"... Cela dit, reprend Patrice Chabanel dans Le Journal de la Haute-Marne, "s'il est peu probable que George Bush varie dans son opposition inflexible au protocole de Kyoto, les sept autres partenaires du G8 auront en tête que son successeur, que ce soit Obama ou McCain, sera forcément plus ouvert à la cause environnementale"... Chantal Didier se demande quand même si George Bush n'aurait pas des remords, et s'il ne voudrait pas finir sa Présidence sur une note verte... Et l'éditorialiste de L'Est Républicain de conclure : "Dans cette direction-là, la flambée du prix du pétrole interpelle davantage que les exortations d'Al Gore"...

Denis ASTAGNEAU

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