Un meilleur climat... La presse salue ce matin cet accord conclu à l'arraché au Sommet du G8, sur les rives de la Baltique... "Un meilleur climat", dit Libération en Une, mais qui tempère tout de suite en titre intérieur : "Un accord tiède sur le réchauffement"... un accord sans contraintes ni objectifs chiffrés... un de ces accords a minima, dit Libé, où tout le monde sort gagnant, comme à "L'Ecole des Fans"... Surtout si la grande victoire du G8 repose sur l'adverbe "sérieusement" glissé dans le communiqué final... C'est Patrick Fluckiger, dans L'Alsace, qui émet des doutes sérieux sur cet adverbe... "Eh oui, dit Fluckiger, grâce à la France, les 8 pays les plus industrialisés vont s'attaquer non seulement "substantiellement", mais aussi "sérieusement" au réchauffement de la planète... Ouf !... Voilà qui fait chaud au coeur... Mais avec ou sans ce mot, "arraché par moi", a dit le Président Sarkozy, à l'extrême fin de la dernière séance de travail, le compromis reste boiteux... Les objectifs sont sympathiques, dit Fluckiger, mais ce ne sont pas les grandes phrases qui pèsent le plus lourd... Par exemple, le G8 se donne pour objectif de diviser par 2 les émissions de gaz carbonique d'ici 2050... mais sans préciser quelle est la base de calcul... Et pour cause : les Américains ont fait supprimer toutes les références chiffrées qui étaient dans le texte initial... "Sérieux, vous avez dit sérieux ?"... Le Figaro a préféré retenir ce matin l'information la plus neuve du G8... Vladimir Poutine propose désormais un bouclier anti-missiles commun à George Bush... En somme, relève Le Figaro, plutôt que de mettre des radars en République tchèque ou des missiles en Pologne, pourquoi pas installer un site commun, par exemple dans l'ex-République soviétique d'Azerbaïdjan ?... C'est la mise en application du célèbre proverbe américain "If you cannot beat them... join them"... "Si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les"... Bien loin des grands de ce monde, Didier Pobel publie ce matin, dans Le Dauphiné Libéré, un article intitulé "Le silence de la mer"... "18 cercueils, écrit Pobel... 18 cercueils en pin, alignés sur deux rangs... Avec un simple code : 33A, 33B, etc... et une petite plaque : "Inconnu mort en mer, mai 2007"... C'était à Toulon, hier matin, écrit le journaliste... Un de ces micro-événements qui font moins de bruit qu'un vague compromis du G8 sur les rives de la Baltique... C'était des obsèques pas tout à fait comme les autres... celles de 12 hommes, 4 femmes et 2 enfants, dont les corps ont été hissés vendredi dernier sur un bâtiment de la Marine nationale, en Méditerranée... Macabre pêche au large de Malte, dit Pobel... là où croisent parfois des yachts menant grand train... 18 migrants, tombés de leur embarcation de fortune, ou poussés par dessus bord... Ils ont eu droit à quelques fleurs, posées sur leur caisse en bois... On a lu pour eux des prières dans les trois religions monothéistes... Si d'ici 5 ans, leurs dépouilles ne sont pas réclamées... mais par qui le seraient-elles ?... c'est un ossuaire qui les accueillera... Comme des soldats inconnus"... Voilà... C'est Didier Pobel, dans Le Dauphiné Libéré... Et cela s'appelle "Le silence de la mer"... Les leçons d'une victoire... pour les uns... Les leçons d'une défaite... pour les autres... C'est, à la veille des législatives, l'étude du CEVIPOF, à Sciences-Po, que publie, sur une double page, Le Monde daté de ce vendredi... On y rappelle les grandes lignes de la victoire présidentielle de Nicolas Sarkozy... sa faculté à réunifier les droites françaises... à capter l'électorat du Front National... et la moitié des voix qui s'étaient portées sur François Bayrou au premier tour... Il y a des précisions inédites, pointées par le directeur du CEVIPOF, Pascal Perrineau... Savez-vous qu'au second tour, un tiers des sympathisants d'Arlette Laguiller a voté Sarkozy ?... Décoiffant non ?... La moitié des sympathisants de Chevènement a voté Sarkozy... 