Un petit bonhomme d'un an qui s'appelle Jules, "il a besoin de nous", titre la Provence, Jules est atteint d'une maladie génétique rare, il doit passer 10 heures par jour sous une lumière bleue pour faire baisser une toxine que son foie ne sait pas éliminer...

Jules est une figure du téléthon qui commence ce soir, La Provence en fait sa Une... Parce qu'Aubagne est une des villes témoins de l'opération, parce que Marseille est une ville pionnière de la génétique médicale, et il est bon de voir Jules, pour sortir du confort du deuil et des hommages et revenir chez les vivants... Des vivants pour qui rien n'est simple... Je lis dans le Figaro que l'hommage à Johnny Hallyday, télévisé en direct, va perturber le téléthon... Johnny aurait-il voulu cela? 

Mais le deuil reste présent dans les journaux

Il glisse petit à petit des Unes des quotidiens mais il sature les périodiques de fin de semaine qui sortent souvent des numéros spéciaux...  

Il n'est pas facile de sortir du deuil mais on peut en faire aussi quelque chose.

Il y a un très bon hebdomadaire qui s'appelle La Vie, hebdomadaire très bon et chrétien; qui met Jean d'Ormesson à sa Une, avec ces mots, "j'espère mourir dans la foi chrétienne"... Bien.  Mais quand on ouvre le journal, on réalise que la Vie aurait voulu mettre un autre homme en couverture, un autre vieillard superbe, qui est mort le 26 novembre dernier au couvent Saint Jacques à Paris...  

Henri Burin des Roziers, un homme beau, mince, long, l'héritier d'une grande famille de l'artistocratie française, entré en religion chez les dominicains, et puis parti se battre auprès des pauvres, en France comme prêtre ouvrier et ensuite au Brésil, avec les sans-terre, les paysans pauvres qui se battent contre les grands propriétaires, en Amazonie...  La vie ne lui a pas offert la une cette semaine, à henri Burin des Roziers, mais pourtant quel hommage!

"Jean D'Ormesson avait vocation au plaisir comme Henri Burin des Roziers avait vocation à la pauvreté", écrit le directeur de la vie, Jean-Pierre Denis, qui célèbre ensuite la France de la charité

"Le Dieu français, c'est aussi cela, un Dieu de justice, le Dieu des sans terre, des sans papiers, des sans domicile... Quand Dieu était français, la France était grande..."

C'est l'apostrophe de la Vie, ce jour où Emmanuel Macron réunit les représentants des cultes à l'Elysée, quand la laïcité fait la Une de l'Opinion, et la couverture de l'Obs, et quand nos quotidiens, le Figaro, Libération, la Croix, s'inquiètent de Jérusalem dont la triple sainteté est l'otage de la politique... 

La vie nous parle de Dieu et de la France... Il est plus d'une vérité. 

On voit aussi dans nos journaux des hommes qui se prennent pour Dieu

Avec dans M le magazine du Monde des photos froides et jubilatoires et de quelques faux prophètes...qui se prennent réeellement pour la réincarnation du christ... Le très beau Sergei Torop et sa barbe et chevelure argentée, que dix mille fidèles accompagnent dans les forêts de sibérie, ou l'explosif Moses Hlongwane, le Jésus de Durban en Afruique du Sud... Ils croient être... qui les jugera?

D'autres hommes veulent recréer l'humanité...

Dans Marianne, une enquête sur le vertige de puissance de ces hommmes qui donnent leur semence, et répandent des enfants sur terre... A leur image.  Elle commence par un chef de clinique hollandais, le docteur Karbaat, patron d'une clinique d'insémination, qui utilisait son propre sperme à l'insu de ses patientes et pousuit dans l'évocation des géniteurs en série...

En comparaison, l'ambition de Didi Taihuttu est plus noble, puisqu'il a renoncé à tout pour sauver le monde ou le posséder. Il est dans Society... Un Hollandais lui aussi, un businessman de l'informatique qui possédait trois voitures et une belle moto, une belle maison et des clubs de golfs et des manteaux de fourrures... Il vit désormais dans un mobil home de camping avec sa femme et ses deux filles, il  tout a vendu, tout, pour acheter des bitcoins... cette monnaie életronique dont le cours s'envole... Mais Didi n'est pas certain d'être en train de spéculer pour de faire la culbute... Il croit que les bitcoins et la monnaie électrionique nous rendront libres, libres des banques.... Il a le cheveu long et gras et un sweat taché... Redeviendra-t-il splendide et un prophète repus?

Et de la peinture et de la littérature enfin

Car cela nous sauve... L'art... Le Point raconte Mme Thrash, milliardaire texane qui organise des diners de gala pour financer le musée du Louvre... 

Et dans Libération, on marie peinture et littérature... et c'est une bonne éternité que voilà...

On nous raconte au musée d'Orsay, un hommage au peintre Edgar Degas, mort il y a un siècle, hommage qui s'appuie sur un texte du poète Paul Valéry, "Degas, danse dessin". L'article est signé Philippe Lançon, un homme rare dans notre journalisme puisqu'il est écrivain, et c'est donc une rencontre de mots... Je vous livre ceux-ci, de Paul Valéry sur Degas. 

Il meurt ayant trop vécu, car il meurt après sa lumière. Le commencement de sa lente diminution fut marqué par l’affaiblissement plus prononcé de sa vue. Le travail, peu à peu, devint impossible, et sa raison de vivre s’évanouit avant sa vie. Une des dernières œuvres qu’il ait faites fut son portrait à barbe blanche, hirsute et courte, et à casquette. Il le montrait et disait: Je ressemble à un chien

Et voilà donc les mots d'un grand écrivain, parlant d'un immense artiste, quand la vie lui fait défaut. Ce deuil n'a rien de déprimant. 

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