(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : série de puzzles

(Bruno Duvic) Ils sont livrés depuis dimanche soir, les pièces sont loin d'être assemblées. Retour sur les campagnes, éléments de portraits, papiers coulisses, ébauche de politique, regard sur les législatives... La presse fourmille de d'informations et d'anecdotes.

D'abord le puzzle Européen, premier gros dossier du chef de l'Etat élu.

A lire les journaux ce matin, on se figure cette image saugrenue : Angela Merkel, seule dans son bureau, les bras ouverts, mais la porte fermée.

A la Une du Figaro ce matin :"Hollande-Merkel, premiers désaccords sur l'Europe". Oui elle accueillera à bras ouverts le nouveau président français. Mais pas question de renégocier le pacte budgétaire. Il a été signé par 25 pays, sa ratification en cours, l'édito du Figaro rappelle qu'il suffit que 12 pays le ratifient pour qu'il entre en vigueur.

En revanche, la chancelière est disposée à parler d'un nouveau pacte de croissance, si on ne creuse pas les déficits. Mais chacun a désormais compris que derrière le mot croissance, on peut mettre beaucoup de choses. Parle-t-on comme l'éditorial du Monde d'un New Deal, une grande politique de relance européenne ? A Berlin, certainement pas. Dans Libération , Nicolas Demorand rappelle ce que signifie politique de croissance dans l'Allemagne de Madame Merkel : flexibilisation du marché du travail.

« Les prochaines semaines seront un défi pour la relation franco-allemande », reconnait un proche de la chancelière dans Le Figaro . Et il définit la période particulière qui s'ouvre en France : un nouveau président sans majorité (puisque l'assemblée ne siège pas), en campagne pour les législatives et qui cherchera à s'imposer coute de coûte face à la chancelière pour marquer des points.

En tout cas, dès le soir de l'élection et le lendemain, François Hollande, l'homme normal a parlé, directement ou au téléphone, avec les plus grands de la planète. Merkel et Obama dès dimanche. Et hier matin, « Allô c'est Jacques Chirac ! » : message de félicitations de l'ex. Révélation du Figaro ce matin.

Jacques Chirac qui était bel et bien du côté de Hollande. Dans Le Point , Said Marhane raconte une scène qui date du mois de janvier. Chirac déjeune avec Jupé et Baroin au Quai d'Orsay et lâche cette confidence à propos de Nicolas Sarkozy : « jamais ma voix n'ira à l'autre minuscule »

La presse essaye ce matin de cerner la personnalité de François Hollande

Dans Le Point , Franz Olivier Giesbert le définit comme une chattemite, définition du Robert à l'appui : 3personne qui affecte des manières douces et modestes pour tromper son entourage.3

Après cette campagne gagnée, dans les journaux, il y a la légende et ses correctifs. La légende c'est l'histoire d'un homme qui arriverait à l'Elysée de manière totalement fortuite. Bien sûr, la chance a compté : le rejet de Nicolas Sarkozy, l'élimination de DSK.

Mais cette ambition, François Hollande - que tous les portraits décrivent comme doucement obstiné, sacrément futé et finement stratège - la porte depuis très longtemps. Dans Le Nouvel Observateur , Serge Raffy l'un de ses biographes, conclut son papier avec cette formule : « L'homme qui faisait rire ses copains de lycée quand il leur parlait de son intention de gouverner la France est parvenu à ses fins. »

C'est un « vainqueur solitaire » qui a décroché l'Elysée. Titre du Monde pour raconter cette campagne. Le Point confirme : les mesures phares de son programme dans l'éducation et la fiscalité, il les a décidées seul.

Victoire et quelques petits arrangements avec la vérité. Non, François Hollande n'a pas besoin d'un sparring-partner pour préparer le débat de second tour avaient juré ses proches. C'est faux, raconte Le Nouvel Observateur . L'un de ses conseillers a joué ce rôle, Guillaume Bachelay. Ironie de l'histoire, lorsqu'il était proche de Laurent Fabius, c'est lui qui a inventé les formules les plus méchantes à son égard telles que « fraise des bois ».

