Patrick Cohen : Dans la presse ce matin, tout est question d'étoffe... Bruno Duvic : Fin d'hiver 2011 : vêtement à la mode : la robe noire... Robes noires et colère de la même couleur pour les magistrats... Presse-Océan, Sud-Ouest, Le Progrès, L'Humanité, Libération... La colère des juges est à la Une. A l'origine directe de cette révolte, la petite phrase de Nicolas Sarkozy, jeudi dernier, à Orléans, après la mort de Laëtitia : "Ceux qui ont couvert cette faute ou laissé faire seront sanctionnés". Réponse du juge antiterroriste, Marc Trévidic dans Libération : "Le chef de l'Etat désinforme les gens et fait croire qu'on a libéré de prison Tony Meillon. C'est faux ! C'est de la provocation. Ce multirécidiviste mériterait qu'on lui applique une peine-plancher". Multirécidiviste le président car ses rapports conflictuels avec le monde judiciaire ne datent pas de jeudi dernier. L'Humanité donne la parole à la journaliste de l'AFP, Dorothée Moisan. Elle vient de publier un livre sur ces relations conflictuelles. "Sarkozy, l'hyper président, est crispé par tout ce qu'il ne peut pas contrôler, dit-elle. D'où le projet de supprimer les juges d'instruction. On a parfois l'impression que pour lui, la justice est une étape de trop entre la police et la prison. Il joue les citoyens contre les juges". Alors qui, pour défendre le chef de l'Etat ? François Fillon à la Une du Figaro : "La réaction des magistrats est excessive". C'est ce que le journal appelle "Le rappel à l'ordre de Fillon". Rappel à l'ordre aussi d'Yves Tréhard, l'éditorialiste. Il juge "indigne" l'indignation des juges : "On ne peut tolérer les accès de fièvre corporatistes. Que cesse l'indignation d'une profession qui donne le sentiment de se croire au-dessus des lois. L'épisode pitoyable d'Outreau n'aurait-il servi à rien ?" Au-delà des anathèmes, des deux côtés, au coeur du débat, la question des moyens accordés à la justice pour le traitement et le suivi des dossiers. Les chiffres publiés par La Provence sont impressionnants ! Au tribunal pour enfants de Marseille, un juge s'occupe en moyenne de 450 dossiers. Quant au budget de fonctionnement du tribunal de Tarascon : 178.000 euros hors salaire, c'est le salaire mensuel du footballeur de l'OM, Mathieu Valbuena, ironise le président du tribunal ! Libération rappelle la réponse de François Fillon à cet argument des moyens : "Je sais que cette question est posée, mais l'urgence est d'améliorer l'organisation et les méthodes de travail". La journée nationale de mobilisation des magistrats, c'est jeudi. Au-delà de cela, La Dépêche du Midi sent monter une crispation dans tous les services publics... justice, mais aussi police, école et hôpital. C'est ce que Franck Nouchi appelle "Le grondement d'Etat" dans sa chronique du Monde. Nouchi qui constate au passage que "le Sarkozy nouvelle étoffe, calme et serein, n'aura duré que le temps des vœux". Patrick Cohen : Les autres titres de la presse, Bruno… Bruno Duvic : Les journalistes doivent se retrousser les manches. La confiance des Français vis-à-vis des médias est en légère baisse, selon le baromètre annuel de La Croix. De 48 à 46% pour la télévision. C'est toujours Internet qui inspire le moins confiance et la radio qui inspire le plus confiance. Le commerce extérieur de la France en caleçon... "Le déficit commercial s'envole" titrent Les Echos. Plus de 50 milliards d'euros l'an dernier. Libération taille un costard à quelques députés UMP. Ils s'apprêtaient à rendre visite à Laurent Gbagbo. L'Elysée les a instamment priés de rester à Paris. Et puis, Yoann Gourcuff a-t-il l'étoffe d'un champion ? A la veille de France/Brésil, L'Equipe fait sa Une sur "le mystère Gourcuff". Il devait être le nouveau Zidane, mais il