(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la victoire tranquille

(Bruno Duvic) Bien sûr, il y a cette jeune fille les bras levés et dont le corsage tricolore peine à contenir la poitrine opulente... Elle est en photo sur le site du Nouvel Observateur .

D'ailleurs pour un homme normal c'est fou ce que François Hollande fait sourire les filles dans la presse... On en croise beaucoup dans les reportages de ce matin.

Comme ces deux là, qui pourront encadrer le numéro du jour de Libération , pages 2 et 3 rien que pour elles ou presque. Franche rigolade, grand cri de joie, lèvres carmin, rose rouge et manteau assorti. "6 mai 2012, la Bastille effervescente" ajoute le journal.

Pour le reste, à la Une, pas d'effusion, sobriété : "Normal !", titre Libé , le point d'exclamation laisse entendre que le succès de François Hollande était attendu et justifié.

Image du nouveau président costume et cravate sombres, les bras levés.

Vous la trouvez déclinée sous tous les angles et à tous les moments de la soirée en première page de vos journaux.

Voici "François 1er" pour le quotidien Metro

"François 2 l'héritier" pour La Voix du Nord , héritier de Mitterrand

Car 24 ans après la réélection de l'homme à la force tranquille, "La gauche retrouve un président", titre Presse Océan

"Enfin !" s'exclame Le Nouvel Observateur en kiosque dès aujourd'hui

"François Hollande" président, un bouquet de rose à la main. La photo couvre les 2/3 de la Une du Figaro .

Mais ce qui restera peut-être de toutes ces images, comme première impression du quinquennat qui s'ouvre, c'est la simplicité du sourire.

C'est "la victoire tranquille" pour La Charente Libre .

Pourtant, cette victoire n'a rien de banal

Plus d'une génération que les militants de gauche attendaient cela. La Voix Du Nord était sur la grand place de Lille, juste avant 20 heures, alors que les résultats circulaient depuis longtemps sous le manteau. "On sait déjà mais on a quand même une boule au ventre, on veut voir la photo" dit Adèle, venue avec son ami Rachid.

20 heures arrivent et la photo avec. Explosion de joie. Mais La voix du Nord poursuit. De souvenir d'ancien, c'était plus fou en 81. Dans la région, on avait fêté sur les places, à Dunkerque, Arras, Lens ou Boulogne. Pas hier.

Cette fois-ci, c'est une victoire que l'on célèbre, mais aussi une défaite. Voyez la Une de L'Humanité : en haut "large victoire de Hollande", en bas "Sarkozy c'est fini"

Les jeunes filles que le nouveau président fait sourire côtoient les revanchards qui détestaient le précédent.

Paris place de la Bastille. Reportage de Libération . Dans la foule en liesse, Maia 20 ans, "j'ai voté Hollande pour son discours sur l'éducation". Lucile, 20 ans aussi, moi c'est pour plus de justice sociale. Mais un homme fend la foule avec un sac, il en sort un djembé. Tam-tam et refrain : "Sarko dégage".

Ce qui a frappé les reporters de Mediapart c'est la forte présence de noirs et d'arabes dans le quartier de la Bastille.

Et puis en s’éloignant un peu de la place, ils ont vu passer Charlotte, 27 ans, un peu ivre. Ce matin, son amoureux lui a acheté un masque de François Hollande dans un magasin de farces et attrapes.

Ils ont croisé Maud, elle a 25 ans, elle a voté Mélenchon au 1er tour : "L'écart avec Nicolas Sarkozy est assez décevant. Et puis on sait que le mandat va être mauvais, en tout cas difficile. Dans 5 ans, la droite risque de repasser."

Plus au Nord, à Ménilmontant, Rue89 a rencontré Anna. Elle a les bras chargé de roses, elle dit qu'il n'y a rien d'intéressant à cela, puis elle raconte. Elle n'est pas française, elle n'a pas voté, elle est fille au pair dans le 11ème arrondissement, chez les bobos. Ils l'ont chargé de revenir avec des fleurs, 12 roses, une pour chaque convive. Ils lui ont proposé de participer à la fête, elle a décliné. Si elle avait été française, elle aurait voté Sarkozy.

Pas d'enthousiasme, alors ?

Si tout de même. Laurent Joffrin, sur le site du Nouvel Observateur "On a beau se dire qu'on aura le temps des cerises avec celui des noyaux, cela fait tout de même chaud au cœur.

La gauche, de nouveau, la gauche, enfin, la gauche dans la joie malgré la crise. Tous ces souvenirs sépia qui remontent dans la conscience. Il flotte dans l'air, l'espace d'un moment, un parfum d'espérance et de fraternité."

C'est quoi la gauche en 2012 ? Nicolas Demorand répond dans Libération . "C'est se dire, en dépit de l'individualisme des sociétés contemporaines qu'un "nous" existe. Que des idées comme la justice, l'égalité, le partage et la solidarité peuvent et doivent organiser la vie publique."

Joffrin reprend en tressant des lauriers au nouveau président. "Son ambition souriante, sa gentillesse d'acier ont fait plus que force et que rage d'éléphant. Et de saluer sa grande intelligence et sa rare ténacité avec de citer Léon Blum : "enfin les ennuis commencent". L'économie tourne au ralenti, un peuple est tenté par le repli sur le pré carré national. C'est le jour de gloire, c'est le jour de gauche, mais la patrie est en danger : salut public."

Alors "Bonne chance Monsieur le Président", mais aussi "Au revoir Monsieur le président".

Titres de deux éditos signés François Régis Hutin ce matin à la Une de Ouest France . Dans celui consacré à Nicolas Sarkozy, on lit ceci :"Sans doute des erreurs ont-elles été commises au cours du quinquennat, mais aussi des réformes essentielles ont été entreprises et réussies. Elles porteront leurs fruits dans l'avenir".

Dans Le Figaro tout en saluant le nouveau président, Etienne Mougeotte rend hommage lui aussi au candidat qu'il aura défendu tout au long de la campagne.

Pour Chrisophe Barbier, dans L'Express , en kiosque aujourd'hui également, le bilan de Nicolas Sarkozy est nettement moins rose et c'est son rejet qui explique d'abord l'élection de François Hollande : "sa politique fiscale ? Une litanie de privilèges. Sa lutte contre le chômage ? Cautère sur jambe de bois. Ses réformes courageuses ? Des souffrances supplémentaires pour les travailleurs. (...) Les années futures rendront peut-être grâce au réformisme volontariste de Sarkozy. Mais la facture électorale précède toujours le jugement de l'histoire."

A lire les témoignages de militants de gauche heureux mais vigilants, à lire le tableau d'une économie en crise dressé par Les Echos et à lire l'analyse d'une victoire comme un rejet de l'adversaire, on comprend mieux la sobriété de François Hollande à la Une des journaux.

Mais il y a aussi la foule à la Bastille et la ferveur au son de l'accordéon en Corrèze. La Montagne constate ce matin que François Hollande a fait plus fort que Jacques Chirac en 95 dans le département : 65% des voix. Avec ce score « himalayesque » de 98,18% dans la commune de Grandsaigne.

Cette fois ci les cloches de la cathédrale de Tulle n'ont pas sonné comme pour Chirac.

Quand il a appris qu'il était élu, hier dans son bureau de Tulle, raconte Libération , François Hollande a simplement dit : "c'est bien".

La victoire tranquille.

A demain.

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