C'est une photo surprenante, en Une du Figaro... une photo inédite, étonnante, et pour tout dire historique... une photo du Président Nicolas Sarkozy assis à son bureau à l'Elysée... Eh oui : on s'était tellement habitué aux images de jogging, de meeting, de footing, que ça fait tout drôle de voir Nicolas Sarkozy dans le salon doré, un mois et un jour après son élection à l'Elysée... Le Président est donc assis, téléphone en main, derrière le bureau rococo du Général... Mais derrière lui, sur les consoles dorées et sur la cheminée de marbre blanc, il n'y a plus ni fétiche dogon, ni sculpture de l'île Nias, ni objet des Taïnos, ni visage paisible d'un Bouddha... C'est à cela que l'on reconnaît qu'un bureau change de locataire... A la place des statues du monde, il y a des photos... des photos de son investiture, avec son épouse Cécilia... et des photos de premier jour, comme celle où l'on aperçoit une photo de classe de gouvernement sur le perron de l'Elysée... Alors sur le fond, Nicolas Sarkozy donne sa première interview de Président au Figaro, pour confirmer son slogan de campagne : "Tout dire avant pour tout faire après"... On vous en a déjà parlé ce matin... Le Président confirme qu'il veut aller encore plus loin dans l'ouverture... et qu'au lendemain des législatives, il recevra toutes les formations politiques représentées à l'Assemblée, au Sénat et au Parlement européen... Cette dernière précision sur les élus de Strasbourg a son importance, puisque Le Figaro lui demande aussitôt : "Vous recevrez tout le monde, y compris le Front National ?"... Réponse du Président : "Au nom de quoi l'écarterais-je, dès lors qu'il a des élus ?"... Et on a bien compris que la référence aux élus européens était essentielle... Au passage, Nicolas Sarkozy annonce qu'il a quitté l'UMP... enfin, c'est ce qu'on comprend quand Le Figaro lui dit : "Mais c'est tout de même votre famille politique", et que Monsieur Sarkozy répond : "Le Président de la République ne peut pas être membre d'un parti politique"... "Au fait, avez-vous eu un contact avec Jacques Chirac depuis son départ ?", demande le journal... "Non", se contente de répondre le Président... Et c'est la fin de l'interview... Mais Nicolas Sarkozy a eu le temps de rendre hommage à son Premier ministre, dont il dit : "Avec François Fillon, nos montres marquent la même heure"... Eh bien d'ailleurs, je vous la donne : il est 8h32, pour la France qui se lève tard... car 8h32, c'est déjà tard pour des hommes d'action... J'aurais pu aussi commencer cette revue de presse par une citation d'Anatole France, qui était LE grand écrivain français il y a un siècle, mais tombé aujourd'hui quelque peu dans l'oubli... Anatole France écrivait : "La tâche auguste du juste est d'assurer à chacun ce qui lui revient : au riche sa richesse, au pauvre sa pauvreté"... En fait, cette citation ouvre l'éditorial de L'Humanité, dans lequel Maurice Ulrich écrit ce matin "qu'au Panthéon des grands noms de l'Histoire récupérés par Nicolas Sarkozy, il faudrait ajouter Anatole France"... Et pour qu'on ne se méprenne pas sur l'ironie de cette citation, le journaliste rappelle que cet écrivain collaborait lui aussi à L'Humanité... C'était L'Huma de Jaurès... Le paquet fiscal, ficelé hier par le gouvernement, est bien sûr l'objet de la diatribe de L'Huma... qui écrit en Une : "Au bonheur des riches", et en page intérieure : "Bouclier sur les uns, ceinture pour les autres"... Et Maurice Ulrich de conclure que "non seulement les riches vont s'enrichir davantage, mais que ce sont les salariés qui vont payer la note... Le profit de l'un, dit-il, est le dommage de l'autre"... La presse régionale s'inquiète surtout des heures sup défiscalisées et du coût que cela va représenter pour les finances de la nation... Dans L'Alsace, Patrick Fluckiger relève que "le coût de la détaxation a doublé hier, en cours de journée, dans la bouche de François Fillon... De 2 et demi à 3 millliards d'euros le matin, l'addition est passée à 5 à 6 milliards d'euros l'après-midi... Est-ce le dernier prix ?, se demande Fluckiger... Est-ce que cette détaxation des