Puzzle du portrait du nouveau président. Pour le précédent, sa vie de couple avait pesé sur sa campagne en 2007. Là c'est la vie de famille. Le Point encore raconte un dîner. François Hollande vient de sortir en tête du premier tour des primaires. Ségolène Royal est battue. Elle réunit leurs quatre enfants à dîner et leur pose cette question : « Est-ce que je dois soutenir votre père ? »

La famille Hollande, séquence people en ces lendemains d'élections. François en bidasse, en étudiant sous toutes les coutures dans Paris Match . Thomas le fils dans Match également, le père Georges dans Nice Matin . Et Valérie Trierweiler très présente dans les colonnes des journaux.

Le puzzle Hollande, ce sont aussi ceux avec qui il gouvernera.

L'Express et Le Nouvel Obs ont la même idée. "Les 100 qui vont compter3 dans les mois à venir." Au gouvernement, au parti, dans l'ombre, dans le monde de la culture, de l'économie, dans l'administration, etc.

Pour Matignon, favori Jean Marc Ayrault. Pour succéder à terme à Martine Aubry à la tête du PS, Le Figaro voit deux candidats : Harlem Désir et Jean Christophe Camabdélis. Libération ajoute Vincent Peillon ou Stéphane Le Foll. Tout dépend des autres postes que les uns ou les autres peuvent décrocher…

Pour exercer durablement le pouvoir, encore faut-il gagner les législatives. Et ce n'est pas fait. Voici ce que dit le politologue Pascal Perrineau dans Libération : le nouveau président ne doit pas se tromper sur sa victoire. Il a été élu grâce à l'apport de voix de la droite et du centre. Si les premiers signes qu'il donne montrent un retour vers la gauche traditionnelle, il perdra ces électeurs au législatives.

D'ailleurs la victoire aux législatives, la droite y croit : mot d'ordre, unité. Titre ironique de Libération : « En cendres, tout devient possible à l'UMP »

La presse raconte aussi les coulisses de la défaite de Nicolas Sarkozy

Et ses intentions pour les mois à venir. Nouveau puzzle…. Il aurait donc tourné la page de la politique. Hier devant ses proches il a été très clair. Mais les mêmes proches ont du mal à croire qu'il abandonnera cette passion qu'il a dans le sang.

La presse souligne encore son élégance depuis dimanche à l'égard de son successeur : invitation aux cérémonies du 8 mai.

Nicolas Sarkozy recherche des bureaux à Paris, explique Le Parisien-Aujourd’hui en France . Il s'y installera avec quelques collaborateurs. Selon la tradition, l'Etat prendra en charge le loyer.

A-t-il vraiment cru qu'il pourrait remporter l'élection, in extrémis ? « Ce fut l’histoire d'un homme qui faisait mine d'y croire », écrit Said Marhane dans Le Point . Dans le même journal, Anna Cabana raconte l'influence du conseiller Patrick Buisson sur une stratégie très droitière et au peuple. Fin mars, Buisson disait ceci : « vous n'entendez pas la voix sépulcrale qui monte des entrailles de France ? »

Campagne infernale : « elle prit par moments des allures de supplice pour cet homme incapable de juguler sa propre crise : le rejet de sa personne », écrit encore le Point.

Et pour conclure tout en fiel, parole au directeur de l'hebdomadaire, Franz Olivier Giesbert. Si sous sa plume François Hollande est une chattemite, Nicolas Sarkozy est « un chien de garde au pédigrée douteux, croisement de jack-Russel et de pitbull, clabaudeur professionnel, aussi entier que frénétique, aux extravagantes cabrioles pour se rendre intéressant. ‘Pauvre bête finissent par se dire les âmes les plus sèches. Elle a tant besoin d'être aimée’. C'est ainsi que le président sortant peut parfois émouvoir ».

A demain.

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