"Pommiers et cerisiers en fleurs... Vaches et moutons qui paissent dans les collines verdoyantes... Et, au loin, les montagnes aux cimes enneigées"... C'est par cette description bucolique que débute le reportage de Jean-Baptiste Naudet, dans Le Nouvel Observateur. Mais le bucolique s'estompe rapidement, car Jean-Baptiste Naudet nous emmène en Géorgie. Et voilà un reportage qui a le mérite d'exercer un authentique droit de suite, neuf mois après les affrontements entre Russes et Géorgiens, neuf mois après l'accord de paix négocié, notamment, par Nicolas Sarkozy. Et que nous dit l'envoyé spécial de l'hebdomadaire ? Il nous dit que là-bas, la guerre continue. Simplement, aujourd'hui, elle n'intéresse plus les médias. Naudet raconte "la guerre des nerfs au quotidien : tirs de snipers, mines et bombes télécommandées". Il raconte l'incapacité des gendarmes français à inspecter la ligne de front russe. Il raconte le désarroi de Dali. Cette paysanne de 60 ans ne peut pas retourner chez elle car, contrairement à leurs engagements, les Russes ne se sont jamais retirés sur leurs positions d'avant-guerre. Et Dali interpelle le Président français : "Dites bien à Sarkozy que son accord est un désastre parce que les Russes le violent !", s'exclame-t-elle. Quant au mari de Dali, explique le journaliste du Nouvel Observateur, "il a refusé de quitter sa maison. Les soldats russes l'ont abattu comme un chien, puis ont arrosé son corps d'essence. Et craqué une allumette". Alors, en ce 8 Mai, jour de paix, ce reportage a valeur de symbole. C'est comme s'il illustrait l'éditorial de François-Régis Hutin, dans Ouest-France. Il martèle combien la paix, je cite, "demeure à construire". Et voilà un autre symbole. "C'est en ce 8 Mai, souligne Hervé Chabaud dans L'Union de Reims, c'est en ce 8 Mai, jour de commémoration de la paix retrouvée en Europe après tant d'horreurs et d'ignominies du régime nazi et de ses affidés... que Benoît XVI entame en pèlerin son voyage au Moyen-Orient". Trois jours en Jordanie, cinq jours en Israël, dont un en territoire palestinien. "Un voyage en terrain miné, le plus difficile de son pontificat", estime le chroniqueur religieux du Figaro, Jean-Marie Guénois. Pourquoi ? D'abord parce que, ce sont les mots de Guénois, "le soupçon d'antisémitisme latent à l'égard de l'Eglise catholique a repris corps. C'est la conséquence d'une double décision pontificale : le début du processus de béatification de Pie XII (le Pape demeuré silencieux face à la Shoah) et la levée de l'excommunication qui frappait l'évêque négationniste Williamson". Intéressant, dans ce contexte, de se pencher ce matin sur la presse israélienne. Un exemple : le titre du quotidien Haaretz... "Comment ce Pape né en Allemagne va-t-il parler de la Shoah ?". "Les relations judéo-catholiques sont extrêmement tendues", affirme le journal, qui donne la parole au président du mémorial de Yad Vashem, sur l'Holocauste. Avner Shalev, c'est son nom, rappelle la jeunesse trouble de Benoît XVI, son engagement dans les Jeunesses hitlériennes, son recrutement dans la Wehrmacht. Rappel fortement symbolique, lui aussi, en ce 8 Mai. La presse française est moins critique. Ainsi, L'Express estime que "les plaies ont été pansées, entre le Vatican et Israël". Pour l'hebdomadaire, c'est l'heure du grand pardon. D'ailleurs, selon un article de Libération (un article disponible uniquement sur le Net, puisque ce quotidien ne paraît pas aujourd'hui), le même Avner Shalev, dont on parlait à l'instant, disposerait de nouveaux documents confidentiels... des documents qui pourraient rehausser l'image de Pie XII : ils attesteraient que le Pape, pendant la Seconde Guerre mondiale, avait personnellement donné des consignes pour abriter des Juifs persécutés. Le voyage de Benoît XVI s'annonce difficile aussi, parce que, d'un autre côté... "les musulmans, c'est l'observation de Stéphanie Le Bars, dans Le Monde... les musulmans n'ont pas oublié la controverse née après le discours du Pape à Ratisbonne, au cours duquel il avait établi un lien entre islam et violence". Cela dit, conclut ma consoeur avec un brin