Patrick Cohen : La mode Twitter, un incroyable phénomène de société.

Yves Decaens : Je twitte, tu twittes, nous twittons. Deux millions et demi d'adeptes en France, une entrée triomphale dans le Petit Robert. Le réseau de micro blogging le plus célèbre au monde, explose. C’est à la Une de La Tribune . Le site vaudrait aujourd'hui sept milliards de dollars, le double d'il y a sept mois, ce qui fait craindre une nouvelle bulle Internet. En attendant, Télérama fait de Twitter son dossier de la semaine : « Comment Twitter chamboule la planète », avec ses scoops, l'arrestation de DSK, la mort de Ben Laden, la libération des otages d'Afghanistan, mais aussi son tout et n'importe quoi : recettes de cuisine, conseils juridiques ou blagues carambar. « Twitter, écrivent Emmanuel Tellier et Kolia Delesalle, c'est un Wikipédia vivant, un téléphone arabe géant. La possibilité théorique de taper la « discut » avec Nikos Alliagas ou Barack Obama. Bref, le monde au bout des doigts, instantanément ». Mais pour quoi faire ? That is the question. La question que se pose le publicitaire Eric Hélias dans le magazine Optimum. En résumé, avec Twitter, on sait tout ce qui se passe en temps réel et on sait, surtout, qu'il ne se passe rien d'intéressant. Le monde n'ignore plus qu'on n’a rien à se dire. Avant, on disait « les temps changent », aujourd'hui c'est « le temps qui change et qui s'accélère ». Le journal de 20H ne sert plus à rien, ajoute le chroniqueur d'Optimum, puisque cela fait 20 heures qu'on en sait plus que Claire Chazal. Et c'est bien là le problème justement.

Logo de Twitter
Logo de Twitter © radio-france

Patrick Cohen : Illustration de cette information qui va trop vite, avec l'affaire DSK.

Yves Decaens : Et le nouveau mea culpa de la presse qui s'autocritique en sachant pertinemment qu'elle recommencera à la première occasion, mais bref... Dans Le Point, c'est Emmanuel Beretta qui bat sa coulpe, en reconnaissant s'être empêtré dans le récit des faits qui se sont révélés soit inexacts, soit incomplets. Quitte à reprendre, au passage, quelques infos non vérifiées de Twitter. Dans un sens ou dans l'autre, conclut Beretta, l'emballement médiatique est dévastateur. Renaud Dély dans Le Nouvel Observateur, ne dit pas autre chose, tout en pointant du doigt le système judiciaire américain et sa mise en scène permanente. Mais qu'on se souvienne, rappelle Renaud Dély, du 6 juin, des émissions spéciales sur toutes les chaines radio, télé, pour disserter sur une audience de pure procédure, sans aucun intérêt sur le fond, et qui n'aura duré que six minutes. Dans le même journal, Jean Daniel enfonce le clou : « Quand les évènements nous rappellent à ce point à l'ordre, écrit-il, il faut accepter une certaine humilité ». Voilà, cette affaire DSK, c'est un peu comme le film iranien « Une séparation ». Comparaison signée Serge Kaganski dans Les Inrockuptibles. Superbe film contre les jugements hâtifs, et qui montre comment la vérité évolue au gré des éclairages successifs. En matière de presse et de justice, conclut Kaganski, c'est comme au cinéma : la nuance et la patience sont préférables à l'excès de vitesse et au simplisme. Sans compter, pour conclure sur ce thème avec Denis Sieffert dans Politis (Politis qui s'exclame en Une : « Affaire DSK, y’en a marre !). Sans compter que, quand la lumière inonde le tribunal de New-York, c'est le reste du monde qui est rejeté dans l'ombre.

Patrick Cohen : Revenons donc au reste du monde, et notamment aux révolutions arabes.

