Dans la presse ce matin : le lien fragile

Radio France est un lien. « La radio, avait dit le général de Gaulle lors de l'inauguration de la maison ronde il y a plus de 50 ans, est une action humaine, autrement dit collective. »

Ces quelques mots ouvrent le projet stratégique que le PDG Mathieu Gallet doit détailler aujourd'hui au comité central d'entreprise.

C'est ce lien qui est questionné ce matin dans la presse, au 21ème jour de grève à Radio France. Lien entre le premier groupe radiophonique de France et ses 14 millions d'auditeurs quotidiens. Lien entre ses médias puissants et les pouvoirs publics. Lien entre les plus de 4.000 salariés de cette maison.

Pour Télérama , l'un des rares journaux à s'intéresser de près toute l'année à la radio, cette maison ronde en plein chantier est dans une « Grève de tranchées ». Témoignage d’un présentateur d'émission expérimenté, un peu paumé à la sortie d'une assemblée générale. "D'un côté, en AG j'entendais parler d'autogestion, de l'autre (à la direction), de portefeuilles de marques".

Au milieu, la maison ronde se bat pour son avenir. Mais les divisions apparaissent. Entre l'intersyndicale qui mène le mouvement depuis fin mars et le syndicat de journalistes SNJ qui voulait partir plus tard à la bataille. "Dans les assemblées générales, on se faisait traiter de social traitre", dit une reporter de France Inter.

Radio France peut-elle, doit-elle faire se réformer, et faire des économies ? Oui ! Mais…

1 - ça a déjà commencé. Témoignage d'une productrice, ces voix des émissions que vous entendez à l'antenne : « depuis un an, on doit limiter nos déplacements sur les événements. »

2 – réformer, pas n'importe comment et ce n’est pas facile. Il y a un peu plus d'un an, expliqueTélérama , lorsque le PDG Mathieu Gallet a été nommé, « il s'en trouvait peu à Radio France pour contester la nécessité de revoir certains statuts professionnels, repenser certains métiers. La tête disait oui, mais au moment de passer à l'acte, le corps a dit non. Non à tout ce qui pourrait de près ou de loin réduire les ambitions des antennes. »

« La maison ronde se bat pour son avenir » écrit encore Aude Dassonville dansTélérama . L'avenir est esquissé dans le projet stratégique présenté aujourd'hui mais déjà remis aux syndicats. Détails sur lemonde.fr . - réduction d'effectifs : 250 à 330 équivalent temps plein, départs volontaires, seniors privilégiés. - abandon des ondes moyennes et longues, 16 millions d'économies - au passage que va devenir la météo marine, qu'on entendait sur ces ondes-là. - diversification des ressources, orchestres redimensionnés mais maintenus.

« Projet stratégique sans surprise », estime lemonde.fr . Accueil déjà frais des syndicat,s à en croire le site dans un autre article : « avec un plan de départs, je ne vois pas comment on pourrait éviter le durcissement », dit un syndicaliste.

L'Etat mettra la main à la poche pour au moins une chose…

Pour en finir avec l'éternel chantier de la maison de la radio. S'il y a eu du fric fichu en l'air, tout le monde en est à peu près d'accord, c'est bien dans ce chantier. La cour des comptes, dans son récent rapport, y a vu le miroir des défaillances de l'entreprise. « La chantier de la maison de la radio, histoire d’un dérapage non contrôlé ». Budget estimé au départ : 262 millions d'Euros. Budget estimé désormais : 575.

Au départ, un constat, en 2003 : le bâtiment n'était pas aux normes anti incendie. Et puis, de la mise en sécurité, on est passé à la modernisation du bâtiment. Gros chantier, alors que les radios tournaient toujours dans leur maison ronde. Les frais de fonctionnement ont explosé. Au gré de l'avancée des travaux, certains salariés n'ont cessé de faire leur carton entre les différentes ailes du bâtiment. « J'ai déménagé 4 fois en 6 ans » dit un ancien journaliste. Pas de contrôle sourcilleux. Le conseil d'administration, où siège l'Etat, se bornait à constater les dépassements, année après année.

