L'Obs raconte des histoires du Covid, une duchesse passe la serpillère dans son château breton, une jeune femme lit les livres de son père décédé dans sa maison vide, deux paysans amoureux sont partis à une heure d'intervalle comme un accomplissement. Le docteur Pitti sauve les hommes pour l'amour de Dieu, la Vie.

On parle d'une lycéenne... 

Qui s'appelle Asma et qui est de Sarcelles et qui chaque matin se lève quand ses frères dorment encore dans la chambre qu'ils partagent à trois, mais ses cours commencent en visioconférence, alors elle trimballe l'ordinateur avec ses rallonges électriques, il ne fonctionne que sous tension quand il ne bugue pas, elle se connecte dans le salon où la wifi ne fonctionne pas bien, "c'est l'horreur quand tu as une interro et tu la loupes à cause de ça »...

Elle raconte Asma sa vie au Parisien quand son petit frère Amine, 7 ans, en CP, l'interrompt, "je peux aller jouer" dit-il, "non tu ne peux pas, reste concentré", son autre frère Ayoube ,15 ans, a laissé tomber il joue la nuit à la console et sa prof principale l'appelle en vain... Les garçons ne retourneront pas en classe quand l'école rouvrira, trop dangereux pensent les parents, papa s'en va chaque matin à 5h45 travailler à l'autre bout de l'Ile de France avec le masque sur le visage, « il ne peut pas nous aider, il n'a pas étudié, il travaille tout le temps »...

Et Asma s’accroche pour entendre les cours en dépit du bruit de ses frères, elle voudrait après le bac suivre des études de médecine ou de journalisme, tiens bon ma puce, on t'attend...

La vie publie un dossier nourri sur ces inégalités sociales que le Covid et le confinement sont venus stratifier chez les enfants, c’est lumineux, mais Asma m'avait tout dit… 

Notre métier est simple parfois où l’on raconte des histoires. L'Obs y excelle cette semaine en rassemblant des histoires du Covid. Laquelle préférer?

Un américain trentenaire se retrouve coincé par la neige et le virus dans la ville fantôme où jadis on extrayait l’argent et faisait couler le sang, qu’il avait acheté pour un gros million de dollars il  est en paix comme jamais.  En Bretagne chez nous, le duc et la duchesse de Rohan sont restés sans domestiques ni jardinier dans leur château splendide à Josselin et chaque jour la duchesse nettoie une pièce à fond, y en a-t-il des carrelages. Une jeune parisienne était venue sur l’ile de la Réunion pour vendre la maison de son père décédé, elle a été surprise par le confinement et dans la maison vide dont elle n’avait pas disposé des livres, elle lit ce que son père lisait et pense à lui qui ne parlait guère… Dans la Sarthe sont morts du Covid à une heure d'intervalle, elle d'abord et puis lui,  Thérèse et Alexis Huet, qui s'étaient choisis timides quand il revenait de la guerre d'Algérie, et me défile une vie de tendres paysans et les fiertés d’un tracteur, d’une charrue à deux socs achetée à la foire, de la moissonneuse batteuse que le père autorisait un fils à piloter,  une vie de richesses conclue par cette mort jumelle de ceux qui furent furent l'un à l'autre la grande aventure…

Il est des morts qui sont un accomplissement, et d’autres que je ne peux comprendre. Dans Midi Libre on me parle de Félix Feille, qui était un artiste et qui avait 28 ans, tué d’une fièvre en Côte d’Ivoire où le confinement l’avait retenu, il s’imprégnait du monde et créait ici, je découvre dans de vieux numéros de Midi libre que son grand-père Pierre était une figure des arts dans le midi, Félix avait exposé  dans sa galerie à Pezenas, dont les cimaises avaient « porté des Buffet, des Brayer, des Carzou », souviens-t’en, disait Pierre qui est mort l’été 2018 à Félix mort au printemps 2020, il est des familles…

On entend aussi la voix d’un médecin…

Raphael Pitti qui dans la Vie se réclame d une vieille devise, celle des médecins de nos forces armées. Va où l'humanité te porte. Il a donc été médecin militaire puis humanitaire, il il a alerté des années sur l’horreur de la guerre en Syrie et quand le covid est venu il est redevenu médecin réanimateur à Metz-Thionville, où l’urgence dit-il fait disparaitre les passions mauvaises  et chaque martin avant de prendre son service, il suit la messe du Pape sur une télévision catholique… « Ce qui m'anime, c'est ma foi ma foi en Dieu et non dans l'homme. Et s'il y a tant de violences et d'atrocités, c'est justement parce que Dieu a été mis à mort dans ces lieux de ténèbres. En tant que chrétien, j'ai une responsabilité : apporter plus d'amour et de lumière là où il en manque, réveiller la vie qui toujours est là, à l'image de ces petites fleurs qui parfois percent le goudron noir dans nos villes.» 

Croit-il vraiment si peu en l’homme, Pitti? 

Je lis dans le Monde et autres journaux après le New York Times, qu’en République d’Irlande, on se mobilise pour des tribus indiennes des Etats-unis durement touchées par le Covid 19, et on le fait au nom d’une mémoire: en 1847, alors que quand la famine de la pomme de terre tuait un million d’Irlandais, une nation indienne, la nation Choctaw, expulsée de ses terres et brimée par l’histoire, rassembla 170 dollars de l’époque pour ces frères lointains, frères humains.

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