heures sup ne sera pas, pour la droite, ce que les 35 heures ont été pour la gauche : une grande idée qui laisse un arrière-goût amer ?... François Fillon, dit le journaliste, nous faisait penser hier à Martine Aubry... Comme elle, il s'abritait derrière une foi inébranlable en sa réforme... On connaît le résultat... Pour partager le travail, comme pour travailler plus, il faut d'abord du travail... Et c'est bien ce qui manque en France"... Oui, dit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain... "Qui doit-on satisfaire en priorité ?... Les électeurs de droite, qui approuvent la suppression déguisée des 35 heures ?... Ou nos partenaires européens, qui ne rêvent qu'orthodoxie budgétaire et gestion vertueuse ?... La réponse gouvernementale est entre les deux, dit Waucampt... au risque d'une belle déchirure musculaire pour François Fillon, qui fait le grand écart entre les plaisirs virtuels et le principe de réalité"... "Alors tout eût été plus simple si on avait supprimé les 35 heures plutôt que d'essayer d'en sortir par la porte de derrière"... Ca, c'est Nicolas Barré, dans l'éditorial du Figaro... "C'est ainsi, poursuit-il, que tout en continuant à dépenser beaucoup d'argent public pour travailler moins... réduction du temps de travail oblige... nous nous apprêtons à dépenser quelques milliards supplémentaires pour travailler plus"... Et je laisse la conclusion à Jean-Louis Gombeaud, dans Nice Matin... "Pour l'équipe au pouvoir, sentir que tout est facile est source d'un plaisir immense... Que cette équipe ne se prive pas de goûter le bonheur, l'ivresse que procure l'état d'appesanteur, car il lui faudra rapidement songer au retour sur terre"... La politique, ce sont aussi les places... Et le journal Le Monde daté de ce jeudi relève que la guerre de succession, pour la présidence du Sénat, est ouverte... et même qu'elle est accélérée par l'enquête préliminaire ouverte mardi par le Parquet de Paris contre le président Christian Poncelet pour une affaire de trafic d'influence... Du coup, les supputations ont repris bon train au Palais du Luxembourg... et Patrick Roger, dans Le Monde, rappelle qu'à l'UMP, on se souvient de l'engagement de Christian Poncelet à n'être président que pour deux mandats de trois ans... C'était en 98... Cela devait le mener en 2004... Et aujourd'hui, Christian Poncelet a 79 ans... Le journal dit que le sénateur Jean-Pierre Raffarin a préparé le terrain de longue date, mais ne voit pas sans crainte la concurrence de l'ancien ministre du Travail Gérard Larcher... Monsieur Raffarin, vous confirmez que la présidence du Sénat peut vous intéresser bientôt ?... Les places, c'est aussi la présidence du futur groupe UMP à l'Assemblée Nationale, avec deux candidats qui, tous deux, se prévalent du soutien de Nicolas Sarkozy... Il s'agit de Jean-François Copé et de Christian Estrosi... Et ce dernier, dans une interview à France Soir, cite abondamment son mentor... "Sarkozy m'a appris, dit-il, que tout ce que tu prends est à toi"... Des places, il y en a également à prendre dans la presse... et une fort belle, même... puisqu'il s'agit ni plus ni moins du job de patron du journal Le Monde, depuis que Jean-Marie Colombani a été mis en minorité par les rédactions du groupe... Eh bien, il n'y a plus que quatre candidats... Et le choix sera fait mardi prochain par le conseil de surveillance... Libération donne la liste des quatre finalistes... Pierre Jeantet, le numéro 2 actuel du Monde... Philippe Thureau-Dangin, le patron de Courrier International... Bruno Patino, le patron de Télérama... et Alain Genestar, l'ancien patron de Paris-Match, débarqué par Arnaud Lagardère pour avoir déplu à Nicolas Sarkozy... Alors quels sont les pronostics pour succéder à Colombani ?... Une source dit à Libération : "Ce sera Pierre Jeantet, parce que c'est le candidat d'Alain Minc"... "Non, dit une autre source : c'est plus ouvert... Mais le seul qui n'a aucune chance, c'est Alain Genestar"... Voilà... Réponse mardi, pour le successeur de Colombani... Bonne journée...

Patrick BOYER

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