Ca ne va pas fort. Même Jean Dujardin a le bourdon. Chouchou et Loulou divorcent et l'homme qui incarnait la France sympa naguère sur la scène des Oscars fait une sacrée tronche à la Une de VSD ce matin : « La grosse déprime de Jean Dujardin »

Ca ne va pas fort, il y a un bruit de vaisselle cassée dans toute la presse, le divorce avec le président est presque consommé. Le temps de l'hystérie s'éloigne, vient celui des larmes sèches.

« Hollande et le grand divorce avec les Français » titre Le Monde . « On est passé d'un climat social atone à une résignation rageuse ». Exaspération des classes moyennes en particulier. Il n'y a pas une révolte des pauvres mais une colère des actifs.

Le tableau de fond est connu : plus de 1.000 plans sociaux en un an, les bonnets rouges en Bretagne, le ras le bol fiscal martelé jusqu'à l'overdose. C'est « La grande désillusion », titre « Les Dernières Nouvelles d'Alsace ».

Quelle réponse de l'Elysée ?

l'elysée encouragé à réduire encore ses dépenses
l'elysée encouragé à réduire encore ses dépenses © reuters

D'abord il faut poser le cadre avec Dominique de Villepin dans Le Point . Déclaration d'une violence inouïe, rétrospectivement sur les années Chirac, dont il fut le secrétaire général à l'Elysée puis le Premier Ministre.

« L'Elysée est un palais fantôme. Et cela ne date pas de Hollande. Etre président en France, c'est passer la journée à faire semblant de prendre des décisions (...)

(A part dans le domaine militaire) vous pouvez appuyer sur tous les boutons que vous voulez, il ne se passe rien »

L'Elysée palais fantôme et « château ivre ». C'est un conseiller de l'actuel président qui lâche la formule devant François Bazin du Nouvel Observateur . « La petite troupe des conseillers élyséens devrait former le môle de la résistance autour du président écrit Bazin. C'est le contraire qui est en train de se produire. » Dépit de collaborateurs que le chef de l'Etat tient à une certaine distance. C'est sa méthode de travail. « Le problème n'est pas qu'il décide seul dit l'un d'entre eux. Mais pourquoi faut-il qu'on ne sache jamais ce qu'il pense ? »

Que pense-t-il ? Le Point se risque à l'exercice hautement contestable de faire examiner le chef de l'Etat par des psys. « Hollande vu par des psys », c'est la Une de la semaine.

Désarroi des ministres aussi, à en croire la manchette du Figaro : « Dans la tempête, les ministres saisis par le doute ».

Commentaires ?

Comme à chaque milieu de semaine, les barons de l'édito sont de sortie. Joffrin, Giesbert et Barbier. Ils tâtent des bonnets rouges, les comparent avec de vieux bonnets phrygiens. Ils soupèsent un manuel de sciences politiques, un pavé de mai 68 et la pile des journaux du jour. Que se passe-t-il en France ?

Bonnets rouges
Bonnets rouges © Maxppp

Joffrin a trouvé son titre : « Bonnets rouges et lunettes roses ». Aurait-il quelque chose de Louis XVI ce président ?

« La comparaison finit par s'imposer. Monarque débonnaire, lucide, trop enclin au compromis, sûr qu'un arrangement est toujours possible. Dans la France d'aujourd'hui, la guillotine est électorale. Moins sanglante mais pas agréable pour autant. Le président y marche tout droit. »

« C'est vrai cher confère du Nouvel Obs ! », semble répondre Giesbert de son balcon du Point . Mais la situation est-elle pour autant révolutionnaire ?

