(Nicolas Demorand : "La presse entre rigueur et douceur")... Rigueur : la star du jour, rubriques "Economie", "Politique", "International" et même "Sports"... Ils n'ont que ce mot à la bouche... Douceur de quelques articles, comme un rayon de soleil en ce mois de mai bien gris... Mais d'abord, entre rigueur et douceur : où en sont les femmes ? Ces derniers mois, le magazine Elle a organisé des "Etats généraux de la Femme". On en a déjà parlé ici. C'est l'heure du bilan, dans le numéro de cette semaine. Portraits de femmes d'abord... Il y en a une pléïade... Par exemple Rabiah, 29 ans, directrice d'un restaurant coté au Pays Basque... Elle vient de l'autre bout de la France : Moselle. Parents algériens. Petits moyens. Education à l'ancienne. Le Bac. Elle s'échappe : Paris. Etudes le jour, travail le soir. C'est trop. Sentiment d'étouffement, divorce. 23 ans et seule à Paris. Elle bosse encore plus, donne une partie des sous à ses parents en difficulté. Elle trouve même le temps de faire la bringue avec ses copines. Aujourd'hui, la trentaine, elle est posée, avec un mari qui lui a donné envie de croire à la vie à deux. Des enfants ? "Non, pas d'enfants : j'ai peur de ne pas y arriver". Un sondage est réalisé par l'IFOP. On peut le résumer avec un "oui" et deux "non". Oui, les femmes trouvent leur vie plus facile que celle de leur mère et de leur grand-mère, mais elle est moins facile que celle des hommes, et il n'est pas facile du tout de concilier la vie personnelle et professionnelle. (ND : "Alors, propositions pour que ça change... Le magazine Elle en fait 24, pas moins)... 4 chapitres : l'équilibre entre carrière et enfants ; la lutte contre la violence ; l'égalité politique ; et les stéréotypes. Parmi les petites révolutions préconisées : que les entreprises et les administrations publient chaque année, dans leur rapport d'activité la comparaison du salaire médian des femmes avec celui des hommes, fonction par fonction ; Des crèches ouvertes 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 ; Allocations familiales dès le premier enfant. Enfin la politique : mandat unique et limité dans le temps, pour aller vers plus de parité. Maman, amante et gouvernante : on demande tout aux femmes. En quelques images, Elle montre celles qui ont marqué les décennies passées, depuis les premiers Etats généraux en 1970. Ces images donnent le tournis : années 80 : la fille de pub qui avait enlevé le haut côtoie Marguerite Yourcenar à l'Académie ; 1990 : Claudie Haigneré comme un Bibendum dans son costume de cosmonaute, à côté de la brindille Kate Moss ; * années 2000 : Ségolène Royal en veste blanche, en photo à côté d'un sex-toy. Le mot de la fin à Valérie, une de ces témoins (tiens, il n'y a pas de féminin pour ce mot !) qui se racontent dans Elle... Dans un petit carnet, elle a noté sa phrase préférée : "J'ai vécu une vie normale de femme, c'est-à-dire une vie bien remplie". (ND : "Et en hommage aux femmes, la presse habille François Fillon en tailleur... tailleur de dépenses publiques")... Rigueur : c'est donc le mot-star du jour... "Sale printemps quand on y pense", écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré. "Déjà qu'on se caille comme c'est pas possible pour un mois de mai. Voilà que François Fillon nous annonce que même les dépenses de l'Etat sont gelées". "Gelées pour trois ans", précise Le Figaro à sa Une. C'est "le régime rigueur", traduit Libération, qui évalue les économies à venir à 100 milliards d'euros. Libé a bien repéré le filon : le Premier ministre surfe sur l'inquiétude alimentée par la crise à Athènes. "Gare aux excès de Grèce !". Alors, même si l'homme de Matignon n'emploie pas le mot, "oui, c'est de la rigueur, et tant mieux !", nous dit Gaëtan de Capèle dans Le Figaro. "Les caisses de l'Etat sont vides, à tel point que ses dépenses annuelles sont financées pour moitié par l'emprunt. Il est temps de remettre de l'ordre tant que des marges de manoeuvre existent". "La France passe au régime grec", titre L'Humanité. Colère de Patrick Apel-Muller dans l'édito : "'L'Etat ne peut pas tout', avait dit funestement Lionel Jospin. 