(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la France "qui n'en veut"... ou pas

(Bruno Duvic) Un Français qui n'en veut est à la Une du Figaro économie ce matin. Il s'appelle Renaud Laplanche il a 44 ans. Et cette semaine, mercredi ou jeudi, il sonnera la cloche à l'ouverture de Wall Street avant l'introduction en bourse de son entreprise. Elle s'appelle « Lending club ». Un modèle de succès 2.0. Plate-forme de prêts entre particulier. Elle a facilité pour six milliards de dollars de prêts cette année. L'introduction en bourse pourrait la valoriser à plus de quatre milliards. Dans le domaine des nouvelles technologies, c'est le plus gros dossier de l'année, après le chinois Alibaba.

Oui Monsieur, la France peut gagner. Halte à la « francinistrôse » ! C'est l'éditorialiste des Echos qui invente ce mot ce matin. Un éditorialiste nommé Laurent Fabius. Le chef de la diplomatie est parmi les 200 personnalités qui ont réalisé le numéro de ce lundi des Echos . Grands patrons, grands scientifiques, avocats, architectes, Nobel publicitaires. Cela va de Thierry Breton à Stéphane Lissner, de Cédric Villani à Jean Tirolle, de Bernard Arnault à Anne Hidalgo. On croise assez peu de syndicalistes. Et dans les pages idées, un fil rouge : il faut positiver !

A la Une de ce numéro, baptisé "La relève french touch", le projet de Loi Macron, présenté mercredi en conseil des ministres. Travail moins exceptionnel le dimanche, déverrouillage de certains professions réglementées, ouverture au privé du transport en car entre les villes, ce projet de loi, le quotidien L'Opinion en fait « la vitrine de la volonté réformatrice de la Franc »e. Pour l’éditorial de L'Humanité , c'est « une régression qui (…) éparpille façon puzzle les garanties sociales ». Objectif : gagner des points de croissance, redonner du pouvoir d'achat et créer de l'emploi.

Projet de loi Macron et sa mesure la plus symbolique : le travail le dimanche…

…autorisé douze dimanches par an au lieu de cinq, et toute l'année dans certaines zones. Pour ou contre ? Pour, selon un sondage Odoxa ce matin dans Les Echos , 6 Français sur 10. Alors qu'ils sont 86% à avoir une mauvaise opinion de la politique économique du gouvernement en général.

6 sur 10, cela fait 4 sur 10 réticents. « On ne laissera pas faire la loi Macron », dit le secrétaire général de Force Ouvrière Jean-Claude Mailly dans L'Opinion . Des opposants venus d'horizons parfois surprenants, les chambres de commerce en midi Pyrénées par exemple, au nom de la défense du petit commerce, c'est à lire dans La Dépêche du midi . 4 sur 10 venus surtout des rangs de la gauche.

Résumé du contexte par un conseiller Elysée dans L'Opinion . L'année prochaine, il y aura le congrès du parti socialiste et les élections départementales et régionales. "Résultat, le parti veut se gauchir, au moment où le gouvernement veut libéraliser, cela peut-être baroque"

Un projet de loi libéral à faire passer auprès d'une gauche réticente, c'est, résumé en un texte, l'histoire du gouvernement Valls. Le premier Ministre hier sur France 2, que la presse a trouvé, tiens-tiens !, un ton en-dessous par rapport à ses interventions récentes. Premier Ministre « hollandisé », commente même Jacques Camus dans les journaux du Centre. « Il a baissé d'un ton. L'impétueux Premier Ministre qui secouait un parti socialiste moribond s'est mué en chantre du rassemblement. » Bruno Dive poursuit dans Sud-Ouest : « Une personnalité politique ne peut pas exister durablement en étant minoritaire dans son parti. Le temps du recentrage libéral semble révolu. C'est la loi Macron qui en fera les frais. » Ce projet de loi, qu'en restera-t-il après les débats au parlement ? Ce sera le fil rouge du débat dans les jours et les semaines à venir.

