Presse cocardière pour soutenir les Bleus, ils sont carrément chargés d'écrire l'Histoire. Mais dans la presse, toujours des réfugiés, et toujours la peur post brexit

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence ce matin par un récit

Marylise Baumard, journaliste au monde, raconte sur le blog du journal, le quotidien de l’Aquarius, un bateau de l’association SOS méditerranée qui patrouille jour et nuit entre les côtes de sicile et de libye pour porter secours aux migrants. Rencontre ce matin avec Rafael, Désiré et Olivier, tous trois camerounais, exilés d’abord en libye, puis poussés à la fuite. Et secourus lundi par l’Aquarius. « Il faut bien comprendre raconte Olivier, qu’on a la mort à nos trousses. Elle nous pousse toujours un peu plus vers le Nord. Nous les hommes africains, nous sommes condamnés à avancer plus vite qu’elle. Si je fais demi tour aujourd’hui, je trouverai Boko Haram sur ma route, quant à rester en libye, c’est tout simplement inhumain quand tu es noir ». Désiré rebondit et raconte à son tour « le grand bazar, sans justice qu’est devenue la libye. Arrêté arbitrairement, sans un sou pour payer la rançon qui l’aurait fait sortir de prison, lui aussi s’est enfui par la plage…Lui aussi pris dans une fuite en avant, toujours poussé du sud vers le nord. Aujourd’hui, l’europe représente pour eux une promesse de justice, « le continent de la richesse » veut même croire Raphael. « je sais, je sais, dit il à la journaliste, tu vas me dire que la vie sera dure, mais le travail ne me fait pas peur » complète Raphael, « Raphael qui n’entend pas le traitement que l’Europe offre aux migrants économiques » conclut Maryline Baumard.

A la Une de la presse également ce matin hélène, la Grande Bretagne

Avec deux actualités, le rapport Chilcot sur l’engagement du Royaume Uni aux côtés des américains dans la guerre en Irak en 2003 et les conséquences post Brexit.

Presse britannique très accusatoire ce matin contre l’ex premier ministre Tony Blair, qui s’est défendu hier, exprimant ses regrets mais répétant aussi que si c’était à refaire, il le referait. Le tabloid Daily Star affiche carrément à sa Une « Tony Blair, pire terroriste du monde »

Libération revient sur « l’écho d’un fiasco » et repart en Irak, 13 ans après l’intervention de la coalition. « Au moment même où John chilcot présentait à Londres ses conclusions, raconte Hala Kodmani, à Bagdad, des milliers de manifestants en colère se dirigeaient vers la zone verte qui abrite les bâtiments du gouvernement. 3 jours après le pire attentat de l’Etat islamique qui a fait 250 morts, les irakiens protestaient non pas contre ces terroristes, mais contre l’échec des autorités à garantir leur sécurité. Depuis que le chaos, le terrorisme et a corruption se sont emparés du pays après le retrait mal négocié des troupes américaines, les nostalgiques du régime totalitaire se manifestent de plus en plus constate la journaliste. L’une des vedettes de ce Saddam Blues s’est confié à l’agence Reuters. Opposant chiite, il était descendu marteau à la main pour participer à la destruction de la statue de Saddam Hussein. « Aujorud’hui dit il, je regrette d’avoir frappé cette statue. Je voudrais que Saddam revienne, même s’il a ordonné l’exécution de plusieurs membres de ma famille »

Et puis l’autre titre, c’est donc « la grande peur de l’effet domino en bourse du brexit » comme le titre les Echos. « La city de la peur » pour Libération, mais seul le titre est amusant. Article très pédago de Vittorio de Filippis qui explique précisément comment le dévissage de l’immobilier à Londres et la faiblesse de la livre sterling font aujourd’hui craindre une nouvelle crise mondiale

Et puis Hélène, on n’oublie pas qu’on est à Marseille ce matin

Marseille, aux couleurs bleu blanc rouge comme tout le monde, la Provence affiche à sa Une ce matin un patriotique « Pour la France » et raconte les dernières tentatives désespérées pour obtenir une place au vélodrome ce soir, on va y revenir Patrick, mais Marseille ce matin, c’est aussi : le mondial La Marseillaise de la Pétanque ! Finale féminine demain sur le vieux port et portrait à la clef, dans le journal la Marseillaise évidemment, d’une des favorites Fabienne Berdoyes, fleuriste dans la vie mais recordwoman des titres avec 5 triomphes à son palmarès.