Yves Decaens : Qui sont partout, source d'inquiétude. En Tunisie, c'est le dossier du Parisien Aujourd’hui-en-France, voilà que les islamistes gagnent du terrain. Le parti Ennahda, pourtant absent des manifestations du mois de janvier, est aujourd'hui en tète dans les sondages. Ecoles coraniques et mosquées font le plein, constate Catherine Tardrew. Et on peut craindre que la victoire échappe à ceux qui ont fait partir Ben Ali, les jeunes sans idéologie particulière, soutenus par la classe moyenne, avec l'accord tacite de l'armée. En Egypte, c'est un autre problème. A lire dans Le Monde, le reportage au Caire de Florence Beaugé. Cinq mois après la révolution, les Egyptiens qui rêvaient d'une amélioration rapide de leur sort, s'impatientent au point de reprendre le chemin de la place Tahrir. Dès demain, ils manifesteront en masse pour pousser à l'accélération des réformes et des poursuites judiciaires contre les dignitaires de l'ancien régime. Claude Guibal le raconte également dans Le Nouvel Observateur : « L'économie égyptienne est exsangue, les touristes ont déserté le pays, les Egyptiens sont fatigués de cette ébullition permanente, l'anarchie, l'insécurité. Bref, conclut-elle, toutes les options restent ouvertes. La révolution égyptienne est en suspens ». Un peu comme en Libye, où la situation n'a évidemment rien à voir, mais la fin n'est toujours pas écrite. Voir dans Libération, le reportage de Luc Matthieu aux cotés des rebelles de Qaala, au sud de Tripoli. Ils sont passés à l'offensive, laborieusement, mais tout va bien, commente un médecin libyen qui conseille les rebelles. Kadhafi sera tombé avant le ramadan, autrement dit début août. A tripoli, en attendant, c'est le grand silence. Ce silence que traduisent dans Le Monde, les photos de Laurent Van Der Stockt. La capitale libyenne a pris des allures de ville fantôme et s'interroge notamment, sur le sort de Misrata qui pourrait être, écrit Jean-Philippe Rémy, la Stalingrad de Libye. Misrata où Vincent Hugueux pour L’Express est allé à la rencontre de ce qu'il appelle les âmes rebelles de cette ville assiégée et martyrisée : des étudiants, professeurs, musiciens, paysans, hommes d'affaire, qui espèrent hâter la chute du guide honni.

Patrick Cohen : Des reportages qui rendent la presse irremplaçable.

Yves Decaens : Comme cet autre reportage du Figaro, au coeur de l'usine à PV de Rennes. 11.000m2 de bâtiments qui traitent les plus de 17 millions d'infractions enregistrées chaque année sur les routes de France par les radars automatiques, pour la vitesse et les feux rouges. Une usine unique au monde, raconte Angélique Négroni, qui a du montrer patte blanche pour y entrer. Tellement sécurisée l'usine, que l'identité de ses 450 employés reste confidentielle. Cela se comprend, l'un d'entre eux rapporte qu'il a du se débrouiller avec une fuite d'eau à son domicile car le plombier, quand il a su qu'il travaillait au traitement des PV, a tourné les talons en lui lançant : « Allez vous faire voir ! ». Comme ça, c'est clair. A Monoprix à Marseille, c'est pas très clair. A la Une de La Provence , un employé a-t-il été viré parce qu'il a pris des fruits dans la poubelle ? Il aurait été mis à pied, titre le journal, pour avoir récupéré des melons et des salades dans une benne à ordures; c'est à suivre. On n'oublie pas ce que France-Soir appelle « ce beau fiasco à la française » : l'échec d'Annecy dans la course aux JO. Bon, ça fait des heureux. On verra dans Le Parisien, que les anti-JO rayonnent, en regrettant au passage qu'on ait quand même dépensé 30 millions d'euros pour avoir au final 7 suffrages sur 95, 4 millions la voix. Immense gâchis, commente Marc Chevrier dans L’Equipe : « Comment peut-on perdre aussi lamentablement quand on a dans son projet le Mont Blanc et le lac d'Annecy ? ». Bon, après Lille et paris, (Paris, deux fois de suite), on est habitué ! « L’objectif maintenant, titre L’Equipe, c'est Paris 2024 ». D’'ici là, on aura peut-être trouvé le truc.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.