Et puis quelques perles : ces cabines de montage refaites à neuf qui dégageaient un gaz cancérigène. Et les orgues des studios 103 et 104. Le ministère de la culture voulait s'en débarrasser dans un premier temps puis est revenu sur sa décision. Entre temps ils avaient été cédés pour un Euro symbolique. Il a fallu racheter. Bilan de l'opération et des hésitations : 5 millions d'Euros.

C'est en 2003 que le chantier s'est avéré nécessaire. C'est en 2018 qu'il pourrait être terminé. 15 ans et un coup de main de l'Etat pour en finir. On n’en connait pas le montant.

Tout le monde en prend pour son grade dans cette histoire.

Même si les antennes ne sont pas blanches, loin de là, la playlist commence à lasser les auditeurs. Le billet du blog du monde.fr « big brower », sur les 5 stades d'acceptation de la playlist se taille un joli succès sur les réseaux sociaux. C'est super au début, moins à la fin.

L'Etat en prend pour son grade. Pour L'Opinion , la ministre de la Culture Fleur Pellerin donne l'impression de courir après ce dossier. « Elle croit visiblement toujours inutile de nommer un médiateur », ajoute L'Humanité . Et dans Les Inrockuptibles , revient la question des moyens attribués à Radio France. Comparaison avec la BBC, le modèle en matière de service public. Selon les calculs d'Anthony Bellanger, à panel de stations équivalent, la BBC radio dispose d'un budget d'un tiers supérieur à sa cousine française. Et la redevance en Grande Bretagne est deux fois supérieure à ce qu'elle est en France.

Le CSA aussi en prend pour son grade. Le Canard enchainé de la semaine estime que les sages qui ont nommé le PDG de Radio France se sont fait promener. Avant d'être nommé il menait campagne, comme les autres candidats. Invitation à déjeuner au frais de l'Ina où il exerçait alors, voyage en Hollande pour visiter un musée des médias pour deux membres du conseil. En résumé : ils auraient pu flairer quelque chose voire s'abstenir.

Ce PDG que l'hebdomadaire satirique canarde semaine après semaine. « PDG canardé », c'est le titre du papier de Renaud Revel dans L'Express . Mathieu Gallet dénonce un complot politique destiné à l'abattre. Début de carrière sous la droite, étrillé par la gauche. « La question, écrit Revel, est de calculer combien de temps il pourra encore s'accrocher. »

21ème jour de grève. Comment tenir alors que les salariés de Radio France ne roulent pas sur l'or ? A ceux qui s'interrogent, lemonde.fr explique comment les salariés se relaient dans la grève. Quatre préavis ont été déposés, quatre motifs de grève. Un salarié peut entrer en grève un jour pour un des quatre motifs, sortir de la grève et y entrer à nouveau pour un autre des motifs.

21ème jour de grève dans une maison qui ne manque pas de précaires. Sur Rue89 , témoignage d'une journaliste pigiste du réseau France Bleu, les radios locales de Radio France. Quand elle se promène en reportage avec son micro, on lui demande si elle fait grève. « Non, quand on est précaire, on ne fait pas grève ». Les pigistes, ce sont les plus précaires des précaires dans le réseau, les bouche-trou, qui enchainent en toute illégalité les contrats d'usage. Et dans le témoignage de cette journaliste qui signe Camille Alapige, revient cette question des moyens dont disposent les salariés pour faire leur métier et les conséquences à l'antenne. Sous-effectif dans les rédactions qu'elle fréquente. Et toujours produire plus, pour la radio et le Net. Impossible de réfléchir à l'info que l'on donne. « Je suis devenue une ouvrière de l'information ». Ce constat conclut-elle, toutes les rédactions de France peuvent le faire. C'est toute une génération de jeunes journalistes que l'on dégoute de cette pratique du métier.

A demain

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