(Nicolas Demorand : "Et dans la presse, aujourd'hui, stupeur et tremblements")... Frémissements de bonheur, secousses de malheur, spasmes de douleur... Le 12 janvier dernier, à Port-au-Prince, Stéphanie a senti trembler au même moment sa terre et son ventre. Dans le ventre, il y avait un bébé. "Mes soeurs m'ont couchée sur la terre". Par chance, il n'y a pas eu de complications. Le petit Blansky est né le 13. Aujourd'hui, il va aussi bien que possible quand on vit sous des baches de fortune, où la température dépasse les 40 degrés. Blansky est un bébé "Tremblement". Il y en a des centaines comme lui, raconte Olivier Tallès dans La Croix, ce matin. A Port-au-Prince, le 12 janvier et les jours suivants, le stress, l'émotion et les secousses ont entraîné la naissance de dizaines de bébés. Evidemment, pour ces fragiles parmi les fragiles, le suivi médical est très lacunaire. Avant le séisme, Haïti avait déjà le plus fort taux de mortalité maternelle et infantile de l'hémisphère nord. La catastrophe du 12 janvier n'a pas arrangé les choses. C'est pourtant cette génération aussi qui reconstruira Haïti. Ce week-end, les pays du G7 ont fait un geste : ils ont annulé la dette d'Haïti. (ND : "Et à propos de dette : le mot est encore à la Une des journaux")... "Une dette qui prend la tête", titre 20 Minutes ce matin. Et la presse économique se demande si les marchés vont à nouveau attaquer la Grèce, le Portugal et l'Espagne, accusés d'être trop endettés. Question à la Une de La Tribune : "Un Etat peut-il faire faillite ?". Réponse de Sophie Gherardi dans l'édito : "Non. En tout cas, pas comme une entreprise qui mettrait la clé sous la porte. Quand on dit qu'un Etat fait faillite, en réalité ce sont ses créanciers qui se retrouvent le bec dans l'eau". La journaliste cite le cas du Mexique, en 1982. Le FMI et les pays créanciers s'étaient organisés pour restructurer et étaler la dette. Mais au passage, ils avaient imposé leur manière de voir l'économie : coup de frein sur la consommation, et privatisations. Certains l'ont payé d'une véritable régression sociale. Les Echos rappellent que ces vilains marchés, qui attaquent la Grèce notamment, ne sont rien d'autre que l'internationale des épargnants : des retraités ou futurs retraités qui ne veulent pas placer leur argent n'importe où. C'est la solidité de la zone euro qu'ils testent. Principale faille : pas de politique économique coordonnée entre les Etats cigales et les Etats fourmis. Résultat : certains vivent au-dessus de leurs moyens. Les 27 tiendront un sommet jeudi, notamment sur ce thème. Pour La Tribune, si la Grèce se trouvait vraiment en grande difficulté, une solution serait trouvée à l'échelle de la zone euro. En tout cas, même les plus grands Etats ne sont pas épargnés. Pour les économistes de chez Barclay's, dans La Tribune, même le Royaume-Uni et les Etats-Unis devront un jour ou l'autre payer leurs emprunts à des taux d'intérêt beaucoup plus élevés. Et terminons sur ce sujet technique avec une anecdote... Un Etat peut-il faire faillite ? Oui. C'est la fameuse histoire des emprunts russes, qui trouve un prolongement ce matin à la Une du Figaro. La justice française vient de donner à l'Etat russe la propriété de la cathédrale orthodoxe de Nice. Et du coup, l'Association des porteurs d'emprunts russes veut faire saisir l'édifice. Ils seraient encore plus de 300.000 à détenir ces obligations pourries d'un autre temps. Valeur totale estimée : 100 milliards d'euros. Si la France n'a pas de souci pour l'instant pour emprunter sur les marchés, le climat social y est particulièrement morose en ce début d'année, résumé avec beaucoup d'informations à la Une des Echos. Les entreprises ne devraient pas beaucoup augmenter les salaires cette année. La liste des entreprises où la question tourne au conflit s'allonge. Et puis autre information : la filière automobile est loin d'être sortie de la crise, les sous-traitants notamment. 