Bien joué, dit "Libération" mais le plus dur reste à faire, estime-t-on unanimement en France comme à l'étranger.

« Bien joué », avec un Emmanuel Macron de face à la Une, « bien fait », avec une Marine le Pen de dos en dernière page : recto-verso facétieux de Libération ce matin. Facétieux aussi, le titre du site lesjours.fr pour saluer cette victoire : Macron « élu produit de l’année ».

Des Unes en réalité assez peu exaltées ce matin, certaines sont certes admiratives :

« Il l’a fait ! » s’exclame La Provence avec un point d’exclamation, « La France qui ose » s’enthousiasment Les Echos avec la photo du nouveau président le bras levé, « Macron, Météore de la république » pour le Journal du dimanche, « 39 ans et président », insiste Aujourd’hui en France/le Parisien,« Le Kid » titre même L’Express pour son édition spéciale.

Admiratives donc pour certaines, mais déjà interrogatives, exigeantes, voire revendicatives pour d’autres :

« Juste une première marche », relativise L’Indépendant catalan, « Macron président, et maintenant ? » s’interroge déjà Libération Champagne, ou encore « Macron face à tous les défis » pour Presse Océan. Quand L’Humanité ne prend pas le temps de respirer pour engager déjà la bataille suivante « Macron sans adhésion, un nouveau combat commence » à la Une, aucun répit contre un président « qui veut ravager le code du travail et établir un budget d’austérité », prévient Patrick Appel-Muller.

Un regard sur les titres étrangers

Election hexagonale mais aussi européenne et mondiale : c’est en effet toute la presse internationale qui ce matin ouvre sur le président élu. « L’Europe respire », titre le quotidien allemand Suddeutschezeitung, Roger Cohen dans le New York Times n’en revient pas qu’un Européen convaincu et assumé ait remporté aussi brillamment la présidence de la République française, dans ce pays où le racisme et le verbiage anti-européen auraient pu gagner. Il conclut en français « vive la France, vive l’Europe ». En Espagne, El Pais souffle à l’idée que la « France a choisi Macron et contient le populisme ; après le Brexit et trump, il n’y aura pas Le Pen ». Une presse bluffée par la jeunesse du nouvel élu : « Génération Macron », titre Le Temps suisse, « Visage neuf », souligne aussi le brésilien O Globo. Superlatif pour le Washington Post, qui salue l’extraordinaire réussite politique de Macron – le « novice Macron », dit le Wall Street Journal.

Pour autant, beaucoup souligne l’envers de la médaille, le score élevé de Marine Le Pen. « Va-t-on pouvoir tout recommencer comme s’il ne s’était rien passé ? » s’interroge l’italien L’Espresso. Le britannique The Guardian prévient : « Si Emmanuel Macron ne réussit pas à réformer le France, son élection ne pourrait être alors qu’un sursis. »

Sursaut ou sursis ?

« Dans l’ultime bataille, la République l’emporte », se réjouit Laurent Joffrin dans Libération. « Macron l’a fait, il est à l’Elysée. Mais sur les plus de 65 % d’électeurs qui l’ont choisi, met-il tout de suite en garde, plus des deux tiers auraient sans doute préféré voter pour quelqu’un d’autre. Ces électeurs de raison ont une créance sur lui. C’est le défi principal du nouveau président ajoute-t-il, combler peu à peu le fossé qui sépare France heureuse et France en colère ».Oui, « Emmanuel Macron est bien davantage l’élu d’un rejet que celui d’un projet, insiste Alexis brézet à la Une du Figaro. « Victoire Large et fragile, renchérit La Croix. Quoi qu’il arrive, Emmanuel Macron ne devra jamais oublier qu’il a été à la fois très bien et très mal élu. Apporter des réponses à la souffrance sociale est une urgence impérieuse pour le chef de l’Etat », estime Guillaume Goubert. Même Cécile Cornudet, dans Les Echos – l’une des plus dithyrambiques sur Emmanuel Macron – « La France sourit, écrit-elle, elle a choisi la jeunesse, le renouveau, l’Europe, Macron est promesse à lui tout seul ». Cornudet met en garde : « A la série de clignotants qui s’allument – la fracture sociale qui s’est rappelée à lui, la France méfiante qui se lit dans le résultat du second tour, l’abstention en hausse, le record de votes blancs et nuls, celui des plus de 10 millions de voix pour Marine Le Pen – les sourires virent vite au jaune. » « Le nouvel élu se doit de réussir cette marche en avant, prévient François-Régis Hutin à la Une de Ouest France, c’est notre dernière chance. » Il est condamné à réussir, avouent les proches du président, cités par Nathalie Segaunes dans L’Opinion. « Il est le dernier président avant l’abîme, la dernière station avant Le Pen », juge une député socialiste.

Un mot, sur la perdante de ce second tour : « C’est pas grave, on a cinq ans pour convaincre les 15 % de crétins qui n’ont pas voté pour nous », a lâché hier devant la journaliste du Parisien l’ami intime de Marine Le Pen, l’ex-« gudard » Axel Loustau. Avec ce paradoxe souligné par beaucoup : jamais eu autant de voix, et c’est pourtant une Marine Le Pen affaiblie qui sort de ce scrutin, qui doit donc repartir à l’offensive pour les législatives. Mais l’historien Nicolas Lebourg dans Libération affirme qu’il ne faut pas se tromper de lecture : « Il faut lire ce résultat, dit-il, comme une normalisation du choix de l’extrême droite dans la société française. Il y a une vraie envie d’extrême droite dans la population », prévient-il.

On finit sur un moment particulier de la soirée d’hier, et quelques infos sur le nouveau président

« Il s’est offert un sacre », nous dit Le Parisien pour évoquer la mise en scène soignée du président hier avançant avec gravité dans la cour du Louvre, sur les notes de l’hymne à la joie, hymne européen, déjà entendu en 1981 au Panthéon. Mitterrand, forcément Mitterrand, nous rappelle Serge Moati. « Grandiloquent et New Age », juge Libération ce matin. « Non, il s’est passé quelque chose, rétorque Titiou lecoq dans un article sur Slate.fr. Bourdieu expliquait combien le pouvoir est symbolique, il a besoin de magie pour exister. On a assisté exactement à ça, à la naissance symbolique du pouvoir d’un homme. »

Un œil enfin sur toutes les infos utiles, et inutiles reconnait Libération, qui truffent les portraits du nouveau président. Inutiles peut-être le nom de son chien, Figaro, accessoires sans doute, tout sur sa femme, Brigitte son « atout cœur », jusqu’aux confidences de son prof de tennis du Touquet dans L’Equipe, qui nous « vend » un Macron, super fort qui « cavale comme un lapin » sur les courts et sait alterner les effets coupés, liftés et service slicé ». Question sur son âge, aussi 39 ans donc : existe-t-il un âge de grâce ? s’interroge Ludovic Vigogne dans L’Opinion. Ce qui s’était passé en Grande-Bretagne avec le jeune Tony Blair, après les années Thatcher et Major : la cool britannia avait inspiré le monde. Y aura-t-il le même impact psychologique chez nous ?

Plus utiles enfin, la galaxie Macron, qui pour gouverner ? Le Parisien ne se hasarde tout de même pas

Pas à faire de pronostic sur le nom de son premier ministre. Et enfin, parce que le plus dur commence, une question laissée en suspens : comment celui à qui tout a réussi jusque là, affrontera-t-il les premiers signes de l’impopularité ? Elsa Freyssenet dans Les Echos lui conseille, à lui l’amateur de littérature, cette phrase de Saint-Exupéry : « l’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle. » Le plus dur commence !

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