20% des sympathisants des Verts ont voté Sarkozy... Mais le plus intéressant, et de circonstance aujourd'hui, c'est l'étude de Jérôme Jaffré, qui concerne notre invitée ce matin sur France Inter : Ségolène Royal... D'emblée, Jérôme Jaffré pose la question dans Le Monde... "Depuis le 6 mai au soir, dit-il, on ne sait plus très bien s'il faut considérer le score de Ségolène Royal comme une défaite prometteuse... une quasi-victoire... ou un échec sans appel"... Je vous donne tout de suite la réponse, qui est dans le titre de l'article : "l'indiscutable défaite de Ségolène Royal"... "L'examen de la sociologie du vote démontre, dit Jaffré, que Madame Royal a dominé Nicolas Sarkozy dans trois catégories : les jeunes, les diplômés... et les minorités... La candidate socialiste a donc fédéré, en bas les exclus, et en haut ceux que Jaffré appelle dans son jargon les "insiders", c'est-à-dire les diplômés, les habitants des grandes villes, les salariés du public... Mais Ségolène Royal, poursuit Jaffré, a échoué au sein de la France modeste, âgée, non-urbaine et ouvrière... La démographie du vote est redoutable... Seulement un tiers des personnes âgées de plus de 65 ans a voté Royal... Si on faisait l'hypothèse absurde, écrit Jaffré, d'interdire le vote aux plus de 65 ans, Ségolène Royal serait aujourd'hui Présidente de la République... Madame Royal, puisque vous êtes avec nous... Qu'est-ce que vous inspire cette étude sur les villes qui ont voté pour vous, mais pas la province ?... et le fait qu'à partir de 60 ans, on ne vote plus beaucoup à gauche ?... On va terminer sur deux grandes artistes... Patti Smith et Sophie Calle... La grande rockeuse était de passage à Paris ces jours-ci, pour un concert à l'Olympia... Et Marie-Dominique Lelièvre lui tire le portrait, en dernière page de Libération... "Patti Smith fait son entrée dégoulinante, sous la pluie, Place des Vosges à Paris... Son grand chapeau, écrit la journaliste... ses longs cheveux gris en papillotes... sa redingote élimée, lui donnent l'allure d'un rabbin... C'est la styliste belge Anne Demeulemeester qui habille Patti Smith... Rabbi Patti... Les manches de sa redingote se déboutonnent pour qu'elle puisse jouer de la clarinette... "Avec les fringues qu'elle me fait, dit la chanteuse, je peux me coucher tout habillée, me lever et monter aussi sec sur scène"... Patti Smith revient de la Fondation Cartier, qui va lui consacrer une expo l'an prochain... "L'endroit est vraiment chouette, dit-elle... C'est juste à côté du cimetière du Montparnasse"... Patti ne manque jamais la tombe de Baudelaire lorsqu'elle vient à Paris... Voilà... Tout le portrait est du même tonneau... Ca s'appelle "Vintage", et c'est formidable... Sophie Calle est LA star française de la Biennale de Venise, le grand rendez-vous de l'art contemporain dans le monde... C'est une des rares signatures françaises connues sur cette planète singulière de la création contemporaine... Sophie Calle est interviewée dans L'Express par Annick Colonna-Cesari... Et elle fait l'objet d'un portrait signé Michel Guerrin dans Le Monde... Sophie Calle a fait de sa vie privée le thème central et unique de son oeuvre, expliquent les deux journalistes... Elle met en scène son intimité, ou pénètre par effraction dans celle des autres... Elle a commencé il y a vingt ans, en suivant quelqu'un dans la rue tous les jours, et en prenant des notes et des photos... Puis, une autre fois, elle a payé un détective privé pour qu'il la prenne en filature, et qu'il fasse un rapport... Le tout bien sûr s'est retrouvé sur les murs des musées... Une autre fois, elle a ramassé un carnet d'adresses perdu dans la rue, et elle s'est mise en devoir de rencontrer toutes les personnes qui étaient dedans... Cette histoire a inspiré un roman de Paul Auster, "Leviatan"... Alors Michel Guerrin, pour Le Monde, est allé chez Sophie Calle... La photo est inquiétante... On découvre qu'elle a chez elle la passion de la taxidermie... Il y a plein de renards et de lapins empaillés... "Ils sont vivants, dit Sophie Calle, mais ils ne bougent pas"... Il y a un ours assis dans un rocking-chair qui vient d'arriver... "Quand un animal passe la porte, je lui donne un nom", dit l'artiste... Elle attend un zèbre, qu'elle nommera Daniel... "Pourquoi Daniel ?"... "A cause des rayures"... Sophie Calle n'a pas que des amis dans le monde de l'art, écrit Michel Guerrin... Certains la trouvent méchante, givrée, opportuniste, avec sa façon d'étaler ses sentiments... Mais aujourd'hui, dit-il, on la sent heureuse... Pour son prochain projet, Sophie Calle travaillera avec une voyante... Sophie Calle pleure souvent... surtout en voiture... Bonne journée...

Patrick BOYER

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