Parce qu'évidemment, la planète, aujourd'hui, tourne autour de Pékin. Les J.O font toute les Unes. "Pékin est la capitale du monde" titre le FIGARO. Et même en photo, le choix est assez serré. Le marché se partage entre le nid, le stade olympique déjà éclairé par les feux d'artifice. Et, autre tendance un peu kitch, le visage de nos athlètes, enserrés en médaillon dans les anneaux olympiques. LIBERATION sort du lot quand même ce matin. Pleine page sur une athlète chinoise qui porte "l'uniforme officiel". Et ça saute aux yeux. On reconnaît le style inimitable des héros soviétiques d'une autre époque avec ce vêtement rouge seyant au possible. On y voit une étoile cotoyer le symbole d'un grande marque de chaussure. On y sent ce mariage disharmonieux entre politique, sport, la gagne et le business. "Les jeux de l'enjeu " titre d'ailleurs Libé. "Pékin, l'épreuve des jeux" titre LA CROIX. "Ouverture politique" estime L'INDEPENDANT, qui dit dans son édito que les jeux de Pékin son les plus politisés depuis ceux de Moscou. Il y a comme du sport avant même les épreuves, de l'électricité dans l'air, de la politique dans les gradins. Dans NORD ECLAIR, "c'est le retour de l'empire du milieu". "Des jeux vitrine" estime MICHEL VAGNER de L'EST REPUBLICAIN. "Un show de propagande" pronostique LIBERATION. Pour le quotidien, "la troisième puissance économique met en scène son entrée ou son retour parmi les grands de ce monde... Le monde entier vient saluer ce modèle, mélange de communisme et de capitalisme autoritaire". Peut-on encore parler de sport avec un tel investissement, s'interroge LES ECHOS. "Ces jeux sont parmi les plus controversés", écrit Laurence SCHREINER, dans LE FIGARO. Elle rappelle que Pékin a été désigné en douze minutes le 13 juillet 2001. "C'était la volonté ultime de Juan Antonio SAMARANCH, qui après avoir sorti le mouvement olympique de l'ornière, l'a replongé dans de dangereux remous". Et déjà une défaite pour le camp français, avant même le début de la compétition. C'est notre athlète national dans le domaine de la politique qui vient, semble-t-il, de rater son épreuve. Presque tous vos éditorialistes soulignent la mauvaise performance de Nicolas Sarkozy. "Pris au piège de ses fanfaronnades", écrit Franck DE BONDT dans SUD-OUEST. "Aux défenseurs des droits de l'homme, il répond Carla. Aux Chinois, il dit j'arrive", s'amuse Pascal VIRO dans LIBERATION. Le président français a voulu jouer les gros bras. Il se fait d'abord désirer, puis il met des conditions, puis il accourt en sacrifiant, entre autres, le Dalaï Lama sur la route de Pékin. "Sarkozy perd sur tous les tableaux", écrit LE MONDE. "On ne peut pas poser des conditions quand on n'est pas capable d'assumer les conséquences" écrit Jean-Michel HELVIG dans LA REPUBLIQUE DES PYRENEES. "Il risque de faire passer la France dans les poids-plume" conclut Xavier PANON dans LA MONTAGNE. Le sport lui, pour l'instant, arrive à la traîne, en second rideau, dans les éditos. ça fait presque léger d'ailleurs, de parler sport face au poid-lourd politique. "Les belles consciences ont du retard à l'allumage, estime Roger ANTECH dans NICE MATIN. Qu'elles nous laissent maintenant parler de sport". "Croisons les doigts pour que la fête soit belle" espère aussi Didier POBEL du DAUPHINE LIBERE qui titre "Jour J. O" Et ce contrat du siècle, évoqué par L'EQUIPE. La Chine rêve de devenir chez elle, la première nation sportive. Mais son grand rival, les Etats-Unis, est prévenu. Il y aura donc un duo au sommet, un duel entre les deux super-puissances, l'ancienne et la nouvelle. Dans Libé, on en apprend sur les nouveaux dieux du stade en Chine. Et les petites stars sont loin d'être lisses. GUO JINGJING, c'est la Laure MANAUDOU locale parait-il. Double championne olympique de plongeon, peopolisée à outrance, pas très aimable avec les journalistes, et parfois aussi avec ses concurrentes. Elle est connue pour ses histoires de coeur. Voilà pourquoi c'est la