après sa mise au ban diplomatique, le qatar c'est le vénézuela! loi travail, bis repetita El Khomri ou plus facile? société civile macronienne, critique...

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Vous commencez ce matin par la situation au Qatar après sa mise au ban par l’Arabie saoudite et ses alliés

Une crise diplomatique, ça donne quoi pour les premiers concernés ?

« D’un seul coup, le Qatar s’est transformé en Vénézuela ». Yves Bourdillon dans les Echos décrit la situation concrète vécue par les qataris au lendemain de la décision de l’Arabie Saoudite, de l’Egypte, de Barhein et des émirats unis de rompre leurs relations diplomatiques avec ce petit état du Golfe. « Queues interminables de chariots aux caisses des supermarchés… Hier, les ménages continuaient de stocker préventivement lait, riz, poulet, sucre, produit phare de la rupture du jeûne en période de ramadan, raconte-t-il, le gouvernement a d’ailleurs fait déstocker des vivres en fin de journée pour remplir les rayons. » Doha ne dispose que de 17 jours d’auto-suffisance alimentaire, le pays importe 99% de ses produits alimentaires. Pays donc qui semble coupé du monde depuis lundi, aucun camion d’approvisionnement n’est passé par la frontière avec l’arabie saoudite. Pour autant, s’il est en quarantaine diplomatique, il ne subit pas non plus un blocus total, puisque son port peut être achalandé, et l’Iran a promis de se substituer aux pays du golfe dans les 12 heures pour pallier toute pénurie. Alors, il y a la crise diplomatique et ce qu’elle produit pour les habitants donc, ce qu’elle produit peut-être aussi en effet d’aubaine, pour la France. Hier, le ministre de la justice François Bayrou a affiché sa volonté de mettre fin au traitement favorable dont bénéficie Doha chez nous, depuis que Nicolas Sarkozy lui avait accordé un avantage fiscal incroyable, avec exonération des plus-values immobilières et régime dérogatoire en matière d’ISf. La France était devenue un véritable paradis fiscal pour le Qatar, qui a beaucoup investi chez nous notamment dans l’immobilier et l’hôtellerie de luxe. Le manque à gagner pour les finances publiques françaises a été évalué à 150 millions d’euros, rien que pour l’avantage généré par l’exonération des plus-values immobilières. Pour autant, les spécialistes en conviennent dans les Echos: ce sera très dur, presque impossible de revenir sur cette convention fiscale ». Pas si facile donc de perdre son statut de « paradis »

On poursuit avec quelques commentaires de la presse ce matin sur la réforme du code du travail entreprise par notre invitée Muriel Pénicaud…

Ca se partage entre les dubitatifs, les enthousiastes a priori, et les « anti » déjà à fond. Dans les Echos, Cécile Cornudet fait le parallèle entre votre méthode et celle utilisée pour sa campagne présidentielle d’Emmanuel Macron : lui avait dit « et droite, et gauche, » vous dites Muriel Pénicaud « et entreprises, et salariés » « l’exécutif est un effaceur de clivages » note-t-elle, « mais peut on dépasser cette conflictualité si française qui mine, bloque et paralyse ? » se demande t elle. « en fait, plus la majorité de Macron sera large à l’assemblée, plus il sera difficile pour les syndicats de s’opposer à lui » conclut-elle. L’éditorialiste du Figaro Gaetan de Capèle s’enthousiasme déjà de ce « petit et fragile miracle » « va-t-on pour la première fois au pays de la lutte des classes, lancer une réforme importante sans provoquer de drame national ? ». Ce qui change tout évidemment par rapport à la loi El Khomri, c’est l’onction du suffrage universel avant la réforme, dans la Charente libre, Jean Louis Hervois relève « qu’il y a encore assez de flou pour cacher les loups mais la main reste ferme. Aux manifestations dans la rue en 2016, répond le suffrage universel en 2017. Qui peut contester la légitimité du nouveau pouvoir à mettre en application le programme sur lequel il s'est fait élire?" ; Pascal Coquis dans les Dernières Nouvelles d’Alsace note lui que votre but « c’est bien d’en dire le moins possible sur le contenu de la réforme ». Mais le peu qu’on en sait suffit à L’Humanité pour s’opposer résolument et sans attendre. « La technique du rideau de fumigènes avait été utilisée avant l’élection présidentielle, ça recommence pour obtenir une écrasante majorité de députés godillots écrit patrick Appel Muller. Mais nous en savons assez pour voir le loup sous la laine de l’agneau » prévient-il

