(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la guerre vue de la frontière

(Bruno Duvic) Pour les kurdes de Turquie, de Syrie ou d'Irak c'est un héros de guerre ou plutôt une héroïne, car c'est une femme. Capitaine Arin Mirkan. Dimanche dernier, pour le 20ème jour, les hommes de l'organisation Etat islamique assiègent la ville Kobané dans le Kurdistan Syrien. Le capitaine Mirkan est encerclée par des djihadistes sur le front Est de la ville. Plutôt que d'être tuée ou faite prisonnière, raconte une de ses camarades à Libération , elle s'est jetée sur l'ennemi et a fait sauter sa ceinture d'explosifs. Elle est la première kamikaze kurde depuis le début de la guerre en Syrie - la pratique est rarissime. Depuis, sur les réseaux sociaux, les hommages fleurissent.

Scène symbolique. Rare petit morceau de récit d'une guerre que les journalistes doivent se contenter de raconter de loin.

Kobané, troisième ville kurde de Syrie, au nord du pays n'est qu'à quelques encablures de la frontière turque. Mais l'armée turque empêche les journalistes et les combattants kurdes de passer. Et les djihadistes contrôlent la zone de l'autre côté de la frontière. On suit les événements à l'œil nu de loin, ou à la jumelle.

Il était 13 heures hier à Suruç, dernier village à la frontière, raconte Stéphane Aubouard dans L'Humanité , lorsqu’on a vu au loin l'étendard noir du groupe Etat islamique se déployer aux entrées Est, Ouest et Sud de Kobané. Ville stratégique : si les Djihadistes la prennent, ils contrôleront une large bande de territoire à la frontière turque. Ce matin, selon l'Agence France Presse, ils occupent trois quartiers de la cité.

La guerre vue de la frontière racontée par Luc Mathieu dans Libération

C'est un groupe de 200 kurdes massés le plus près possible des combats, qui enragent de ne pas pouvoir rejoindre leurs camarades, qui commentent chaque bruit d'explosion, pestent contre les frappes américaines « qui ne servent à rien » et contre l'absence de soutien des pays occidentaux. Quand une balle perdue s'approche d'un peu trop près, ils reculent de quelques mètres, mais sans quitter la ville des yeux. Parmi eux, un homme de 64 ans qui a fait 600 kilomètres pour être là.

Ce qu'on voit à la frontière également, c'est l'arrivée des réfugiés qui fuient Kobané. Pour l'Agence France Presse, Philippe Alfroy y est arrivé le 21 septembre. Il raconte, sur le blog de l'AFP, « making of ». Tous les réfugiés débitent la même histoire, sur un ton presque neutre. Flot de paroles où il est question d'égorgements, de viols, de villages détruits. « Devant ces récits presque cliniques, écrit le journaliste, je m'interroge. Qui a vraiment vu quoi ? Certains admettent volontiers qu'ils n'ont rien vu de leurs propres yeux, qu'ils ont préféré fuir. Je ne m'accorde pas le droit de juger de ce qu'ils ont vu ou pas vu. Mais pour suivre la situation à Kobané, nous sommes contraints de rester aux portes de la guerre. Mais ces réfugiés rencontrés à la frontière, qui rappellent ceux du Darfour, je peux témoigner de leur peur, sans intermédiaire. »

Les frappes aériennes américaines n'empêchent donc pas les djihadistes de s'enfoncer dans Kobané, de conquérir, peut-être, une ville de plus. Comment expliquer, se demande Renaud Girard dans Le Figaro que les pays militairement les plus puissants de la planète peinent à arrêter une milice qui n'a pas trois ans d'âge ? Et une fois de plus, revient la question des hommes au sol. "No boots on the ground" a déclaré Barack Obama. Pas un pied au sol. « Ineptie stratégique, commente Renaud Girard. Inepte d'annoncer à l'avance à l'ennemi les moyens que l'on utilisera contre lui. Quand on fait la guerre sérieusement, la moindre des choses est de cacher à son ennemi ses intentions et ses moyens. »

Dans ce contexte, un incident qui fait tache à Marseille

Les Kurdes sont sous les bombes en Syrie, ceux de Turquie enragent de ne pas pouvoir combattre à leurs côtés. Et en France, la communauté kurde de Marseille manifeste dans la ville pour sensibiliser les habitants à sa cause. Jeudi dernier, une délégation était reçue à la préfecture de police de Marseille. Mal reçue. Le directeur de cabinet du préfet de police leur conseiller d'aller combattre là-bas plutôt que de manifester ici... Propos enregistrés et récupéré par le journal la Marseillaise, qui les diffuse sur son site Internet.

http://www.lamarseillaise.fr/marseille/flash/31993-marseille-derapage-en-prefecture

« Propos personnels qui ne sauraient engager l'Etat » précise à Mediapart la préfecture de police de Marseille, qui ajoute : « Il y aura forcément des suites qui relèvent du ministère de l'Intérieur. »

A la Une du New York Times : Emmanuel Macron

New York Times édition internationale. L'offensive du gouvernement auprès des anglo-saxons continue. Après le Premier Ministre à Londres, le ministre de l'Economie dans le prestigieux quotidien américain. « Le nouveau banquier socialiste de la France ». Totalement sous le charme, les Américains. Ils décrivent le bureau du ministre tard le soir. Des trentenaires dans les couloirs qui pianotent sur leur Iphone, les charriots repas qui circulent. Le ministre qu'on distinguerait à peine de ce jeune collaborateurs, n'était son aura. Enfant prodige de 36 ans dont le costume et la coiffure sont impeccables après une longue journée de travail. Emmanuel Macron dit à la fois au New York Times que la France est un pays fort mais aussi un pays malade. « Nous sommes obsédés par nos faiblesses c'est un état d'esprit français. Nous n'avons pas d'autre choix que de réformer le pays (…). Etre socialiste aujourd'hui, c'est défendre les chômeurs mais aussi les hommes d'affaires qui veulent créer une entreprise et ceux qui ont besoin d'emplois. Nous devons transformer notre modèle social qui multiplie les droits et protections formels, il faut desserrer les goulets d'étranglement. »

France sous la pression de la commission européenne après la publication du budget. « La France sommée de trouver 8 milliards d'Euros par Bruxelles » selon Le Figaro . « Bruxelles prêt à censurer le budget », titre le quotidien à la Une. La commission à la Une de L'Humanité également. « Ces nouveaux commissaires européens sous influence ». Pour L'Huma, avec la nouvelle équipe au pouvoir à Bruxelles, « Le lobbying et la finance sont au sommet de l'Europe ».

Quoi d'autre dans la presse ?

Les taux d'intérêt dans l'immobilier au plus bas. C’est la manchette des Echos. Les banques ont prêté à 2.59% le mois dernier.

Veolia et les millions occultes du Qatar, dans Libération . Selon le journal, un fonds souverain de l'émirat a versé 182 millions d'Euros de commission lors de son entrée au capital de l'entreprise. Pour qui pour quoi ? La justice enquête.

Les gros yeux de la police à Marseille. Plus de pitié pour les stationnements géants. La police promet une fourrière 24 heures sur 24, des PV électronique et plus d'agents pour surveiller les rues. Conclusion de la Provence à la Une : « Les Marseillais vont déguster ».

A demain !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.