Comme en 1789, la fiscalité, la bureaucratie, la mollesse du pouvoir, la déroute des finances. « La révolution n'est pas aux portes de Paris mais la déliquescence économique oui. »

Comment qualifier cette révolte où l'on demande à la fois moins de taxe et plus d'engagement de l'Etat ? Barbier s'apprête à prendre la parole, mais le sans culotte Denis Sieffert l'interrompt depuis son faubourg de Politis . « Chaque semaine ou presque, le gouvernement se trouve confronté à la grogne d'un nouveau lobby ou d'un corporation. Ne soyons pas naïfs, derrière ces explosions de colère se profilent une droite revancharde, l'extrême droite et un patronat de combat. C’est le retour du poujadisme »

La France au bord d'un embrasement ? Pas vraiment. Christophe Barbier dans L'Express : « Les Français sont désormais un vieux peuple qui tient plus à la pérennité des allocations et à la continuité des loisirs qu'à l'aventure politique (...) Hollande a cependant raison d'avoir peur. Car la seule fois depuis 68 où la France fut vraiment paralysée, à la fin de 1995, ce fut à cause d'un excès d'austérité dans les politiques publiques. »

Désamour, instance de divorce dans une France ballotée par la mondialisation… Scène d'aéroport dans Paris Match sous le crayon de Sempé. La salle d'attente avant l'avion, la foule indifférente et un couple qui se sépare. On ne sait pas si c'est le temps d'un court voyage ou pour toujours. La femme pose une main sur le bras de l'homme. "Ecris-moi, ne serait-ce qu'un chèque."

Quoi d'autre dans la presse ?

Un salaud ! Frédéric Beigbeder, signataire de la pétition des « 343 salaud »s contre la pénalisation des clients de prostitués. Il tente une ligne de défense face au déluge de critique qu'a suscitée cette pétition. C'est une tribune au Monde, elle est déjà sur le site Internet. « Halte au triomphe de l'interdit ! (…) Il ne s'agit pas de disposer du corps d'autrui, il s'agit d'un échange tristement clair, plaisir contre argent, dont le principal défaut est de ne plus correspondre à la morale de notre époque (…) Je croyais naïvement que notre pétition susciterait un débat sur l'extension du domaine de la police. Le débat n'aura pas lieu, l'époque est trop puritaine. »

Et un homme révolté. Albert Camus aurait 100 ans aujourd'hui. Le flot des hommages est impressionnant dans la presse. Les hebdomadaires, certains quotidiens, la Une du mensuel Lire , et les hors série du Monde , du Point et de Philosophie magazine . Pourquoi Camus aujourd’hui ? Pour « sa prose magnifique, claire subtile et limpide », répond François Busnel dans Lire . Pour « son appel à la tolérance, au sens du relatif et à l'acceptation des limites humaines » répond Franck Nouchi dans le hors-série du Monde . « Parce qu'il nous a démontré que même sans raison d'espérer on peut toujours se battre » écrit Catherine Golliau dans le numéro spécial du Point .

Mais la réponse la plus convaincante est sous la plume de Sven Ortoli dans le hors-série de Philosophie Magazine .

« Dans les jours qui ont suivi l’accident de Fukushima (…) des voix se sont élevées au Japon pour évoquer la morale défendue par Rieux, le héros de La Peste . Solidarit2, fraternité, une morale simple et robuste. Une morale de gros temps en somme. Mise en scène par un homme qui sortait de la guerre et de la maladie et y avait éprouvé la cruauté, le mensonge, la lâcheté, mais aussi l’amitié, la fraternité, le courage. (….) Un homme pour qui la mort de Dieu est un fait, l’absurdité du face à face entre le monde et l’homme une vérité – « ma première vérité » dit Camus – qui le conduit à la seconde : « Je me révolte, donc nous sommes ». Révolte, pas révolution. Nuance… Camus n’est pas l’homme des lendemains qui chantent mais des présents qui indignent. Et s’il choisit de le présent contre le futur c’est avant tout parce qu’il a « l’orgueil de vivre » : « Dostoïevski, note-t-il dans ses Carnets , écrit qu’ ‘’il faut aimer la vie avant d’en aimer le sens’’ » « Oui ajoute, Camus, et quand l’amour de vivre disparaît, aucun sens ne nous en console. »

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