(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Desunion Jack

(Bruno Duvic) Elle est outrageuse, outrageante, mais aussi rieuse et vivante : god save the British press ! Les Une de la presse britannique sont choc forcément choc, en ce jour d'élection où comme le titre The Guardian "It couldn't be closer". Ca ne pourrait pas être plus serré.

Alors tous les "daily" de la place de Londres haranguent les électeurs.

A gauche, Daily Record , photo de David Cameron "Come on England, botte lui les fesses".

Daily Mirror , Cameron encore et son ministre de l'économie, sous un camion de déménagement : « Envoyez les faire leur valise. »

A droite Daily mail , là il est question de l'adversaire, Ed Miliband. « Suivez notre guide pour bien voter et que Ed le rouge reste en dehors de nos affaires. »

Daily Telegraph , « Ne faites pas quelque chose que vous regretteriez ». Sous-entendu : voter à gauche.

La Grande Bretagne divisée, C'est « Desunion Jack » à la Une de Libération qui publie un numéro presque intégralement consacré à ces élections générales.

Election plus incertaine que jamais. « Well hung », jeu de mots à la Une du Sun, à la fois « sans majorité » et « bien accroché » – et « bien monté »… 34% d'intentions de vote pour chacun des deux partis, conservateurs et travaillistes selon le dernier sondage du tabloïd.

Mais l'une des particularités de cette élection, c'est qu'il n'y a pas qu'eux deux. Le Monde , Le Figaro , Libération , la presse esquisse les contours des coalitions probables après l'élection, avec les centristes, les souverainistes, les écologistes, les Ecossais, les Gallois, les Irlandais. Lendemains de vote incertains, titre Le Monde. Une possibilité : que les conservateurs arrivent en tête mais que les travaillistes soient mieux placés pour former un gouvernement par le jeu des coalitions.

Deux candidats pour Downing Street. A ma droite, le tenant du titre, David Cameron. On l'a vu manger un hot dog avec des couverts, relève Le Parisien-Aujourd’hui en France . Il est « posh », snob, ajoute Le Figaro qui titre, « Cameron, la compétence sans passion ».

A ma gauche, Ed Miliband, il n'aime ni l'alcool, ni les cigarettes, terriblement ennuyeux pour Le Parisien . C'est « Un intellectuel transformé par la campagne » pour Le Figaro .

Au-delà des personnalités, le débat tourne autour du modèle économique et social britannique.

Dans le bilan de David Cameron, la croissance économique, la baisse du chômage, mais des emplois précaires et des inégalités accrues. A Londres, relève Libération les deux quartiers les plus rupins ne sont plus les allées des millionnaires mais des milliardaires. L'un des moments les plus durs de la campagne pour le Premier Ministre ajoute Le Monde fut quand l'animateur de télévision Jeremy Paxman, un coriace, sans même lui dire bonsoir ? lui a posé cette question : « Combien de banques alimentaires quand vous êtes arrivé au pouvoir ? ». Malaise de Cameron, réponse de Paxman : « il y en avait 66, il y en a 421 aujourd'hui ».

Pour Ed Miliband, cette remarque de Laurent Joffrin dans Libération : il a face à lui « le défi des gauches européennes : revenir à un taux d'emploi acceptable mais avec un modèle socialement progressiste. Il manque toujours au camp du progrès le projet réformiste qui peut faire pièce à l'offensive des libéraux en faveur d'une croissance inégalitaire.»

« L'économie britannique se porte plutôt bien mais la société demeure en souffrance écrit Guillaume Goubert dans La Croix . Inégalités sociales et territoriales en hausse, la classe moyenne redoute l'appauvrissement. Tentation du repli vis à vis de l'Europe mais aussi en Ecosse, en Angleterre au Pays de Galles. Le royaume semble se désunir. »

Car cette élection britannique concerne toute l'Europe. D'abord parce qu'en filigrane, il y a l'hypothèse d'un referendum sur la sortie de l'Europe si les conservateurs l'emportent. Et parce que les tendances observées durant la campagne se voient ailleurs en Europe. Jean-Marcel Bouguereau, La république des Pyrénées , les relève : la fin du bipartisme, la réticence face à l'arrivée d'immigrés sur le territoire, le sentiment d'insécurité culturelle.

