Ce matin, je vous emmène à la rencontre de Sylvie... d'Ahmed... de Jérôme... Et d'abord de Paulette... Paulette est en photo en page 2 de France-Soir. Elle a 73 ans. Alexandra Gonzales a rencontré "cette pimpante retraitée marseillaise qui se bat depuis presque un an pour trouver un logement à louer adapté à ses maigres revenus : 720 € par mois". Paulette attend que les huissiers la mettent à la porte de chez elle, car elle ne peut plus payer. Elle attend. Et, je cite, toutes ses affaires sont emballées dans des cartons, prêtes à être déménagées. L'histoire de Paulette, c'est l'un des témoignages recueillis par France-Soir pour illustrer la nouvelle étude de l'INSEE sur la pauvreté et les salaires. Une étude qui fait aussi les gros titres de plusieurs quotidiens régionaux. Le Télégramme, La République du Centre ou L'Alsace qui, sous la plume d'André Schlecht, établit un comparatif intéressant : "Les Trente Glorieuses, après la guerre, ne se distinguaient pas seulement par une forte croissance mais aussi par un resserrement de l'éventail des revenus. Aujourd'hui, c'est le contraire"... Et c'est pourquoi, poursuit mon confrère, "le tissu social risque de se rompre". Alors que dit cette étude ?... En 2007, les salaires ont augmenté ! Formidable ! "Une forte progression", s'exclame La Tribune : +1,6%... Oui mais... c'est une moyenne... Et cette hausse de la moyenne, elle est due, pour l'essentiel, à l'augmentation des revenus des 10% des Français les plus riches... De ces 10%, Ahmed ne fait pas partie... Ahmed, il témoigne sur le site en ligne Rue89. Il est surveillant de prison à Fresnes. Avant, il était horloger. 3500 € par mois. Plan social. Et le voilà donc gardien de prison. Débutant : 1250 €. Une fois ses charges payées, il lui reste 300 € par mois pour acheter de quoi manger. Il raconte à Zineb Dryef son quotidien de surveillant. Un jour, il a découvert un homme pendu à son drap dans sa cellule : "Un type emprisonné pour un petit délit, qui n'a pas supporté son milieu carcéral : être avec de grands criminels. Quelqu'un qui n'aurait pas dû être là". Et Ahmed de conclure : "Nous les gardiens, on est épuisés : c'est trop dur". Dans la presse également, deux dossiers poil à gratter pour le gouvernement... Et d'abord, voici Stéphane... Alors lui, il n'est pas comme Ahmed et Paulette... Stéphane Richard, l'information est révélée ce matin par Les Echos, appelé à devenir le futur patron de France Télécom... On en parlait dans le journal il y a quelques minutes... Et là où ça se corse, c'est que Stéphane est le directeur de cabinet de la ministre de l'Economie Christine Lagarde, en outre un proche de Nicolas Sarkozy. Alors Les Echos s'interroge, sur le spectre de "l'affaire Pérol", dont la nomination à la tête du groupe Banque Populaire-Caisse d'Epargne a suscité une vive controverse. L'Elysée souhaiterait éviter un bis repetita et, toujours selon Les Echos, entend donc faire avaliser cette nomination par "la Commission de déontologie de la fonction publique". La Commission de déontologie de la fonction publique, belle appellation soi-dit en passant. L'autre dossier qui "gratte" c'est, toujours et encore, la loi Hadopi contre le téléchargement illégal sur Internet... Et là, voici donc l'histoire de Jérôme. Jérôme Bourreau-Guggenheim, c'est son nom, est responsable du pôle Innovation Web de TF1. Ou plutôt... il était. C'est Libération qui a enquêté : si l'on en croit Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, Jérôme aurait été... viré de TF1. Pour avoir fait connaître son opposition au projet de loi. Rappelons que ce monsieur est spécialiste d'Internet. Et selon la direction des ressources humaines de l'entreprise, cette opposition serait incompatible "avec la stratégie du groupe TF1, favorable à la loi"... Drôle de mésaventure, surtout à l'heure où la loi Hadopi paraît bien mal embarquée. Plusieurs quotidiens ironisent sur le sort de ce projet de loi qui pourrait être mort-né. La faute au Parlement de Strasbourg, à "l'autre musique des députés européens", pour reprendre le titre, pleine Une, des Dernières Nouvelles d'Alsace. En substance, les députés européens, à une majorité écrasante, viennent d'interdire les coupures d'accès Internet sans décision de justice préalable. De ce fait, conclut François Martin dans Le Midi Libre, "ils viennent de couper les ailes à la loi