Street Press raconte l'absurdité des expulsions de clandestins à Mayotte. Charlie Hebdo raconte ce que signifie la fermeture d'une maternité dans l'Indre, où un bébé meurt in utero faute d'hélicoptère disponible.. Le Monde raconte les riches manoeuvres scientifiques de Coca-Cola. Un sublime résistant dans Ouest-France.

Une famille heureuse...

Qui fait la une de la Provence, un papa une maman un enfant qui a fait si peur à ses parents mais tout va bien "on est tellement heureux" disent Godwin et Endurance, dont le petit garçon Osnachi, deux ans et quatre mois avait été enlevé dimanche à Marseille par un malandrin, et fut retrouvé à Valence un peu avant une heure du matin, intact et sain et sauf, et Osnachi a ri en retrouvant sa maman bouleversée, "mais pourquoi tu l'as suivi, ce n'était pas ton père, ce n'était pas ta mère"... 

Ce fut une peur atroce, c'est une belle histoire que raconte un grand journal, et cette histoire en cache d'autres qui racontent notre pays...  Elle nous raconte comment la police est belle quand elle sauve un enfant, car tandis qu'au commissariat de Noailles, on avait fait venir un traducteur pour comprendre et réconforter Endurance qui ne parle qu'anglais, des enquêteurs de la PJ interrompaient leur week-end dans l'alerte enlèvement quand il fallait trouver dans quel train étaient monté le ravisseur et Osnachi... Mais elle nous dit aussi, cette histoire, comment nous République sommes durs aux plus faibles que nous... Car Godwin, Endurance et Osnachi sont des migrants de fraîche date,  arrivés depuis l'Italie en fuyant le Nigeria, ils vivent parmi 150 semi clandestins, mineurs isolés et familles avec enfants, dans un squat organisé par des militants, avenue Saint -Just, dans un ancien couvent, et l'église réclame l'expulsion des squatteurs. Et la police républicaine qui dimanche a sauvé Osnachi, la veille, samedi, était descendue dans ce squat où Osnachi habite, elle avait brutalisé dit la Provence une bénévole, le squat, où sont nés des bébés, le plus jeune a 3 semaines, n'a plus d'eau chaude, et c'est dans un taudis qu'Osnachi est revenu...   Godwin à qui nous avons rendu son fils que nous sommes le pays où il veut finir ses jours, "parce que la sécurité est forte, on s'y sent tellement protégé." Mais comment comprendre qu'en même temps, la sécurité de ce pays le menace, lui et sa famille qu'elle a sauvé?   

Dans la Provence encore et dans Libération, sur deux pages, on se souvient d'une jeune femme nommée Blessing, bénédiction, les migrants du Nigeria ont de joli prénoms. Il y a un an juste, le 7 mai 2018, elle se noyait dans la Durance,  étant poursuivie par des gendarmes  car elle venait de franchir la frontière italienne. Sa sœur avait porté plainte, le parquet lundi a classé sans suite, car rien ne serait à reprocher aux gendarmes qui veillent et pourchassent toujours à la frontière. Des militants sont révulsés et fleurissent la tombe de Blessing...  

Sur internet, Street press raconte l'absurdité sans fin de Mayotte; on expulse par milliers des comoriens clandestins sur les bateaux bleus et blanc de la république, mais ces comoriens reviennent inlassablement dans leurs kwassas à fond plat, pour grappiller de la vie dans les faubourgs de Mamoudzou...   Dans la dépêche (qui tremble encore de la prise d'otages heureusement dénouée à Blagnac), j'ai vu un homme qui a une bonne tête, il s'appelle Pierre, dit Pierrouf, d'une beuverie entre amis à Budapest, il a perdu un pari et il a un gage, rentrer chez lui avec 150 euros en poche pour faire les 1643 kilomètres... Il arrive, je l'ai vu sur le site Facebook de son aventure et a facilement franchi les frontières qui pour d'autres sont des épreuves...   

On parle de bébés ce matin...  

C'est le jour des familles, décidément... Oui des bébés, que l'on va fabriquer de tant de nouvelles façons nous dit l'Express, car la science travaille à nous affranchir des affres de nos corps, on a greffé fin mars un utérus en France, on saura, fabriquer des ovocytes à partir de cellules sanguines, faire du sperme et des ovules à partir de la peau... Pendant ce temps, le Figaro s'inquiète en Une pour nos lois, ou nos mœurs, car si l'on étendait la PMA aux couples de femmes, cela bouleverserait le droit de la filiation en effaçant le père, air connu, mais c'est le choix de l'inquiétude ce matin d'un grand journal...   

Beaux débats, mais un peu loin de la glaise.. Dans Charlie hebdo, absolument sérieux, enquêtes et reportages sur ce que signifient, pour des hommes et des femmes et des bébés de la ruralité, la fermeture d'une maternité, à Blanc, dans l'Indre, ou à Dié dans la Drôme; en février l'enfant à venir de Fabrice, cordonnier et balayeur à Chatillon-sur-Diois, est mort in utero quand Céline son épouse enceinte de huit mois  a saigné, victime d'un décollement du placenta, l'hélicoptère qui aurait pu sauver le bébé en amenant la maman à Montélimar était pris pour un AVC. Voilà le désert français et la punition des campagnes, dans "un pays qui n'aime pas son peuple" dit l'édito de Charlie...  

Cette histoire de ruralité fait retentir étrangement l'enthousiasme d'un ministre, Gérald d'Armanin, chargé  de l'action et des comptes publics, qui voudrait déplacer déplacer 3000 agents de l'Etat, la direction générales des finances publiques, à la campagne, pourquoi pas dans la Creuse, ceci afin de finances cette baisse des impôts qu'il promet en une Parisien, sourire confiant, œil espiègle, à 95% des contribuables, est-ce le sujet?  

A Antibes, me raconte Nice matin, Elisabeth Edith Pierrette Devigne désespère de l'Etat qui a des absences, elle à qui les impôts adressent régulièrement les tiers provisionnels d'une homonyme...   

Et on parle de Coca-Cola pour finir... 

 Dont le Monde raconte les stratégies de manipulations dans le monde scientifique, car la firme désaltérante subventionne et nourrit des études et des conférences qui doivent servir ou cautionner ses produits, le coca mais aussi une boisson énergisante, plus de 8 millions ont été dépensées en France depuis 2010 pour prouver par exemple que le sucre n'est pas forcément cause de la prise de poids. En 2015, le New York Times avait raconté les mêmes manipulations aux Amérique, le monde ressemble au New York Times et nous ressemblons donc aux Etats-Unis... Cela se confirme dans la une de Libération sur les anti-douleurs dérivés de l'opium, qui tuent là-bas, qui fabriquent chez nous des addictions... La voix du Nord, elle s'inquiète pour le Maroille, fromage au lait de vache d'appellation protégée que la modernité pourrait trivialiser comme le camembert ou le roquefort...  

Voilà des peurs ou des colères en ce 8 mai, jour de victoire et de libération que la presse nationale néglige mais que des journaux régionaux protègent en nous racontant encore ces histoires de guerre, de grands français, de héros, dans l'Echo républicain, dans  le Berry républicain, ou dans Ouest France qui offre sa dernière page à un centenaire merveilleux, Jean Isaac-Tresca, qui fut au maquis des Glières et en rit ainsi... « Nous avions du reblochon. Mais même pas une bouteille de vin pour fêter cela. Les patates, à la fin, on les bouffait crues.»

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