Un couple percuté par deux plans sociaux, elle à Hop!, lui chez Nokia, le Télégramme. Des écrivains et intellectuels, Noam Chomsky, Gloria Steinem, en appellent au respect des opinions dissidentes, quand la gauche américaine engagée contre Trump cède à l'intolérance et à la censure, le Monde.

On parle d'une femme épuisée...

Qui cache son visage de sa main à la une du Bien Public, elle s'appelle Meriem, elle a 56 ans, et le titre du journal dit son histoire, AU BOUT DU ROULEAU APRES 53 CDD EN DIX ANS... 

53 contrats à durée déterminée... Elle va en justice, Meriem, contre la ville de Dijon pour laquelle elle nettoyait des écoles et servait aussi dans des cantines sans jamais avoir été « déprécarisée », c'est le mot qu'on emploie pour dire qu'on donne des CDI aux gens à l'usure, elle aurait dû enfin obtenir son CDI  en septembre dernier, ça se donne à la rentrée scolaire, on le lui avait promis en janvier 2019, mais à peine a-t-elle su la bonne nouvelle, Meriem a été victime d'un accident du travail, elle est tombée dans les escaliers, arrêtée un an, et voyez-vous, on ne peut pas déprécariser des gens qui sont en arrêta de travail... On lui parle maintenant de septembre prochain, elle est sous anti dépresseurs. 

En comparaison de Meriem, les époux Pichon vont bien qui sourient encore en une du Télégramme. Ils ont trois enfants, lui Mathieu ingénieur travaille chez Nokia à Lannion, elle Nathalie travaille aux ressources humaines chez Hop! la filiale d'Air France, au centre de formation des pilotes de Morlaix,  les voilà tous les deux en même temps, touchés par des plans sociaux annoncés et l'atroce incertitude, sera-ce la fin de Nokia à Lannion et le chômage pour Mathieu, Nathalie sera-t-elle forcée d'aller travailler dans un autre site de Hop! à Nantes... Ils manifestent tous les deux aujourd'hui, lui avec les Nokia a Paris, elle avec les Hop! à Morlaix, elle emmènera les enfants... 

Ainsi résiste-t-on en France. 

Sur le site de Street-Press, du Parisien, dansLibération site et papier sur deux pages, mais aussi sur Loopsider, media de vidéos engagées on raconte la lutte d'un quartier populaire, les Raguenets à Saint-Gratien, Essonne, pour son mini stade de football, que la mairie de la ville a fait saccager à la fin du mois de mai: la pelouse synthétique a été arrachée, on a déposé des blocs de béton sur le terrain... Pourtant ce terrain était une légende, surnommé la Bombonera, l'exutoire des enfances mais aussi une gloire du quartier, une équipe de street football y était née, la Toho, c'est une référence à un dessin animé japonais, « Olive et Tom »... La Toho est la meilleure équipe de football de rue du monde, elle gagne des tournois à l'étranger, elle accueille en sa Bombonera une coupe d’Afrique des quartiers, mais la mairie de Saint-Gratien , l'ancienne édile Jacqueline Eustache -Brinio, aujourd'hui sénatrice, et son successeur le jeune Julien Bachard, ne voient dans la Bombonera et dans les Raguenets que désordre, dissidence, agitation, trafic... Et voici la France coupée en deux, entre des autorités locales qui penchent à droite dure, n'aiment pas les femmes voilées et moins encore les migrants à qui il est arrivé qu'on refuse la cantine scolaire, et un quartier évidemment métissé qui trouvait son petit bonheur. La sénatrice Eustache-Brinio a grandi aux Raguenets, sa maman y vit toujours, mais elle s'y fait agresser il y a onze ans dit Street press, la vie est triste parfois, il faudrait tout comprendre des raisons qui nous rendent hostiles...

On parle aussi de tolérance ce matin...

