Dans la presse ce matin : Ne cherchez plus Charlie

C'est plus qu'émouvant, c'est bouleversant de voir qu'une bande de rigolos est ce matin dans la presse la chose la plus importante du monde.

Du monde, ce n'est pas une caricature.

The Philippine Star , The Jakarta Post , Al Qabas au Koweit, The Shangai Daily , The Herald Sun en Australie, La Pravda , Zaman en Turquie, The Times , The New York Times et tous les autres, presque tous les autres...

Ne cherchez plus Charlie , il est partout.

Une collection de ses Unes recouvre la couverture et la dernière page du Berliner Zeitung

Charlie Hebdo en première page de la Frankfurter Rundshau sur fond noir et cette devise, la liberté d'expression demeure.

"Somos todos Charlie Hebdo" à la Une d’El periodico de Catalunya - photo de bougie.

Et la presse danoise, qui en connait un rayon en matière de menaces depuis l'affaire des caricatures de Mahomet. La presse danoise au premier rang, Jyllands Posten en particulier, où avaient été publiées les caricatures. Fond noir, là encore, et quelques mots pour dire l'essentiel : « La terreur nous rappelle que le monde libre a un projet commun : préserver notre ordre démocratique contre la folie religieuse. »

Même The Sun se met à parler français. A la Une du tabloïd, qui aime tant d'habitude donner dans le ‘’frenchbashing’’, un mot dans notre langue : « Non ».

Charlie Hebdopartout, jusqu'à remplacer le nom de ses confrères.

Ne dites pas ce matin Paris Normandie , mais Charlie Normandie , pas Le Havre Libre , mais Charlie Libre .

La presse Française est meurtrie mais vivante, avec ses Unes, ses titres, ses dessins, ses éditos.

Ouest France , édition du soir hier, Le Courrier Picard ce matin, même titre : « Balles tragiques à Charlie Hebdo, 12 morts ».

Dans L'Echo Haute vienne , un crayon remplace un doigt, le majeur, dressé bien haut.

Essayer d'être grinçant et drôle comme pour dire, avec les Unes de Corse Matin , L'Indépendant catalan , Nord Littoral , La Dépêche du Midi : "Je suis Charlie".

Je suis, « Nous sommes Charlie », à la Une de Libération .

Nous, c'est à dire « la démocratie, la liberté, la république, précise Thierry Borsa dans son éditorial du Parisien-Aujourd’hui en France . Tout ce que les fanatiques de l'Islam ne supportent pas. Notre droit de tout dire, tout écrire, tout commenter librement. »

L'attentat d'hier à Paris, c'est « La liberté assassinée » pour Le Figaro , « La liberté qu'on assassine » pour L'Humanité - presque le même titre, il faut que l'heure soit grave – « La France meurtrie » dans La Croix .

« Liberté 0, barbarie 12 », titre L'Equipe qui, exceptionnellement, consacre ses trois premières pages à autre chose que le sport. En couverture, dessin de Soulcié : des spectateurs devant un très mauvais match, un père en tribune cache le visage de son enfant.

Des dessins partout, c'est une autre façon pour les journaux de rendre hommage aux victimes d'hier. Le dernier croquis de Charb reproduit dans les quotidiens. Des desins de caricaturistes de presse dans les colonnes, sur les sites Internet, les réseaux sociaux. Et ce motif qui revient : deux crayons dressés comme deux tours jumelles sont menacés par un avion ou prennent feu. Sous le plume de Ransom dans Le Parisien , de Geluck ou du hollandais Oppenheimer.

Dessin venus du monde entier là aussi. Car Dieu est humour, comme le fait dire l'Algérien Dilem à son personnage. L'Algérie qui dit sa solidarité à travers l'édito d'Omar Belhouchet dans El Watan .

Des crayons dressés comme des tours… L'attaque d'hier, c'est « Le 11 septembre de la pensée libre en France », titre le quotidien libanais L'Orient le jour .

Quelles conséquences en France ?