40 à 50.000 emplois pourraient être supprimés cette année. En cette période difficile, comment protéger les plus fragiles, ceux qui n'ont pas de toit ? Eh bien, en réquisitionnant les logements vides. "Les Français disent oui", titre L'Humanité. Selon un sondage, 69% des personnes interrogées défendraient cette solution. (ND : "Et nous partons maintenant au Yemen")... A l'heure où l'on présente ce pays comme une des bases arrière du terrorisme, un reportage de la revue XXI montre à quel point le pouvoir central est impuissant face aux seigneurs locaux, véritables tyrans des temps modernes. C'est un reportage de François-Xavier Trégan. L'histoire commence en mars 2008. Une cinquantaine d'hommes sont figés sur des nattes dans une cour carrelée, face au Parlement de Sanaa. Ce sont des paysans analphabètes. Ils ont mis trois jours pour venir de leur campagne, à pied et en bus. Ils ont lancé un défi à leur cheikh : le cheikh Mansour. Depuis des années, cet homme, qui est aussi le poète officiel des puissants, leur fait subir toutes les misères du monde. Le cheikh et ses sbires volent leurs moutons, ils détruisent leurs plantations, ils assiègent leurs maisons... C'est à l'hiver 2005 que la révolte a pris corps. Alors chaque année, les paysans du village de Jaasheen vont à Sanaa pour essayer d'obtenir justice. Chaque année, ils reviennent les mains vides. Pour XXI, François-Xavier Trégan a réussi, avec beaucoup de patience, à rencontrer le cheikh. C'était dans l'une de ses nombreuses maisons, faite de pierre et de briques mauves. Deux coupoles au sommet, fontaine dans la cour, bougainvillées sur la façade. Le cheikh l'a reçu dans un salon décoré de tapis et de photos, notamment celle de Saddam Hussein. Il lui a offert un jus d'orange. Mais des paysans de Jaasheen, il n'a pas pu être question. Et celui qui a mené la contestation, le policier Mohammad, s'accroche à un espoir : "Nous avons donné l'exemple. Les autres suivront". Voilà... C'est à lire dans XXI. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, XXI, c'est une revue qui a renouvelé la pratique du journalisme ces deux dernières années, avec des reportages très loin ou très près de chez nous, parfois en bandes dessinées, une très belle maquette et des histoires qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Vous la trouvez dans beaucoup de kiosques ou de librairies. (ND : "Changement de décor... Nous poussons la porte d'un bistrot")... Oui, nous parlons beaucoup, ce matin, d'identité nationale. Voilà que deux symboles de la France "baguette et béret" sont menacés... Le bistrot du coin, d'abord... C'est Libération qui s'est accoudé au zinc. Mais des zincs, justement, il y en a de moins en moins. L'an passé, 2000 troquets ont fermé à Paris et en Ile-de-France. Et deux fermeraient chaque jour en province. Les buvettes ont même fait l'objet d'un colloque au Sénat. Comment expliquer ce déclin ? Il ne date pas de l'interdiction de la cigarette, mais elle n'a rien arrangé. Le prix du "petit noir", qu'il n'est pas rare de payer 2,50 €, a joué un rôle aussi. Quand il faut faire la misère à son porte-monnaie pour remplir une grille de turf en discutant le bout de gras, on préfère rester chez soi. Car c'est ce modèle-là, de café, qui part en capilotade : le vieux café populo pas cher. C'est ce qu'explique une sociologue à Libération. Le phénomène a commencé il y a quinze à vingt ans. On a éliminé les comptoirs pour éviter le côté "repaire d'alcooliques". On a modernisé le décor, devenu plus "lounge". Puis on a augmenté les prix. Or, le café d'autrefois, c'était aussi le salon du pauvre : un endroit pour les entre-deux de la vie quotidienne et les rencontres en tout genre. Nous v'la déjà tout tremblants. Et j'en remets une tournée. Le Beaujolais aussi est menacé... Ca, c'est à lire dans Lyon Capitale. Le mensuel raconte comment l'urbanisation des campagnes à proximité de Lyon est en train de grignoter les vignobles du Beaujolais. Ajoutez à cela la crise de la viticulture en général et la mauvaise réputation du "Beaujolpif", à cause de ce vin infect qu'on nous fait boire en novembre chaque année. Et pourtant, le Beaujolais, ce n'est pas que ça. Bernard Pivot et le critique Périco Légasse viennent de lancer "le Comité de défense du Beaujolais". Pivot y va de sa tirade dans Lyon Capitale... "Le Beaujolais, c'est un vin de lutte des classes. C'est le vin des bleus de chauffe et le vin des costumes-lavallière... le vin de la vache qui rit et le vin du gigot qui pleure... le vin de la gauche saucisson et le vin de la droite pot-au-feu... le Beaujolpif des meetings et le Saint-Amour des mariages"... Après tout cela, silence ! Je n'ai plus qu'à vous souhaiter une journée qui ait de la cuisse...

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