Le Monde publie un texte d'intellectuels et écrivains majoritairement anglo-saxons qui défendent le droit au libre débat...Parmi eux la grande féministe Gloria Steinem, la romancière Margaret Atwood, le linguiste Noam Chomsky, l’écrivain algérien Kamel Daoud aussi, ce sont 150 grands noms du progressisme  qui alertent contre les dérives de leur camp, un climat d'intolérance qui a gagné les gauches en lutte contre Donald Trump, : "Notre résistance ne doit pas conduire au dogmatisme ou à la coercition. La censure se répand aussi largement dans notre culture, intolérance à l’égard des opinions divergentes, tendance à dissoudre des questions politiques dans une certitude morale aveugle..."

Le Monde nous rappelle les ravages que fait aux Etats-Unis ce qu'on appelle la "cancel culture", une culture de l'annulation des opinions dissidentes, pour ne pas gêner les combats en cours, Black lives matter en premier lieu. Le directeur des pages « opinion » du New York Times a été licencié après la parution d’une tribune signée par un sénateur républicain; un analyste de données a perdu son emploi dans une société de conseil politique proche des démocrates... Il avait retweeté une étude de l’université de Princeton, qui tendait à démontrer que les manifestations violentes avaient un impact  positif sur le vote républicain.. il a donc été accusé de nuire aux manifestations de colères des populations noires contre le racisme... 

Ce texte survient quand partout s'entrechoquent des luttes des revendications identitaires...  Libération emboite le pas aux militantes féministes fâchées de l'ascension de Gérald Darmanin qu'une femme accuse de viol et de Me Dupontd-Moretti réputé antiféministe, mais Dupond-Moretti a placé son ministère sous le signe des droits de l'homme... Intolérance des militantes ou contradiction du ministre? Le Monde raconte comment les ONG humanitaires s'interrogent sur leur appréhension des questions raciales...

Le magazine Têtu, journal universel de culture homosexuelle, dont le numéro d'été est superbe, s'interroge sur le racisme qui existerait dans les milieux gays, on trouve trop souvent sur l'application Grinder, où draguent les garçons, des descriptions offensantes, pas de noir, pas d'asiatique et dans une minorité assiégée on reproduit des clichés raciaux...

Cela se lit avec prudence, pour admettre  les contradictions de chacun.

Le Figaro et la Croix s’arrêtent sur deux films israéliens qui sortent à une semaine d’intervalle, Chained et Beloved, qui racontent la même rupture, vue de l’homme et de la femme.  

Dans Têtu encore on trouve un vieux sage octogénaire, qui rit de sa mort possible, il n'aurait pas aimé tomber du Covid 19 mais surtout témoigne de sa vie d'engagement, Daniel Defert créa Aides, association centrale de la lutte contre le Sida, et avant cela, avait été le compagnon du philosophe Michel Foucault, qui cherchait les clés de la liberté, des coercitions, qui mourut du Sida sans que la médecine ne le dise à son amoureux.. Foucault mort, Daniel n’eut plus peur pour lui, et se battit pour l'humanité... C'était âpre et sans haine. Lisez.

Et on parle enfin de la beauté des corps...

Et c'est toujours dans Têtu où le cinéaste François Ozon raconte comment on peut on doit érotiser les corps masculins au cinéma comme les corps des femmes, il le pratique dans son nouvel opus, Eté 85, dont les deux jeunes acteurs, racontent leurs baisers et leur amitié

Mais il n'est pas que des corps mâles où bruissent les sentiments... Un corps à la frontière de sa vie, celui d'une adolescente, émeut Libération, une jeune gymnaste apprentie, Leigh, il s'agit d'un film nommé « L’Envolée », qui donne le point de vue d'une enfant : « Savoir se cabrer, rester dure et faire front contre l'insignifiante réel et tout ce qui nous retient d'y danser. » Superbe...

L'Equipe enfin nous raconte un homme que le cancer a vaincu, et dont la vie a consisté à capter le beau forcément éphémère de la magie du sport, il s'appelait Richard Martin, il installait ses appareils photos au fond des piscines pour saisir les nageurs et se réjouissait, elle n'est pas mal celle-là disait-il en montrant ses photos… 

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.