(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : cramponne toi au pinceau

(Bruno Duvic) François Hollande est sur le divan du psychanalyste, petit nuage de pluie au-dessus de sa tête. Il s'interroge : « Vous croyez que je peux rebondir, docteur ? » Sauf que le fauteuil du psy, derrière le divan, est vide. Plus personne n’est là pour l'écouter. Plantu avait posé le décor dans Le Monde hier après-midi, quelques heures avant la prestation télévisée du président. Alors, peut-il rebondir ?

Réponse hier soir : « Depuis deux ans et demi, je me cramponne ».

Commentaires ce matin dans la presse.

Les convaincus, d'abord, au moins en partie - minoritaires, disons le tout de suite. Laurent Joffrin dans Libération : « Interrogé sur lui-même, ses erreurs, ses objectifs, il a rendu coup pour coup et joué sa carte, celle du réformateur jusqu'au bout. » « Agilité et maitrise » pour Philippe Marcacci dans L'Est Républicain .

Résumé en titres : un président au « Cuir tanné » pour le HuffingtonPost , un homme qui « garde son cap » pour L'Alsace , qui « défend son action tant bien que mal » pour L'Est Eclair .

Rebond réussi alors ? He bien non, pour une majorité de commentateurs. Cramponne-toi au pinceau, je retire l'échelle... "Encore raté", c'est la manchette du Figaro , « On n'y voit pas plus clair » estime Le Parisien-Aujourd’hui en France . Trop de technique, trop de flou.

Pour Jean-Louis Hervois dans La Charente Libre , « une forme d'impuissance s'installe face à l'ampleur des problèmes que pose l'emploi (…), personne ne sait où tout ça nous mène, pas même lui.» « Le patron du pays est perdu dans l'exercice de ses fonctions » assène David Guevart dans Le Courrier Picard .

En cause, notamment, la forme de l'émission, un entretien intimiste d'abord, puis la situation particulière de quatre Français, avant les questions des journalistes :

Sur l'entretien intimiste, Guillaume Tabard dans Le Figaro : voilà « un président de la République contraint de se débattre avec des histoires de scooter, de frites et de cravate ».

Le face à face avec les quatre Français : « On nous promettait un grand rendez-vous politique, nous avons eu une consultation de sous-préfecture », peste Nicolas Beytout dans L’Opinion . Emission qui « transforme le président en conseiller pôle emploi, guichetier d'aide aux entreprises et député de base. Quelle erreur d'y participer ! », s'exclame Bruno Dive dans Sud-Ouest . « Il ne pouvait pas répondre par un discours général à des cas particuliers », reconnait Stéphane Siret dans Paris Normandie .

Conclusion de Denis Daumin sur ce point dans La Nouvelle République du centre Ouest : « Nous n'en sommes plus au 'moi président' mais au 'moins président' »

Et puis il y a la promesse…

… Il n’y aura plus de hausse d’impôts jusqu’à la fin de son quinquennat.

Inutile de dire que cette promesse est inscrite sur les tablettes des journalistes. « Pourvu qu'il dise vrai », s'exclament Les DNA . Les « décodeurs » du Monde exhument un document cruel, le compte rendu d'une interview radio de Jérôme Cahuzac. C'était en 2012. Le ministre du Budget promettait qu'il n'y aurait aucun effort fiscal supplémentaire après l'année 2013. Il promettait aussi qu'en 2017 les finances seraient à l'équilibre, « engagement du candidat Hollande, confirmé par le président ». On sait ce qu'il en est advenu.

Le mot de la fin à Dominique Jung dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace : « Sans doute le président est-il sincère. Mais ce n'est pas ce qu'on lui demande. Du chef de l'Etat on attend de l'efficacité. » Plus que deux ans et demi…

Un anniversaire, dans la presse 25ème anniversaire de la chute du mur et un numéro spécial de Courrier International : il reste « Cinquante murs à abattre » dans le monde.

  • Barbelés hérissés de lames tranchantes autour de l'enclave espagnole d Ceuta au Maroc. Message au clandestin africain qui voudrait rejoindre l'Europe.