'Les marchés décident de tout', proclame le Premier ministre, qui s'est mis à leur service". "La rigueur, pourquoi pas ? Ne rien faire exposerait à une austérité plus brutale encore", écrit Chantal Didier dans L'Est Républicain. Mais elle pose une condition indispensable : que tout le monde soit mis à contribution (sous-entendu même ceux qui sont protégés par le bouclier fiscal). Quant à Patrick Fluckiger dans L'Alsace, il ne voit pas comment cette rigueur éviterait une hausse d'impôts. D'ailleurs, les éditorialistes relèvent le changement de ton du gouvernement sur ce point. Naguère c'était "non, il n'y aura pas de hausse d'impôts". Aujourd'hui, c'est "pas de hausse d'impôts massive". Bon, sortons de la politique. Il est un homme à côté de qui François Fillon passerait pour une Bluebell Girl en matière d'austérité : c'est Didier Deschamps, l'entraîneur de l'OM... Son club est champion de France de foot. Il pourrait en profiter un peu et siroter tranquillement un pastaga en signant des autographes sur le Vieux Port. Eh bien non : dans L'Equipe, il parle déjà de l'année prochaine et du travail à accomplir. "Je suis le casse-pieds de service. L'exigence dans le travail est indispensable. Ce ne sont souvent que des détails. Mais des détails mis bout à bout, ça fait de gros détails". Rigueur décidément à tous les étages. Et en Grèce, est-ce qu'on parviendra à l'appliquer ? Le reportage de Jean Quatremer, dans Libération, permet d'en douter... Il décrit un pays où "payer l'impôt, c'est être un con". Le niveau de corruption et d'évasion fiscale est hallucinant. Puisqu'on parle de foot, un patron donne une comparaison : "En matière d'impôt, comme au foot, ici on parle du "4-4-2" : sur 10 € d'impôt, l'inspecteur du fisc en prend 4 pour lui, il vous en laisse 4 et il en donne 2 à l'Etat". Encore une image... Le fisc vient d'utiliser Google Earth pour compter les piscines dans le quartier huppé de la capitale, dans le nord. Il en a recensé près de 17000. A peine plus de 300 sont officiellement déclarées. (ND : "Bon... Vous nous avez promis un peu de douceur")... Eh oui : comme une envie de fête pour sortir de la grisaille... Autant vous le dire tout de suite : la première tentative est ratée. On parle souvent de la ville de Paris, qui ne serait plus aussi fêtarde qu'avant. Certes, Paris s'est endormie, mais ça reste relatif et assez bobo comme débat. Le nouveau magazine Megalopolis a la bonne idée d'élargir ce débat. Ce journal, vous le trouvez en kiosque en Ile-de-France. Il est réalisé par de jeunes journalistes, et c'est "le magazine du Très Grand Paris". Puisqu'on parle beaucoup en ce moment du Grand Paris, Megalopolis a la bonne idée d'élargir ce débat sur la fête la nuit à toute la banlieue. Et le constat est radical à la Une : "la banlieue s'emmerde". Et le vrai problème, il est peut-être là. Les reporters sont allés à la fois dans une cité : Bois-L'Abbé, une ville historique : Versailles, et une commune pavillonnaire : Deuil-la-Barre. Partout, le même constat : rideaux de fer et ennui mortel passé 20 heures ou au mieux 22 heures. Le périph n'existe pas que pour les voitures. Les Parisiens ne vont pas faire la fête en banlieue, et pour cause. Et les banlieusards ne vont pas forcément à Paris. Il y a comme une frontière mentale. Sans parler des contrôles au faciès à l'entrée des bars et des boîtes quand vous êtes un peu basané. Et mine de rien, cette question révèle les relations très compliquées entre Paris et sa banlieue. La capitale à la mode, en ce moment, c'est Berlin. Mais si Berlin est si hype, c'est grâce à l'Est, ce territoire longtemps brimé qui a libéré tout un réservoir de talents et de créativité après la chute du Mur. Et si l'équivalent de Berlin-Est, pour Paris, c'était la banlieue ? C'est donc à lire dans ce nouveau magazine, qui s'appelle Megalopolis. Vous pouvez aussi l'acheter sur Internet. (ND : "Allez... De la douceur, vraiment, cette fois-ci")... C'est un article délicieusement sucré de Jacky Durand, dans Libération... C'est la chronique d'un livre sur les bonbons d'autrefois. Petit voyage dans la France de Bonne Maman et Charles Trenet. Il est question de la Pastille du Mineur : bonbon eucalyptus, menthe et anis, qui permettait de cacher aux parents l'haleine des premières cuites au lycée. Le Michoco, qu'il faut garder en bouche quand on embrasse une fille ou un garçon au cinéma. Le Pierrot Gourmand, ration de survie des colos. Le Carambar, vraie ruine pour l'argent de poche. Mais le morceau de bravoure concerne la fraise Tagada, que l'on peut glisser dans une coupelle de champagne pour s'étourdir un peu. La Tagada, c'était le bonbon qui consolait des chagrins d'amour en troisième, des sales notes en math et des parents qui ne supportent pas le rock d'AC/DC après 22 heures. C'était le mercurochrome de l'âme posé sur la langue et le bout des doigts... Bon week-end...

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