Insécurité sociale aussi. D'où cette curiosité dans un sondage publié par Challenges . L'opinion britannique n'est pas si hostile que cela à un modèle de protection de type social-démocrate, très européen finalement.

Grande Bretagne, vote crucial et tentation du repli à la veille du 8 mai, date ô combien importante pour le continent, celle de la capitulation de l'Allemagne nazie. A la Une de L'Humanité , la photo des russes plantant le drapeau soviétique sur le Reichtag à Berlin. 8 mai 45, la victoire, les ruines et l’espoir. Et en pages intérieures : 8 mai 45, le bonheur redevient une idée neuve.

Ce jour-là, rappelle encore L'Huma , alors que la France fête la Libération, en Algérie, à Sétif, Guelma et Kherrata l'un des plus effroyables épisodes de la répression coloniale commence.

Quoi d'autre dans la presse ?

La droite en guerre contre la réforme des collèges. Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire, hier, Le Figaro ce matin : Najat Vallaud-Belkacem devra-t-elle reculer ? Tribune au lance-flammes de François Fillon contre la réforme : « C'est la médiocrité pour tous ».

La bourse de Wall Street, qui bat record sur record est-elle en train de s'emballer ? La présidente de la banque centrale américaine, Janet Yellen le redoute. « Il y a des dangers potentiels ». C'est relevé dans Les Echos .

Les déchirures chez les Le Pen, propos imagés de Marine Le Pen pour décrire le sale moment. "J'aurais préféré ré-accoucher de mes jumeaux dit-elle" à propos du journal de 20 heures début avril au cours duquel elle a acté la séparation d'avec son père. C'est à lire dans Le Point .

Silvio Berlusconi, 79 ans et des casseroles, mais il ne renonce pas. Petite brève dans Le Figaro : il envisage de lancer un nouveau parti à l'automne.

Jean-Luc Godard dans la revue So Film . Godard et Charlie hebdo . Je suis Charlie , dit le réalisateur mais du verbe suivre. Je le suis depuis 40 ans, c'est mieux de suivre que d'être.

Godard à quelques jours du festival de Cannes. Première fournée de magazines et éditions spéciales. Cannes au féminin. Nathalie Portman à la Une de M , le magazine du Monde . Le Figaro Madame donne la parole à seize réalisatrices. Et Catherine Deneuve à la Une de Elle . Quand la promo dans la presse rejoint la vie personnelle : elle pose pour pour le photographe britannique David Bayley avec qui elle a vécu dans les années 60. "Bien sûr que je suis émue. 20 ans que l'on ne s'est pas vus. On a forcément beaucoup changé."

Cannes au masculin. Le maitre des cérémonies d'ouverture et de clôture Lambert Wilson est dans Pélerin Magazine . En ces temps où parler de religion n'est pas chose aisée, l'acteur qui a incarné l'abbé Pierre et le moine de Tibéhirine Christian de Chergé, le fait volontiers. "J'ai l'impression d'habiter une église en permanence. Je n'ai pas besoin de rituels pour me connecter avec le Créateur. Les événements du monde m'amènent non pas à m'éloigner de la spiritualité mais des religions, au pluriel. Elles ne sont que des échelles servant à aller vers la lumière. Comment peut-on affirmer que son échelle est meilleure que celle du voisin ? Les dogmes me terrifient.

Lambert Wilson revient encore sur la dépression qui l’a touché après la mort de son père, quelques mois avant la sortie ‘‘Des hommes et des dieux’’. « C'est un moteur fort le père dans la vie d'un homme, surtout quand vous faites le même métier que lui et qu'il est objectivement une montagne de talent. Quand la montagne disparait, il y a un énorme réajustement à faire. Vouloir impressionner son papa n'est plus une force, il faut en chercher d'autres. Cette cassure fut bénéfique, j'ai abandonné cette obsession de briller et de devenir une star internationale. Abandonné ces allers et retours entre Paris et Los Angeles à propos desquels mon père me disait : mais qu'est-ce que tu cherches et que tu ne trouves pas ? »

A demain

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