Dans la presse ce matin également Hélène, zoom sur la « société civile » mise en avant par Emmanuel Macron pour renouveler la politique

L’hebdomadaire le Un consacre son numéro à cette société civile, surtout pour en montrer les limites. Titre « société civile, mon œil ! », à lire les conseils et instructions caustiques de Robert Solé aux ministres issus de celle-ci « félicitation leur dit-il, mais ne vous attachez pas à votre fauteuil rehaussé de dorures, c’est un siège éjectable, certains de vos prédécesseurs, explosés en vol, n’y ont pas tenu deux semaines ! » ou encore « sans doute souffrez- vous déjà des lourdeurs de la tâche, pas de panique, le cabinet est destiné à vous soulager. N’oubliez pas que le vrai ministre c’est lui, vous ne faites que passer ». Le sociologue Gautier Pirotte lui s’arrête plus sérieusement sur les caractéristiques de la société civile « macronnienne, qui a notamment fourni des candidats aux législatives. « Si j’étais bourdieusien dit il, je dirais que les gens recrutés par En marche, c’est une société civile de CSP +, voire ++. Ils disposent déjà de capitaux culturels et économiques importants. Car si participer à la société civile est connoté positivement, cette participation a un coût, il faut se rendre disponible, libérer du temps, avoir de l’argent. Les exclus ne pensent donc même pas à s’impliquer dans de telles initiatives. Si la société civile vantée par Macron répond à une demande de l’électorat en s’appuyant sur l’image positive qu’elle a, contrairement à celle des politiques, il y a quand même une entourloupe juge Gautier Pirotte, car ce n’est pas la société civile contestataire ou celle qui se présente comme un contre- pouvoir qui émerge. C’est un appel d’air, une élite alternative mais pas une contre élite. Une société civile de Yuppies Cools, décidés à régénérer la scène politique, mais pas à la transformer » dit il. « tout changer pour que rien ne change »…ça rappelle vaguement quelque chose…

On termine par une décision de justice qui fera date

« Dans la litanie des procès impliquant le négationniste Robert Faurisson depuis près de 40 ans, c’est une première » relève Jean Baptiste Jacquin du Monde. La journaliste du Monde Ariane Chemin, poursuivie pour diffamation, a été relaxée hier par le tribunal de grande instance de paris. Désormais écrire que « robert faurrisson est un menteur professionnel, un falsificateur et un faussaire de l’histoire » est conforme à la vérité a jugé le tribunal. Car ce n’est pas au titre habituel de la « bonne foi » journalistique habituellement invoquée que l’historien négationniste a perdu son procès, mais bien au vu, pour la première fois donc de ses nombreuses condamnations pour contestation de crimes contre l’humanité. Un jugement sur le fond donc des méthodes de Faurisson, et de l’absence de caractère scientifique de ses travaux.

Et parce qu’une revue de presse n’existe que parce qu’il existe une presse libre et des journalistes libres, je tenais à relayer l’appel à manifester en faveur de Mathias Depardon, photo journaliste détenu arbitrairement par la Turquie depuis le 8 mai dernier. Pour l’instant, les interventions d’Emmanuel MAcron auprès du président turc n’ont rien donné. Mobilisation donc ce matin devant la mairie du 4ème arrondissement de paris.

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