Hadopi". Le même François Martin a d'ailleurs trempé sa plume dans le vitriol : "C'est un clivage générationnel, martèle-t-il. La gauche caviar qui pousse des cris d'orfraie commence à prendre des rides. Sans être désobligeant avec ces artistes rive gauche, voir les Gréco, Piccoli et Arditi mener la fronde contre le PS et pour la loi Hadopi... est pittoresque et affligeant". Et toc ! Internet toujours... Internet et la grippe ! Trop c'est trop... Plusieurs titres fustigent le déferlement médiatique sur le nouveau virus de la grippe. "Cette crise de la grippe A marque l'avènement d'Internet comme acteur principal de la santé publique", observe le quotidien espagnol El Mundo, un article repris par la revue Courrier International. "C'est une pandémie point com", analyse Pedro Ramirez. Plus près de nous, Les Echos s'interroge : "Beaucoup de bruit médiatique pour rien ?". Le quotidien économique soulève un risque, en citant le patron d'une agence de communication : "A force de crier au loup, les individus ne vont-ils pas être tentés de sous-estimer la réalité d'une grave pandémie lorsque celle-ci se présentera ?". Dans Témoignage Chrétien, l'éditorialiste Luc Chatel (aucun rapport avec le porte-parole du gouvernement) va plus loin : pour lui, "cette mise en scène ridicule du virus de l'angoisse" conduit d'abord à reléguer au second plan le danger réel : la crise économique. "Si l'on veut faire frémir au journal de 20 heures, alors guettons le nombre de suicides qui vont accompagner les plans sociaux", s'emporte Chatel, qui s'interroge : "Et là, où est le principe de précaution ? Pas d'ordonnance. Pas de traitement. A la peur qui dérange et qui questionne, on substitue une peur qui rassure, avec son kit de guérison". Cette tonalité, elle est omniprésente dans les revues : les médias en ont trop fait sur la grippe. Trop de grippe... et trop de consommation... Après Paulette, Ahmed et Jérôme... Voici donc Sylvie. Sylvie est la maman de trois enfants. Et elles dévoile, dans le mensuel Avantages, ses "parades anti-crise"... En l'occurrence, tout simplement se donner des coups de main entre habitants du quartier. C'est pas plus bête. Et le mensuel dresse ainsi la liste de toute une série d'initiatives, pour dépenser moins et consommer mieux. Autre exemple : les "locavores"... Vous connaissez les locavores, Nicolas ? Etre locavore, c'est manger exclusivement des fruits et légumes produits à moins de 150 kilomètres de chez soi. Ca aide les petits producteurs, ça baisse les coûts, et ça limite le transport, donc la pollution. Dans le même ordre d'idées, Télérama pose une question beaucoup moins anecdotique qu'il n'y paraît : "La frugalité va-t-elle sauver le monde ?"... Frugalité... Consommer moins... Enquête très intéressante de Weronika Zarachowicz. Elle a rencontré certains des plus grands intellectuels français. Et on peut lire notamment ces propos du sociologue Paul Ariès : "Nous devons apprendre à entretenir d'autres types de rapport aux objets. Décoloniser notre imaginaire de consommateur. Nous ne sommes pas nés consommateurs". Ce que sous-tend cette analyse, c'est la panne du système productiviste face à la crise financière. Et la panne d'idées tout court. C'est le sens de l'éditorial de Claude Imbert dans Le Point : "La grande dépression, écrit mon confrère, a déplumé experts et politiques. Même les plus éloquents doutent vaguement des remèdes qu'ils préconisent". Plus approfondi encore, le diagnostic d'un autre intellectuel, Pascal Bruckner. Il faut le chercher un peu, ce diagnostic. Il figure en toute dernière page du supplément du Monde, M. Il est temps, réclame Bruckner, "de ne pas se contenter de gérer la pénurie mais de découvrir des biens non comptables qui échappent à la logique du profit. Ne pas se laisser piéger par l'affairement stérile, se désencombrer des babioles socialement valorisées". Passionnante, l'analyse de Bruckner, qui poursuit : "Il faut se dépouiller peut-être, préférer sa liberté au confort, au lieu d'accumuler argent et objets comme un barrage dérisoire contre l'angoisse et la mort. Il faut en revenir à l'essentiel : les liens d'affection et d'amour". On peut trouver ça gnangnan. Mais si on y réfléchit, il n'a pas tout à fait tort, Bruckner. Sauf, bien sûr, que ça ne donnera pas un logement à Paulette.

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