Alors ce matin, vous n'y échapperez pas... C'est rugbymania... "Le rugby, ce sport dont les Marx Brothers auraient établi les règles", écrit Jean Rochefort... C'est le très classe magazine de rugby Attitude qui a eu la bonne idée de demander à l'acteur, fan de rugby, quelques lignes sur le sujet... Il s'amuse, Jean Rochefort... "Comment lancer un ballon en arrière pour aller en avant ?... Un ballon d'une forme absurde, qui devient épileptique quand il touche le sol... Et n'oublions pas la mêlée, qui transforme 1.700 kilogrammes de bonshommes en un tourteau alcoolique... On ne peut résister à la beauté de ces règles absurdes, pratiquées par des dieux venus d'ailleurs"... Alors ces dieux, ça fait déjà quelques semaines que vous les croisez sur toutes les couvertures des magazines... C'est ce qui fait dire au correspondant parisien du Daily Telegraph que "la joie de vivre rugbystique a attrapé Paris"... "Dans tous les kiosques, s'affichent des photos de rugbymen, sur le papier glacé des magazines de mode, mais aussi en Une des journaux politiques qui, jamais normalement, ne s'intéressent à ces balourds boueux"... Alors la remarque de ce confrère britannique, elle se justifie pleinement ce matin... Tous les journaux français, sans exception, affichent ce Mondial 2007 en Une... Et L'Equipe, en premier lieu, affirme évidemment que "le monde est rugby"... Alors vous trouverez tellement de choses, dans vos journaux, que vous pouvez même vous intéresser au rugby sans presque parler de sport... D'abord, signe des temps... vous pouvez parler gros sous... "C'est triste, et c'est tant mieux, pour Le Progrès... Ca ridiculise les bluettes qu'on nous conte depuis quelques jours, qui tendraient à nous faire prendre la vessie pour une lanterne et le rugby pour un ballet de vierges éthiques"... Gros sous également en Une de Libération... "Ovalie folie", titre le journal, pour qui "derrière le jeu se cache une épreuve très lucrative"... Parce que si "côté scène, la compétition débute aujourd'hui avec France-Argentine... côté coulisses, d'autres batailles s'engagent, des enjeux financiers pleins la balance"... Et Fabrice Rousselot, dans son éditorial, prévient : "Les gros sous ne sont rien sans le spectacle qui se déroule à hauteur de gazon"... Mais les gros sous, ils se sont déjà invités dans la compétition, avant même qu'elle ne débute... En Une du cahier spécial de L'Equipe, ce petit encart... "A nos lecteurs"... Le journal explique qu'il s'est associé au mouvement de boycott des principales agences mondiales de presse, pour protester contre la limitation de diffusion des photos imposée par l'IRB, organisateur de l'événement... Et L'Equipe précise qu'aujourd'hui, ses pages "rugby" ne comportent aucun cliché d'actualité... Et Le Figaro confirme : "Les restrictions imposées par les organisateurs menacent la liberté de l'information"... Eh oui... comme le constate Jean-Emmanuel Ducoin dans L'Humanité : "Il y a deux sortes de rugby aujourd'hui... Celui des gestionnaires, et celui des passionnés"... Et il se souvient d'un temps, pas si lointain, où "l'ovalie ne cherchait pas sa définition dans des campagnes de pub... Elle se vivait... Parce que, philosophe l'éditorialiste, "ce ne sont pas les choses qui relient les hommes entre eux, mais l'attachement aux choses"... Entre enthousiasme et nostalgie... C'est aussi le sentiment de La Croix... qui avoue que "le rugby est toujours un autre monde"... Et Dominique Quinio analyse : "Tant pis si seule une minorité d'initiés peut se vanter de connaître parfaitement les règles qui auront permis la victoire... Le mystère ajoute à la séduction"... Eh oui, confirme Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré : "On n'est pas obligé d'aimer vraiment le rugby pour savoir s'en imprégner... pour se coltiner à sa réalité et à ses mythes... Un grand souffle de fête populaire, des visages sculptés comme des gargouilles de Notre-Dame, un solide accent du Sud-Ouest, des odeurs de cuir et d'embruns néo-zélandais ou sud-africains"... Parce que oui, c'est une Coupe du Monde... "600 joueurs de 20 nations, taillés en rétiaires et mirmillons, cuisses de boeuf et bras de sumo... des