La première c'est cette photo qui court sur les pages 2 et 3 de Libération : 35.000 personnes rassemblées à la République hier. Et des dizaines de milliers à travers la France. « La France debout » écrit Libé en légende.

Dans Les Echos , Cécile Cornudet veut croire qu'après cet attentat, la France, « qui vacille sur ses fondamentaux et ne sait plus parler autrement que par anathèmes, redécouvre son attachement à la liberté de parler de tout. »

Quelles conséquences en France ? Nous sommes face à une guerre pour Alexis Brézet, le directeur du Figaro . « Une guerre menée par des assassins de l'ombre, des tueurs méthodiques et organisés dont la tranquille sauvagerie glace le sang. »

Mais « nous ferons face » répond François Rgéis Hutin dans Ouest France . « Ces agressions nous font sortir de notre passivité, nous mobilisent, nous dressent comme un seul homme pour, non seulement résister, mais pour affirmer plus fortement encore ce que nous sommes, ce que nous portons, ce à quoi nous croyons : la liberté de penser. »

Unité… Pas d'amalgame… Ces appels reviennent dans beaucoup de colonnes.

Mais on devine, à travers les tribunes et les interviews que des débats sensibles vont vite monter. Renforcer les moyens policiers : oui ou non et jusqu'où ? L'Amérique a perdu une partie de son âme après le 11 septembre…

« Pas d'amalgame » disent les uns, « pas de naïveté » non plus, répondent les autres. Déjà un Pascal Bruckner appelle dans les colonnes du Figaro les Français de confession musulmane à se mobiliser. Dans le cas inverse, leur silence nourrira inévitablement l'amalgame entre Islam et fanatisme.

Où l'on retrouve le contexte de tension et d'obsession pour l'Islam dans lequel cet attentat survient. La rafale des Unes des hebdomadaires bouclée avant l'attaque est édifiante. Houellebecq à la Une de L'Obs . Dans Valeurs Actuelles et si Houellebecq avait raison. Couverture du Point , la vraie vie de Mahomet.

Parmi les hebdos, Marianne a modifié sa Une au dernier moment. Le dessin de Tignous désormais célèbre, un doigt divin écrase un petit barbu méchant : « Allah est assez grand pour défendre Mahomet tout seul, compris ? »

Ne cherchez plus Charlie , lisez le, regardez les... Ces dessins, ces photos, ces noms de victimes auquel la presse rend hommage. Toutes les victimes. De l'agent de maintenance à l'accueil du journal aux policiers en passant par les dessinateurs stars.

« Ils ont tué Cabu, ils ont tué Cabu »... L'éditorial de Laurent Joffrin commence comme un sanglot.

Mais les pages des journaux sont pleines de rire. C'est un festival de dessins et de mauvais goût.

Le beauf de Cabu lit le journal qui parle de chômage et de pouvoir d'achat : « Si les Allemands avaient gagné, on n'en serait pas là ».

Wolinski, cigare et smoking sur un canapé entouré de femmes toutes plus à poil les unes que les autres. C'est titré « Autoportrait ».

Charb, au moment des JO d’hiver sur France télévision. Il dessine Nelson Montfort et Philippe Candeloro. « Des JO de merdre commentés par deux trous du cul ».

Les vœux d'Honoré dans le journal d'hier. Ils sont prononcés par le chef d'Al Qaida Al Baghdadi. « Et surtout la santé » dit-il. Terrible

Terrible de relire le dernier édito, le dernier apéro d'Oncle Bernard Marris dans Charlie Hebdo hier. Il y dissertait de cette question : y'a-t-il une société viable sans religion ? Et répondait, notamment qu' « on peut être athée et posséder en premier lieu l'atruisme ».

La Bande de Charlie est au ciel. Et déjà, sous le crayon de Gee, l'un de leurs collègues dessinateurs qui leur rend hommage, ça se passe moyen.

Perchée sur un nuage, la bande pisse joyeusement sur deux terroristes en dessous. Un ange à leur côté sur le nuage est désespéré. Et voilà : « C'est déjà le bordel »

A demain

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