d'ironie, "en dépit de ces embûches, toutes les parties ont intérêt à afficher la réussite du voyage, ne serait-ce que pour conforter la venue des pèlerins à Jérusalem et Bethleem, un secteur vital pour l'économie israélienne et palestinienne". Pour conclure sur ce voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, on a le droit de savourer le clin d'oeil, beaucoup plus léger, de Plantu, toujours dans Le Monde. Sur son dessin, le Pape, valise à la main, vient de descendre de l'avion. Devant lui, sur le tarmac, un indicateur de vent. Vous savez, ces espèces de grosses chaussettes rouges et blanches... Le vent souffle, la chaussette se gonfle... Benoît XVI prend un air effaré... et choqué ! Légende de Plantu : "Le Pape voit des préservatifs partout !". Tiens, juste en passant, puisqu'on est dans ce registre, en voici un dont les frasques ne doivent guère faire rigoler le Souverain Pontife... C'est son voisin, à Rome, Silvio Berlusconi. Plusieurs journaux italiens et suisses diffusent aujourd'hui une vidéo qui confirme, s'il en était besoin, tout le raffinement du Président du Conseil italien. On la verra par exemple sur le site de La Tribune de Genève. On y voit Silvio Berlusconi, le 25 avril dernier, en déplacement à L'Aquila, dans la zone dévastée par le tremblement de terre. Il se place juste derrière une élue de la région. Il lui met la main sur l'épaule. Et il lui demande : "Posso palpare un po la signora ?". Traduction : "Je peux tâter un peu Madame ?"... Sans commentaire... En ce 8 Mai, jour de paix... On relèvera également dans la presse deux petites guerres, beaucoup plus picrocholines. Et d'abord, cette affaire qui fait aujourd'hui les choux gras de toute la presse du grand Sud-Est... Le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Michel Vauzelle, part en guerre... En guerre contre ce que l'on appelle un acronyme... "Ce vilain acronyme, très laid, pas beau, s'insurge-t-il dans France-Soir... de... PACA... PACA pour Provence-Alpes-Côte d'Azur"... Michel Vauzelle veut lancer une consultation populaire pour changer de nom. "Ne m'appelez plus région PACA", titre, pleine Une, La Provence. "Les jours de PACA sont comptés, renchérit Var Matin. Et Michel Vauzelle s'explique : "Ras-le-bol des mauvais jeux de mots sur PACA... même si, avant, quand la Corse faisait encore partie de la région, on s'appelait même Pacac... le dernier "c" pour "Corse"... C'était encore pire". Donc, y a qu'à changer PACA. Ya qu'à. Il n'y a pas que le Grand Sud à être agité par une métaphore guerrière... Cap à l'Ouest... plus précisément en Bretagne... L'Equipe nous raconte ce matin, en long, en large et en travers, la grande rivalité entre Rennes et Guingamp, à la veille de la finale 100% bretonne de la Coupe de France. "Un monde les sépare", proclame le quotidien sportif avec solennité. 130 kilomètres seulement entre Rennes et Guingamp mais, explique L'Equipe, "ce sont deux esprits totalement différents qui vont en découdre". Métaphore guerrière, je vous le disais. Guingamp contre Rennes. La campagne contre la ville. Le petit club amateur contre la force de frappe financière de François Pinault, propriétaire du club de Rennes. Un homme du cru, l'entraîneur de Lorient, Christian Gourcuff, décrypte : "C'est David contre Goliath"... "Et puis, dans l'équipe de Rennes, aujourd'hui, il n'y a plus beaucoup de Bretons". Pour traiter de cette "petite guerre", Ouest-France sort l'artillerie lourde : un supplément gratuit de 16 pages aujourd'hui, tiré à 400.000 exemplaires. Sous le titre : "La Bretagne en fête à Paris"... La fête, tout de même... En ce 8 Mai, on préférera ce type de vocabulaire... Et puis il n'y a pas que la France à connaître ce genre de rivalité footballistique... Puisque vous êtes en direct de Berlin, Nicolas, vous n'êtes pas sans savoir qu'hier soir, il y avait un face à face 100% allemand, en demi-finale de la Coupe de l'UEFA. Le Werder de Brême a battu Hambourg, "3-2". Et, comme s'enflamme le quotidien Die Welt, "Es war sensationell"... C'était sensass... Allez, à bientôt... Tchüss...

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