peine à confirmer les espoirs placés en lui. Patrick Cohen : Et puis, bien sûr, il est encore question de la Tunisie et de l'Egypte dans les journaux... Bruno Duvic : Une goutte de jasmin pour parfumer toutes ces étoffes... De quel vêtement se pare la Tunisie moderne ? Comment se passe la reconstruction de ce pays après 23 ans de dictature ? Portrait d'un ministre sans cravate dans Libération. L'ex-bloggeur devenu secrétaire d'Etat, Slim Amamou. Il raconte sa nouvelle vie sous la pression de ses anciens amis qui l'accusent d'avoir trahi en entrant dans un gouvernement aux figures des membres du parti de Ben Ali. Son programme : défendre la liberté d'expression sur Internet au sein du nouveau système politique. "Une fois qu'on est dans ce réseau, dit le "ministre gazouilleur", comme l'appelle Libé, on ne peut plus s'isoler et faire n'importe quoi". Ceux qui participent à la reconstruction de la Tunisie, ce sont aussi des hommes et femmes qui s'étaient établis en France où ils ont décroché les diplômes les plus prestigieux. Ils sont Tunisiens ou Franco-Tunisiens, et aujourd'hui ils donnent un coup de main, comme Hakim el-Karoui, ancienne plume de Jean-Pierre Raffarin à Matignon. Juste après la chute de Ben Ali, il a passé trois jours à aider le nouveau premier ministre. D'autres sont carrément devenus membres du gouvernement du jour au lendemain. Mehdi Houas, par exemple, fondateur d'une société informatique à Paris. Il est désormais ministre du Commerce et du Tourisme. Il n'a eu que quelques minutes pour se décider. Il a laissé femme, enfants et associés au pied de la Tour Eiffel. "C'est un engagement patriote" dit-il. Il y a ceux qui préparent l'avenir et ceux qui empêchent que les traces du passé soient effacées. Dans Le Figaro, Delphine Minoui montre ces employés des Archives nationales de Tunis qui se sont battus pour que Ben Ali et ses proches passent le moins possible les documents compromettants à la broyeuse. Tous les fonctionnaires sont invités à garder précieusement tous les documents mais beaucoup ont déjà disparu. Où en est la Tunisie ? Le premier ministre veut gouverner par décret pour contourner le Parlement toujours contrôlé par des membres du parti de Ben Ali, parti qui doit être dissout. Les élections sont prévues dans six mois. La pression de la rue reste constante pour que l'ancien régime chassé par la porte ne revienne pas par la fenêtre. Dans Les Echos, l'ancien chef du Quai d'Orsay, Hubert Védrine, estime que "les Tunisiens ont admirablement franchi les premières étapes vers la démocratie. Mais le processus peut prendre des années. En Europe, il a pris, au bas mot, un ou deux siècles". Patrick Cohen : Evidemment, dans ce contexte, le destin d'Andrée Chedid a des échos dans l'actualité... Bruno Duvic : Elle appartenait à cette génération d'intellectuels empreints d'Orient, fins lettrés qui avaient le Français en partage. Andrée Chedid, mère de Louis, grand-mère de Mathieu. La famille avait quitté le Liban au 19ème siècle et s'était installée en Egypte. Puis, Andrée Chedid était venue en France dans les années 40, elle parlait arabe, anglais, français. La Croix dresse le portrait de cette écrivain et poète dont l'œuvre était emplie du soleil du Nil et des feuilles mortes sur les rives de la Seine. La presse cite ses mots, doux, jolis ou drôles : "Il est vital pour le poète de lever des échos et de le savoir. Il a besoin que sa terre soit visitée". Quand elle était enfant, une bonne sœur du pensionnat du Caire lui avait dit que la poésie était un métier de paresseux. Alors "vive la paresse !" avait-elle répondu. Le dernier recueil d'Andrée Chedid s'appelait "L'étoffe de l'univers". A demain !

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