rites et tout un folklore venus du fond des âges"... Voilà ce qu'attend Didier Pillet, dans Ouest-France... "Pas de doute, écrit-il, pour conquérir les coeurs, le rugby s'est forgé une légende"... Et cette légende, eh bien croisez-la... dans les pages de Géo par exemple... Où vous verrez des Japonais de 70 ans se disputer le ballon... des Iraniennes en foulard plaquer leurs adversaires... Vous retournerez également à Rugby... Avant d'être celui d'un sport, Rugby est en effet le nom d'une ville du comté de Warwick, en Grande-Bretagne... Et dans son collège très huppé, où les filles portent des jupes longues, le rugby se joue toujours sur le célèbre "Big Side"... le terrain où furent, selon la légende officielle, inventées "les règles du football jouées à l'école de Rugby"... Et toujours dans Géo... une claque aux idées reçues... En France, le rugby rime avec l'accent du Sud-Ouest... Eh bien, c'est en Normandie qu'est né le premier club de rugby français... en 1872, au Havre... Alors depuis, pas de doute, ça a bien changé... Et l'esprit rugby, comme on dit, a gagné l'ensemble de la société... Ce matin, ce sont les titres économiques qui le constatent... Et d'abord parce que le sport est devenu très à la mode chez les patrons... La Tribune fait le portrait de ces patrons, petits ou grands, amateurs de rugby, qui n'hésitent pas à délaisser leur entreprise pour aller suivre les matches du Tournoi des Six Nations... Il faut dire que le rugby est une source d'inspiration, constate Challenges... "Solidarité, humilité, dépassement de soi... sont autant de valeurs à cultiver, sur les terrains comme en dehors"... Et du coup, explique l'hebdomadaire, "on ne compte plus les anciens joueurs de rugby appelés comme consultants pour animer des séminaires de cadres"... Alors vous aurez le droit à toutes les comparaisons entre l'équipe de rugby et l'entreprise... "Profiter des talents de chacun"... "Souder le groupe"... "Apprendre à se dépasser"... Il y a aussi "aimer le maillot"... Et là, c'est Fabien Galtier, entraîneur du Stade Français, ancien de l'équipe de France, qui explique... "Quand j'interviens dans une entreprise, je sais tout de suite si les gars sont fiers d'appartenir à son histoire"... "Le problème aujourd'hui, c'est qu'avec les OPA sauvages, les licenciements ou les abus de rémunération des dirigeants, les gens n'ont plus l'esprit du maillot", constate, en contrepoint, Vincent Lafont, auteur de "L'Esprit Rugby"... Alors, plus sportif... le cahier spécial de Courrier International... intitulé : "Pourquoi la France fait peur"... Où l'on découvre qu'en Nouvelle-Zélande, le souvenir de la demi-finale perdue de 1999, face au XV de France, hante toujours les All Black... Où l'on peut lire qu'en Afrique du Sud, Sébastien Chabal est surnommé Raspoutine... Où l'on est prévenu : les Argentins ont l'intention de faire parler d'eux, selon le quotidien La Nacion... Ils disposent de leur meilleure sélection jamais alignée... Et dans Olé... le quotidien sportif argentin... c'est, ce matin, un "merde" qui barre la Une, censé porter chance aux Pumas... Et pour que les bonnes ondes traversent l'Atlantique, le journal a offert au capitaine de l'équipe le drapeau de son pays, signé des grands joueurs de rugby argentins... En Europe, l'autre pays du rugby, c'est l'Angleterre... Et outre-Manche, The Guardian s'en prend ce matin au sélectionneur de l'équipe de France, qui a demandé hier au pays tout entier de s'habiller en bleu... "Dans une terre où le football demeure prépondérant, c'est une demande calculée", explique le journaliste britannique... "Aucune arène sportive n'est plus hostile qu'un stade de rugby français rempli de supporters bruyants"... Et pourtant... The Guardian se réjouit du match d'ouverture de la Coupe du Monde... "France-Argentine, c'est le parfait apéritif pour ce premier Mondial en pays non anglophone"... Mais, perfide, le journaliste poursuit : "Une victoire des Pumas représenterait même le meilleur résultat qui soit, en termes d'intérêt global, pour le rugby... Mais allez donc dire cela à Bernard Laporte !"...

Clotilde DUMETZ

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