Et sans tomber dans le cliché Marseille égale pétanque et voyou, il faut lire ce matin dans le magazine de cinéma So Film, un croustillant papier sur une vieille canaille que la ville connait bien, un certain Alain Delon. Raphaël Malkin décrit les troubles relations avec le Milieu de celui qui joua le Samourai, le Clan des siciliens et Borsalino au cinéma. Mélange de fascination, de relations border line entre l’acteur et les « marioles » comme on dit, qui conduiront à l’affaire Markovic. « En fin de compte les voyous, quel que soit le borsalino qu’ils portent et Delon avaient ça en commun, d’avoir la comédie et la dramaturgie dans le sang » raconte le journaliste

Et puis Marseille enfin, c’est aussi ces jours ci la fin d’un conflit social entre des femmes de chambre et leur employeur le B and B Joliette. Affaire révélée par le journal en ligne Marsactu. En plein euro de football, elles s’étaient mises en grève pour dénoncer l’euro 50 que leur employeur voulait les payer pour chaque chambre nettoyée. Finalement le paiement à la chambre est aboli.

Et puis grâce à la Croix ce matin, facile de faire le lien entre Marseille justement et l’actu du jour avec ce titre, formidable « Plus bleue la vie », clin d’œil évidemment à « Plus belle la vie ». Et un édito de Guillaume Goubert qui est l’un des rares à ne pas succomber à la fibre cocardière « peu importe le résultat de ce soir, écrit il, si à la fin c’est l’esprit sportif qui gagne »

On appréciera la mesure, car il faut bien avouer qu’il est un peu seul à se la jouer « Pierre de Coubertin » ; non, à quelques heures de la demi finale, on est plutôt dans le soutien total et dans le désir de revanche : même le Wall Strette journal salue « la renaissance du football français » à sa Une. « On y croit » encourage Paris Normandie, « Prêt pour la revanche » semble vociférer Pogba pleine page à la Une de la Charente Libre. « Des bleus au cœur » pour l’Humanité qui reconnait quand même que « passer du troll islandais à l’ogre allemand pour les bleus, n’a rien d’évident », le Figaro ose aussi dire que le défi est « kolossal », kolossal évidemment avec un K, ça fait beaucoup plus peur…Du coup quand Libé, pas encore totalement convaincu par les prestations de l’équipe française offre une double page sur le « Système DD », DD comme Didier Deschamps, mais aussi comme système D un rien erratique, on frise la haute trahison. Non, pour l’Equipe, on est déjà dans un « Jour de gloire »…et les premières lignes de l’un de vos invités Vincent Duluc, journaliste à l’Equipe, en disent long sur l’attente que crée ce match : « Nos nuits les plus longues et nos tristesses ont un nom, et nos souvenirs un bourreau. Dans l’histoire récente, l’Allemagne a souvent accompagné le destin de l’équipe de France et c’était toujours pour la laisser sur le palier. Voici aujourd’hui s’avancer la nuit de Marseille, dans une chaleur de juillet un peu andalouse, un peu mexicaine, un peu carioca et c’est le moment d’espérer que tout change. Cette soirée qui décidera du destin et définira la trace d’une génération, laquelle porte le fardeau quasi historique de la responsabilité du bonheur collectif » » !

Ouahou, quelle responsabilité ! le Parisien parle lui aussi de « Grand soir »… « c’est plus qu’un match prévient le journal, sur fond de brexit et de désenchantement européen » les bleus se voient carrément assigner la mission d’écrire l’histoire. Rien que ça.

Ecrire l’histoire, renouer avec une communion nationale qui fait défaut dans tant d’autres domaines, panser les plaies de tout un pays et pourquoi pas de tout un continent…et puis aussi, tiens au passage, faire oublier quelques déboires de l’année. Spécial dédicace pour son opportunisme à une marque allemande chahutée ces derniers mois, Volkswagen est partenaire de l’équipe de France. Et s’offre dans la presse quotidienne ce matin, une pleine page de pub avec un bretzel en forme de cœur, cœur brisé. « Désolé l’Allemagne dit la pub. Ce soir Volkswagen soutient les Bleus »

Une belle victoire ferait décidément du bien à plein de monde !

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