Le tout sous les yeux de Dame Angela qui a fait savoir hier dans la presse allemande que la France ne se réformait pas assez à ses yeux. C'est la Une du Figaro : « Angela Merkel presse la France de se réformer ».

Chacun avance ses pions à gauche, à commencer par le président lui-même. A la Une de Libération , "Les manouvres de Hollande". Il envisage toujours de se représenter et de gagner en 2017, et le fait savoir. Pourquoi pas, dit en substance Laurent Jofrrin dans l'éditorial. A condition de reconquérir l'électorat progressiste, qui a perdu le Nord. A condition que « le cours actuel de la politique vise tout de même à améliorer le sort des défavorisés. »

Ce projet de loi Macron, c'est aussi le moment où le jeune surdoué du gouvernement, Emmanuel Macron va prendre des coups. Déjà sur un autre dossier, Mediapart le traite de menteur. Dossier de la privatisation de l'aéroport de Toulouse. Le ministre laisse entendre que les pouvoir publics qui gardent plus de la moitié du capital garderont le contrôle. Mediapart s'est procuré le pacte d'actionnaires qui montre que les décisions et la gouvernance de l'aéroport seront bien entre les mains de l'actionnaire chinois.

Un Français qui n'en veut à la rubrique des sports

Le nageur Florent Manaudou. Ses victoires à la chaine lors des championnats du monde en petit bassin valaient bien un retour en deuxième semaine dans la presse. Il est « l'homme poisson » pour 20 minutes . Un « hors-bord » pour La Croix .

La France qui n'en veut, ce sera peut-être le PSG mercredi face à Barcelone en ligue des champions de football. L'Equipe prévient : dans les rangs espagnols, Lionel Messi est en grande forme. Il a encore réalisé un triplé ce week-end. Trois triplés lors de ses quatre derniers matches.

L'Equipe , comme tous les quotidiens a son correspondant en Israël. C'est le même depuis 1953 ! Il a 88 ans, il s'appelle Noah Klieger et il accorde une interview à son propre journal à l'occasion de la sortie de son autobiographie. Existence hors du commun. Signe particulier : le sport à plusieurs reprises, lui a sauvé la vie. 1942, petit juif vivant à Bruxelles, il est deux doigts de se faire arrêter par les allemands. Il se réfugie dans un parc où une foule est rassemblée. Un match de basket se tient. Caché dans la foule, il découvre ce qui deviendra l'une des passions de sa vie.

43, il est déporté à Auschwitz. Pour son bon plaisir, le commandant du camp organise des matches de boxes. On demande qui sait boxer, Noah Klieger lève la main parmi trois autres hommes. Deux sont de vrais champions, lui n'a pas la moindre notion de boxe. Si la forfaiture est découverte, il risque le pire. Les deux champions montrent leurs talents. Les gardiens de camp s'en contentent. Il passe entre les mailles et gagnera un supplément de soupe pendant quelque temps.

Le sport lui a sauvé la vie mais a représenté aussi parfois de vilaines piqûres de rappel. 1951, il couvre pour la première fois comme journaliste les championnats d'Europe de basket. C'est en France, à Paris. Au Vel d'Hiv.

La France de l'Occupation, il en a dévoilé le monde. Patrick Modiano prononçait hier le discours de réception de son prix Nobel à Stockholm. Le Figaro en publie de larges extraits. Page magnifique à lire en priorité. Modiano explique notamment ses difficultés à s'exprimer en public ou dans les médias.

« Un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral. Il a l’habitude de se taire et s’il veut se pénétrer d’une atmosphère, il doit se fondre dans la foule. Il écoute les conversations sans en avoir l’air (…) Il a une parole hésitante, à cause de son habitude de raturer les écrits (…) Quand il prend la parole, il n’a plus la ressource de corriger ses hésitations. Et puis j’appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les enfants (…) D’où, sans doute, ce désir d’écrire (…) Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le cœur. »

A demain !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.