Patrick Cohen :; A la Une en cette journée spéciale John Lennon sur France Inter, les rebelles et leurs noirs désirs... Bruno Duvic : Ils étaient quatre garçons, leur parcours a marqué l'histoire de la musique. Pourquoi le groupe "Noir Désir" s'est-il séparé ? Question à la Une des Inrockuptibles cette semaine, sept ans après la mort de Marie Trintignant sous les coups de Bertrand Cantat. Cette tragédie fut évidemment un moment-clé dans l'histoire du groupe. Les Inrocks écrivent qu'elle est arrivée au moment où il avait vaincu son adolescence, c'est-à-dire ce mélange de furie, de colère, d'inconscience, d'intensité, d'insouciance et de gravité exacerbée. Ces termes contradictoires résonnent au moment où l'on essaye de cerner dans les journaux ce qui reste de l'esprit rebelle et utopiste de John Lennon. Pulsion de vie, pulsion de mort, rêves et fracas. Le nouveau "working class hero" s'appellerait-il Eric Cantonna ? Raté ! "Son appel à vider les comptes en banque a fait pschitt" écrit Le Parisien. Et dans Les Inrockuptibles, Christophe Conte tacle salement Canto sur le thème "Tu n'es qu'un rebelle pour spot de pub". "Et le fric de Bic, gros raseur, t'en fais quoi ? La plupart de ceux que tu excites avec tes rodomontades de Bakounine aïoli n'ont rien à retirer à la banque, ils vivent à crédit à en crever pour se payer des télés que ton appétit d'outre mangeur publicitaire leur a fourgué sans état d'âme. Je t'embrasse pas, conclut Christophe Conte. J'suis triste !". Les rebelles, les idéalistes 2010, ne sont pas d'un bloc. Voyez Julian Assange, le patron de Wikileaks, à la Une du Figaro et de Libération, tête de gamin et de méchant dans un polar suédois. Assange en prison à Londres où il doit faire face à une accusation de viol et aux attaques contre le site qu'il a fondé. Portrait dans Libération : génie du piratage informatique et grand lecteur de classique, fan du gentil Tom Sawyer et mégalo. Dans l'éditorial, François Sergent résume les contradictions et la pertinence de son combat. "On peut discuter les objectifs du personnage qui défend la transparence tout en maintenant autour de lui un voile épais. On peut s'interroger sur son anti américanisme. On peut ne pas être d'accord avec lui, mais il faut se battre pour qu'il puisse le dire". Patrick Cohen : D'autres utopies dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Rêve brisé d'une école qui offrirait les mêmes chances à tous. C'est à la Une des Echos et de La Croix. Le système éducatif français est de plus en plus inégalitaire. Un monde sans frontières : rêve ou dangereux fantasme, c'est selon les opinions de chacun. En tout cas, il est loin. A la Une du Figaro, le plan d'Hortefeux contre l'immigration illégale. Le ministre veut amplifier la politique. Enfin, rêve d'une vie meilleure au soleil, à la mer et à la campagne. Etude de l'INSEE en première page du Parisien-Aujourd'hui-en-France. D'ici à 2040, les régions de l'ouest et du sud de la France enregistreront la plus forte hausse démographique, loin devant l'Ile-de-France. Patrick Cohen : Et que dit la presse de John Lennon, trente ans après sa mort, Bruno ? Bruno Duvic : "C'est un rêve brisé" selon Télérama, qui fait sa couverture avec l'ancien Beatles, les yeux fermés sous la célèbre mèche. Pour François Gorin, "il y a trente ans, bang-bang, une génération a perdu un grand frère dont les emportements ont accompagné deux décennies rugissantes et plaintives". Le mythe Lennon est toujours vivant. Sur son site Internet, le Liverpool Daily-Post relève que des millions d'admirateurs lui rendront hommage aujourd'hui. Dans la presse italienne, la "Repubblica.it" rappelle que le FBI n'a pas oublié son vieil ennemi pacifiste non plus. A New-York, en octobre, des agents ont profité d'une vente de souvenir des Beatles pour récupérer un document qui contient les empreintes digitales de Lennon. Allez savoir pourquoi ! Dans le New-York-Times, Yoko Ono se souvient du compagnon de cocooning qui lui préparait le thé. Retour en France : "Si Lennon a traversé les décennies sans prendre une ride, écrit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, c'est parce qu'il a épousé les élans contradictoires de son époque et des suivantes". C'est peut-être aussi parce qu'il incarne un âge d'or. Sur "slate.fr", Jean-Marie Pottier fait un parallèle entre la mort de Lennon et l'élection de Reagan, un mois plus tôt. "A eux deux, ils ont tué les sixties", l'esprit politique et poétique d'une génération. "Trente ans après, conclut Jean-Marie Pottier, le nom de la victime de cet hiver-là est à peu près identifié : c'est une certaine idée de l'utopie qui est morte. Mais la cause exacte du décès est encore en blanc".

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.