La vulgarité de Bolsonaro: le Monde. Ceux qui espèrent les Talibans à Kaboul: le Figaro. Un assassinat sordide: le Progrès. Cinéastes algériens dans l’Obs, Kamel Daoud et Ohran Pamuk dans le Point. Notre peau est dans la Vie, science et philosophie. Bertrand Blier ne veut pas mourir, il préfère aller au cinéma, l’Obs.

Et c'est d'un homme de lettres que vous nous parlez ce matin...

Dont la mort est survenue lundi mais nous l'avons apprise hier et à l'émotion de ceux qui aiment les livres, sur les réseaux sociaux d'abord et sur les sites des grands journaux qui se reconnaissent ainsi,  je mesure la perte de JEAN STAROBINSKI, qu'on appelait Staro me dit le Temps, Staro était universel et il était suisse. Il avait 98 ans, il était le dernier des encyclopédistes dit Philosophie magazine, un aimant de Rousseau, de Montesquieu, de Diderot, un homme de sourire et de mots éclairés que je retrouve sur les sites de l'Obs, du Monde, du Figaro, du Point, de la Tribune de Genève... Car il était tellement de Genève, cette ville préservée de la guerre où à 20 ans, enfant d'immigrés juifs polonais, il fréquentait le poète français réfugié Pierre-Jean Jouve, et écrivait sur Stendahl et traduisait Kafka...  Et il écrirait encore et encore, et il enseignerait, il donnerait à la critique une mission: "Analyser un texte c'est le donner à entendre et frayer un chemin a sa plus vive action sur nous" disait-il. Il était aussi de la musique, interprète lui même, il avait eu l'oreille absolue, il était du corps et de l'âme, également, il était médecin, psychiatre...  Et de toutes ses sciences, Staro était devenu l'homme d'un sentiment longtemps réprouvé: la mélancolie, qui était sa grande oeuvre, il avait consacré des centaines de pages à cette sensation qui pouvait être généreuse disait-il et féconde: sans la mélancolie, pas de poésie.   

Les mots sont simples dans les journaux  comme Staro qui ne jargonnait pas, et si la mélancolie nous guette, car il a été et il n'est plus,  entendons son disciple le poète et universitaire Martin Rueff, qui après avoir enterré son ami est allé donné ses cours,  et nous dit ceci dans la Tribune de Genève: "Il ne faut pas être dans la tristesse, Staro aurait détesté ça. C'était un homme qui se montrait d'une extraordinaire jovialité, celle des gens qui ont beaucoup souffert et savent que la vie est courte.» 

Courte il est vrai, 98 ans, à peine un siècle et déjà achevée, cliquez sur des journaux ce matin pour la beauté d'un homme, car les journaux depuis toujours, parfois nous éduquent, j'ai lu par eux du Staro, je le lirai...

Mais il y a aussi de la laideur dans la presse...

A la une du Progrès l'assassinat au couteau d'un homme pris au piège dans un appartement de la croix rousse à lyon, les bourreaux ont filmé leur oeuvre et les images sont devenues virales, en Algérie d'où venait le supplicié. Dans le Progrès encore, on a appris hier qu'un cultivateur qui passait de l'herbicide dans son champ s'est fait casser la figure par un homme indigné qu'il détruise notre planète...

Le Monde raconte la laideur du Président brésilien Bolsonaro, qui en plein Carnaval de Rio, voulant dénoncer la dépravation de cette fête où on le moque, a twitté, une vidéo de deux hommes sur une estrade du carnaval, qui s'urinaient dessus, et voilà le Brésil dans une polémique sur la Golden shower, pratique sexuelle que combat son Président, que ses adversaires comparent à un polisson de douze ans, ou une reine d'Angleterre version obscène...  Car il gouverne peu en réalité, dit le Monde et l'armée est la structure du régime, et cet article est sérieux.

Un autre homme gouverne peu mais on le fait durer et le peuple se soulève, la crise algérienne est racontée dans l'Obs et le point, en reportages et par la culture. L'Obs raconte la jeune école du cinéma algérien qui a donné vie à une société empêchée,  le Point a envoyé Kamel Daoud dans les cortèges où il s'exalte du corps retrouvé de l'Algérie, ces jeunes corps qu'un si vieil homme, un si vieux corps, Bouteflika, empêchait de croitre... 

Et cette idée d'une vieillesse qui tuerait l'espérance, je la retrouve chez un autre écrivain, immense écrivain turc dans le Point encore, Ohran Pamuk, que son pays désespère mais qui écrit, un roman, et sur nos mythes... L'Occident vient d'Oedipe qui pour le pouvoir tua son père, l'Orient vient de Rostam, héros d'une légende perse qui tua son fils Sohrab... 

En Afghanistan grand reportage du Fioagro, un peuple à Kaboul attend des jeunes gens qui furent un cauchemar, mais dans le marasme, certains l'ont oublié, les talibans vont revenir, qui dialoguent avec l'Amérique et reprendront, c’est écrit, une partie du pouvoir... On veut croire sur les terrains vagues qu'ils n'interdiront pas cette fois la musique et le football, sauf pour les filles, on n'a pas l'air à Kaboul de s'en scandaliser. 

Et on parle de peau enfin...

Dans la Vie, qui fait sa couverture sur notre enveloppe, c'est un dossier scientifique et philosophique à la fois, allez y. On peut, dit la Vie, non seulement réparer mais fabriquer la peau, à s'y tromper dans les laboratoires, on pourra, dit la vie, dans dix ans choisir la couleur de sa peau, on se contente aujourd'hui d'y tatouer, croyant, la croix où périt le Christ... 

Dans un journal magnifique qui deux fois par an nous émerveille de photos reportages, il s'appelle 6 mois, regardez la peau de Katie qui renait, elle avait 18 ans quand pour une bêtise de coeur, elle voulut se suicider et n'en perdit que son visage, devenu une boursouflure que la vie habitait pourtant, nous la regardions dans l'amour des siens jusqu'à la greffe du visage... Et nous ne détachons pas notre regard. 

Allez, en sourire. Un homme est dans l'Obs, qui nous a distrait et piqué de tant d'images, qui ne se prend pas la tête pour son dernier film qui sortira le jour de ses 80 ans, Bertrand Blier a recruté Depardieu et Clavier: «  C'est des mecs, une fois qu'ils sont devant l'objectif, le film est fait. ». Blier parle de son père Bernard qui adorait les cons qu'il cherchait dans les bistros, de l'argot, « Va te faire déponner à grands coups de lattes dans le derche », voilà pour Bolsonaro? Et de la mort aussi, une bonne copine parfois. "Je n'ai pas envie de mourir , je préfère aller au cinéma, tiens. »

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