  • Béton, fil électrique et caméras thermiques autour de la Cisjordanie et de Gaza

  • Les fils de fer qui blessent entre le Mexique et les Etats Unis

Et ces enceintes qui protègent les riches des tentations des pauvres dans les villes, en Argentine, au Brésil et jusqu'en Europe, à Padoue en Italie.

Des murs en Europe ? Oui, à Chypre. Et encore, en Irlande du Nord - 48 kilomètres, vestiges du conflit entre catholiques et protestants.

Mur d'eau de la méditerranée, barrières pour dissuader les nouveaux boat people qui poursuivent leur rêve européen malgré tout, entre la Turquie et la Grèce, la Turquie et la Bulgarie. Et puis l'Inde, le Pakistan, l'Arabie, et bien sûr la Corée. Jusqu'à ce projet évoqué en Ukraine pour se protéger des assauts russes.

The New York Times , repris par Courrier International est scandalisé : ces murs sont faits pour blesser et tuer. Ils ne servent à rien pour le journal Ha’Aretz en Israël. Depuis la construction de la barrière en Cisjordanie, la société israélienne n'a jamais et aussi angoissée.

Les murs qui racontent les sociétés aussi. Au Japon, explique le quotidien Asahi Shimbun , il est romantique de plaquer l'élue de son cœur contre un mur pour lui déclarer sa flamme. Ca fiche un peu la trouille. En Inde, pour dissuader les passants de pisser contre les murs, on y installe des céramiques qui représentent des Dieux.

Quoi d'autre dans la presse ?

  • La presse satirique en danger. Charlie Hebdo et Siné Mensuel lancent un appel à l’aide à leurs lecteurs.

  • La voiture sans conducteur roule déjà dans nos villes. Expérience dans certains quartiers de Göteborg en Suède. Il y a tout de même quelqu'un derrière le volant au cas où. C'est à lire dans Le Figaro .

  • La consommation d'antibiotiques repart à la hausse. Près de 6% de hausse entre 2010 et 2013, c'est à lire dans Le Parisien .- Les débuts de la commission Juncker marqués par l'affaire de l'évasion fiscale au Luxembourg. Jean Claude Junker, ancien premier ministre Luxembourgeois. « Commission Junker ça part mal » titre L'Opinion .

  • A la Une de L'Humanité : une accusation. Manuel Valls veut réduire la place de la médecine du travail dans le cadre du projet de simplification. Réforme dictée par le Medef, accuse L'Huma .

  • Dans La Croix des séminaristes de plus divers. Ils sont réunis à Lourdes. Portrait dans Pèlerin de ces séminaristes plus âgés, et aux profils plus variés que naguère. On trouve même un ancien joueur de trompette.

A propos de religion, vous avez peut-être remarqué ce phénomène lors des matches de foot : des joueurs qui prient en entrant sur le stade. Ce n'est pas nouveau mais c’est de plus en plus répandu. « Dieu football club », un livre se penche sur la question et Libération y consacre deux pages ce matin. Retour en force dans la religion dans le football. Les clubs acceptent de s'adapter. Viande halal ou casher, salle de prière ou mini chapelle. Ils sont évangéliques brésiliens, joueurs fraichement convertis à l'islam (Anelka, Ribery), chrétiens, juifs.

Et la religion devient un facteur dont les agents tiennent compte au moment des transferts. Un joueur pieu, marié et père est plus facile à gérer. Il se disperse moins, en principe. Il y en a même qu'on on incite à exhiber des signes religieux pour les rendre plus attractifs pour les clubs étrangers.

Le foot perméable à ce qui se passe dans la société et dans le monde. Histoire du joueur tunisien de l'Etoile du Sahel qui avait rejoint l'organisation état islamique et a trouvé la mort en Syrie. Histoire de ce joueur israélien de Valencienne le soir de la fête du Grand Pardon. Il est resté sur le banc l'essentiel du match, avant de rentrer en jeu à la nuit tombée.

Bon week-end !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.