Laure Manaudou locale. En Chine, même le badmington devient glamour, avec ce couple numéro 1 mondial de la discipline. XIE XINGFANG et LIN DAN pourraient tailler leur alliance dans l'or olympique. Ils sont favoris de la compétition, avec une touche rebelle pour LIN DAN, gaucher de 24 ans, coiffé en pétard, capable de balancer sa raquette en direction du coach de son adversaire. L'antithèse de ce qu'on peut lire dans L'EXPRESS. L'hebdomadaire nous fait visiter la fabrique à champions. En plein coeur de Pékin, l'usine produit du médaillé olympique. "Visite très guidée", nous dit Marie HURET. Le mode de sélection s'inspire du modèle soviétique des années 60. L'enfant sert l'Etat. Il ne choisit jamais sa discipline. Mais la carrière sportive fait figure d'ascenseur social. Et nos athlètes à nous, vont-ils porter la contestation tricolore dans les enceintes sportives ? "Elle a perdu de sa flamme" titre LA CROIX. "Les Bleus ont sagement rangé leurs badges -pour un monde meilleur-." "Ceux qui avaient pris position pendant le passage de la flamme se sont recentrés sur leur rêve de médailles." écrivent Dorian MALOVIC et Olivier TALLES. "Le silence est même vivement recommandé dans les rangs tricolores". "Aux Jeux, on est là pour faire du sport", a martelé Bernard LAPORTE." Libé nous raconte que tout ça n'émeut d'ailleurs pas beaucoup les Français. "Je ne connaissais pas cette histoire de badge" dit le cycliste Pierrick FEDRIGO. On est passé de l'idée à l'enterrement. Reste, pour l'instant, la lettre ouverte de 127 sportifs, adressée au président chinois. Autre podium, celui de l'investissement. L'or et l'argent à l'état brut. 41 milliards de dollars, c'est la facture de ces JO de la démesure, peut-on lire dans LA TRIBUNE. La Chine explose le budget de la Grèce en 2004, presque 3 fois plus. Et pratiquement tout l'argent, 40 milliards, a servi aux infrastructures. Cécile BARBIERE nous raconte que le sponsoring va rapporter 900 millions d'euros. 12 groupes ont déboursé 65 millions d'euros chacun pour s'afficher aux côtés du CIO. Liu XIANG, champion olympique du 110 M Haies, s'est offert 14 marques, écrit LE FIGARO. C'est une opportunité unique d'établir une connexion toute particulière avec les consommateurs, confie le directeur de la com de Coca Cola en Chine. Adidas a même un rêve : vendre 1 milliards d'euros de vêtements de sport d'ici à 2010. Un rêve. Faire de la Chine son deuxième marché, juste derrière les Etats-Unis. Et une pensée pour le journal L'HUMANITE. Comment, dans ce concert, faire entendre sa musique quand on parle du grand frère ? Eh bien, on ne fait pas dans le rouge, on fait dans le rose. "La Chine a gagné le formidable défi qu'était l'organisation des JO", écrit Patrick APPEL-MULLER. "Elle mérite mieux que des caricatures". "Parce que les JO portent encore et toujours, et malgré l'emprise des grandes firmes... le rêve d'une humanité réconciliée dans la beauté du geste." Chacun son rêve donc, autour des JO. A l'occasion des JO, on découvre que la France a fait construire une ambassade fantôme à Pékin. C'est dans LE FIGARO. Dans le quartier des affaires, la France a investi en 1997. Elle a payé un terrain 100 millions de francs, pour un bail de 70 ans, qu'elle est maintenant à deux doigts de perdre. François HAUTER écrit que les travaux de l'ambassade auraient dû débuter avant le 29 septembre 2002, sinon Pékin, légalement, pouvait reprendre le terrain. C'est ce qui semble se profiler, écrit le journaliste. Coup de l'opération : 100 millions de francs + 500.000 euros versés chaque année pour conserver le terrain + un concours d'architectes pour rien. Pendant que les Etats-Unis inaugureront leur nouvelle ambassade, la France ne pourra montrer que 2 hectares de friches surmontés d'un panneau "Ambassade de France". Si nos athlètes ne nous ramènent pas des médailles, les JO de Pékin resteront comme un sale moment pour les tricolores.

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