Ca se passe en Turquie où des ouvriers naufragés du capitalisme ont laissé des petits mots dans des vêtements de la marque Zara …

« J’ai fabriqué l’article que vous vous apprêtez à acheter mais je n’ai pas été payé pour. S’il vous plaît, dites à Zara de nous payer.»

Le mot est signé des ouvriers d’une usine abandonnée par son propriétaire et fermée en juillet 2016 …  Bravo Tekstil, une parmi des milliers « d’entreprises turques » dit Libération, à servir de  « sous-traitants pour les grandes marques occidentales. »  Mais ces grandes marques –dont Zara-  rechignent à mettre la main à la poche pour se substituer au patron défaillant … D’où le coup de communication des ouvriers et de leur syndicat… Coup réussi… La preuve on en parle… 

Cette histoire est une petite leçon sur la circulation de l’information… 

Les étiquettes ont été déposées le 1er novembre, l’agence américaine Associated Press a sorti l’affaire vendredi dernier, elle est arrivée en France hier par Mashable, et c’est dans Libération ce matin:  le social n’est pas encore entré dans l’instantanéité…

Petite leçon également sur l’économie de la sous-traitance… Deux millions de personnes en Turquie, dit Libération souvent "dans de petits ateliers  hors d’atteinte des contrôles", ateliers qui sont aussi alimentés par la masse des réfugiés syriens…  

C’est une autre manière d’envisager la mondialisation. Presque symétrique et complémentaire de la fluidité paradisiaque de l’optimisation fiscale dont nous vous entretenons depuis hier…  Nous, et Le Monde qui titre sur les "350 milliards de l’évasion fiscale"… 

Mais ces "Paradise papers" provoquent le débat…

Et même la réprobation. Nos révélations seraient « la nouvelle tambouille de la loi et de la morale »… Je cite l’Opinion, quotidien libéral affiché… C’est le patron du journal, Nicolas Beytout qui dénonce la confusion des valeurs et une nouvelle hiérarchie des normes… 

« Le vol de millions de documents  grâce auquel cette affaire est renseignée n’est plus un acte contraire à la loi mais un service rendu à la morale et la mise en accusation mondialisée de tel ou tel n’est plus une négation du droit universel à se défendre mais un appel collectif à la moralisation »….

Réponse du camp indigné : « On est au delà de l’immoralité » dit le sénateur communiste Eric Bocquet dans l’humanité, et il ironise, « si l’optimisation est légale, pourquoi tant d’opacité pour dissimuler ces pratiques ? ». Et dans La Croix, la responsable du CCFD Lison Rebbinder… « Ce qui est immoral doit être rendu illégal…. »… Sans doute mais comment…  

Tout ce débat n'est pas médiodre, il pose les limites du droit et de la politique, ses impuissances… On les retrouve aussi dans le dossier de Une de Libération sur l’incapacité de l’état et de la justice à résoudre les scandales sanitaires… « Qu’est ce qu’on en a à foutre que des ouvriers meurent? »  Parole de Janine Roudère ancienne de la manufacture d’amiante Amisol…  intoxiquée pendant huit ans du matin au soir et sans réponse judiciaire. Quand le droit s’arrête, on commence à crier… 

Un footballeur virtuel à Nantes..

Et il est un héros discret et d’actualité… Ce jour où Les Echos et le Parisien annoncent la sortie d’une nouvelle console de jeu… Il s’appelle Adrien Viaud, 29 ans… footballeur virtuel au FC Nantes, ou plutôt, représentant du FC nantes dans les compétitions du jeu FIFA 18… On le voit en photo dans un jeune site internet, rdvphotos, maillot canari sur le dos, défendre l’honneur de son club derrière une console… Et c’est aussi un moyen d’attirer des jeunes dans les stades vieillissant… 

Le virtuel est l’avenir du stade ? 

Et cela nous marque en lisant l’Equipe où un footballeur de chair et de muscle et de sueur, évoque des passions tout aussi immatérielles… Voilà donc Nabil Fékir, l’homme qui a brandit son maillot à la face du public stéphanois dimanche, quand Lyon humiliait les Verts… Résultat, envahissement du terrain et violences…  Fekir s’explique un peu partout ce matin mais c’est dans l’Equipe qu’on comprend le mieux les enjeux d’une affaire qui n’est pas futile… 

Elle interroge la violence collective… La déshérence des supporters de Saint Etienne qui n’ont plus de leaders… interdits de stade pour des motifs administratifs, mais sans leaders, les foules font n’importe quoi ..… 

Et elle interroge le patriotisme de clocher … « Ce qui m’importe c’était de rendre fier notre peuple. Je suis lyonnais, l’OL c’est mon cœur c’est ma vie c’est tout, c’est pour ça que j’ai voulu brandir ce maillot »… dit fekir. Il dit notre peuple… 

Ah les footballeurs… Pas seulement eux, non… 

A propos de patriotisme local, j’ai noté ceci… L’alsace célèbre votre Renaudot, Olivier Guez… comme celui d’un écrivain alsacien, les dna comme celui d’un strasbourgeois…. Tandis que vous le Progrès vous félicite, Eric Vuillard, comme un lyonnais… Mais Ouest France vous annexe… comme un écrivain rennais… On sourit. Tendrement… 

Et un roman politique venu de la révolution d’Octobre…

Ce qui s’impose aujourd’hui avec deux prix littéraires qui transcendent l’histoire…

C’est dans Usbek et Rica, qui nous invite à redécouvrir Evgueny Zamiatine et son roman NOUS…  La première description d’une société totalitaire, qui a inspiré ensuite Orwell et son 1984... Il est écrit en 1920 par un écrivain révolutionnaire, Evgueny Zamiatine, qui sent que le bolchevisme va tourner à la dictature… Il mourra en exilé politique à Paris… Nous… C’est un roman de science fiction… La description d’une société normée,  « un état unitaire  guidé par un bienfaiteur dans laquelle la pensée et l’émotion individuelles sont proscrites », où l’industrie est célébrée, où les êtres s’accouplent selon des équations et où l’on prépare une fusée qui enseignera le bonheur mathématique aux extra terrestres… 

Ca se lit… Et cela s’écoute, la langue de Zamiatine…

« Nous sommes fondus en un corps unique aux millions de bras, à la même seconde fixée par les Tables, nous portons notre cuiller à la bouche, à la même seconde nous sortons pour la promenade  »

C’était en 1920… Cela annonçait Staline et la suite… mais ces tables mathématiques qui régissent la vie des hommes font aussi penser aux algorithmes des monstres d’internet… 

Un écrivain avait tout vu et tout de suite et tout anticipé… Le journalisme s’incline devant le romancier… 

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