Ce qui est bien, quand on s'appelle "Le Monde", c'est que lorsqu'on change de formule, on devient "Le nouveau Monde"... Avouez que c'est assez chic. La nouvelle formule du "Monde", sa pagination, son excellent caractère... Car il a changé... Pour parler simple, c'est écrit plus gros... La place des photos et de la couleur... Nous y reviendrons tout à l'heure, ici, dans les locaux du journal... Au coeur de la rédaction. Nul doute que la Une et la manchette du "Monde" seront consacrées aujourd'hui aux violences dans les banlieues... Le titre principal du journal n'est pas encore finalisé, mais ça ne saurait tarder... En Une du "Monde" donc, comme à la Une de tous les autres journaux nationaux aujourd'hui, la violence urbaine... "L'inquiétante contagion", titre "Le Figaro"... "L'Etat interpellé", reprend "Libération"... "Chirac reprend la main", estime "La Tribune"... "Chirac veut de l'ordre... Oui, et après ?", s'interroge "France Soir"... Alors que "Le Parisien" pose une autre question-clé concernant les violences : "Ca va durer combien de temps ?". Et puis, à la Une de "L'Humanité", vous verrez deux photos : celles de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, avec ce titre : "Les raisons de la colère, c'est eux". Sur ce point, "Le Figaro" publie un reportage auprès des émeutiers, où l'on peut lire ce genre de propos : "On continuera tant que Sarkozy ne présentera pas sa démission"... Signé Djaoued, 20 ans. Et c'est le même "Figaro" qui nous explique pourquoi les proches du ministre de l'Intérieur excluent toute idée de démission, répondant essentiellement aux responsables politiques de la gauche, qui d'ailleurs se répondent eux-mêmes sur le sujet... Comme en témoigne cette lettre de protestation, envoyée par le maire communiste de Vénissieux à l'attention de Marie-George Buffet... "Le Figaro" publie cet extrait : "L'appel à la démission de Nicolas Sarkozy est une faute politique, qui ne grandit pas la gauche", dit l'élu de Vénissieux... Comme en écho à ce qu'affirme Julien Dray au Parti Socialiste, qui estime que "réclamer la démission du ministre de l'Intérieur, c'est dire aux casseurs qu'ils ont raison". Allons maintenant, si vous voulez, prendre la mesure de l'embrasement qui touche les banlieues en France... "France Soir" publie une carte des violences... Où l'on s'aperçoit en effet, et en un coup d'oeil, qu'une très large partie du pays est concernée... Et que, pour ce qui concerne la région parisienne, c'est le département de Seine-et-Marne qui est le plus secoué... Votre département, Jean-François Copé... Voitures, bus, stations-service et bâtiments divers... Ca flambe. Ca flambe aussi dans les mots... Paroles d'habitants, d'émeutiers et de policiers... C'est dans "Libération"... Une sorte de spectre de la colère... "A Evreux, on nous attendait avec des pioches et des boules de pétanque", explique le commissaire Oréal... 4 policiers ont été blessés. "Vous jouez contre vous en faisant ça", avertit une éducatrice du quartier de Bagatelle, à Toulouse... "Ces gamins, ils ont déjà des casiers judiciaires gros comme des dicos... Leur objectif, c'est d'installer la terreur", affirme le maire-adjoint d'Aulnay-sous-Bois"... A Pau, une éducatrice jette l'éponge, et dit : "On ne peut pas changer le quotidien"... "Ici, il y a trop de contrôles de flics", reprennent des jeunes à Bordeaux... Voilà, ce sont quelques paroles, collectées ici et là dans ce grand article de "Libération"... Auquel on pourrait ajouter l'écho de Montpellier, où résonne une certaine résignation... Du genre : "La cocotte-minute bouillait déjà", comme le dit le directeur de la nouvelle mosquée... Ou enfin (et là, c'est à Nantes) : "Les gens vont vouloir se venger", prédit Jacqueline... En peignoir rose, du haut de son deuxième étage dans son HLM, elle lâche cette phrase définitive au reporter de "Libé" : "Tout ça va mal finir". Oui, parce que parmi les choses qui font que la vie vaut d'être vécue, il y a le thé et les journaux, nous dit Alain Reymond dans "La Croix". Et ils ne sont pas sans rapport, ces deux-là... Elaborer un thé est en effet une opération aussi complexe que lancer la formule d'un journal, comme le fait aujourd'hui même notre confrère "Le Monde". Eh bien voilà : nous y sommes, au "Monde"... A quelques mètres de nous, sur un pan de mur, il y a les pages déjà construites de l'édition d'aujourd'hui, datée du 8 novembre... Un exemplaire à conserver puisqu'il sera le premier de la nouvelle formule... Ces pages, déjà prêtes, ce sont celles de la partie "Décryptage", qui veut donner le temps du recul... On peut voir aussi celles d'une autre partie du journal, appelée "Rendez-vous" : mode de vie, tendances, argent, voyages... Quant aux autres pages, celles de la partie "Actualité"... L'information chaude, cuite au micro-ondes, elles vont être assemblées pour le bouclage, je crois sur le coup de 10 heures moins le quart. Demain, j'imagine que vos confrères parleront beaucoup de vous... Mais ça commence ce matin même, dans "L'Humanité", qui explique que le monde change... Alors "Le Monde" change... "Marianne" également rend hommage à ce grand lifting, sous le titre : "Du passé, 'Le Monde' fait table rase"... Saluons cet effort de relance, écrit Jean-Claude Jaillette, tant la situation de la presse quotidienne en France est délicate... Alors espérons le succès de cette nouvelle formule du "Monde". Ce qui nous ramène un peu au thé, avec Alain Rémond, dans "La Croix" : si vous avez froid, il vous réchauffera, si vous avez chaud, il vous rafraîchira, si vous êtes énervé, il vous calmera, si vous êtes déprimé, il vous réconfortera... Beau défi pour un journal. Pierre Barthélémy, bonjour... Vous êtes chef de service adjoint pour l'information "Science et Environnement"... On vous doit cette double page, intitulée "Objectif Vénus"... La planète... Sur la forme, elle est assez exemplaire... Couleurs, iconographie... Un échantillon représentatif de ce qu'est le nouveau "Monde" ?... Sur le fond, vous nous expliquez que Vénus, c'est la planète jumelle de la Terre... Une Terre qui aurait mal tourné, en quelque sorte, pour devenir une vraie fournaise... Et il se trouve qu'un vaisseau européen doit se lancer vers Vénus après-demain... Pourquoi faire ? Merci, Pierre Barthélémy... Vénus, c'est aussi un formidable laboratoire pour comprendre le réchauffement climatique de la Terre... C'est un voyage au bout de l'enfer, que l'Agence spatiale européenne s'apprête à accomplir, en envoyant le vaisseau "Express" dans la banlieue de Vénus... Et c'est vrai que la banlieue, c'est un peu l'enfer.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.