Libération est en Seine-Saint-Denis où Makram le cincierge n'est pas devenu un salaud. Et si l'on vendait la Joconde en bitcoins pour aider la culture et financer les futurs Léonard, Usbek et Rica? Des musiciens turcs accusés de terrorisme par le pouvoir se tuent dans des grèves de la faim, Politis, l'Humanité.

On parle d’une canette…

Une canette de jus de fruit qu’un gamin renversa devant Makram, qui nettoyait le hall d’un immeuble d’une cité sensible de la seine-saint-denis, c’était son premier jour comme concierge et son premier défi et Makram dit ceci, « tu ne penses pas que ta mère aime entrer et sortir dans un hall propre »… Makram se souvient qu’on lui disait alors qu'il allait devenir un salaud à force d’être méprisé…

Il raconte cela à Libération qui consacre huit pages à cette Seine-Saint-Denis plus dure plus pauvre surpeuplée stigmatisée et plus endeuillée par le Covid-19 que les autres morceaux de France… 

C’est un dossier et qui tranche quand  les journaux sont des guides des lendemains semi libérés, quand le Télégramme pavoise car les maires bretons ont gagné le droit d’ouvrir leurs plages, et  Libération Champagne rêve aux lacs de l'Aube! 

Et non ce n’est pas rien!

A Biarritz lis-je dans Sud-ouest, Yann, 15 ans a eu la permission d'aller plus loin que le kilomètre légal pour ses promenades quotidiennes: il est autiste et hyperactif et la municipalité est bienveillante, cet enfant qui démonte comme un as les téléphones portables a besoin d'espace: nous ne sommes pas tous autistes bricoleurs, mais nous comprenons...

Mais la pauvreté enferme aussi bien que le handicap... et la Seine-Saint-Denis pourrait se noyer d'oubli, sans  Libé ou le Bondy Blog qui raconte la faim qui tenaille des étudiants de Saint-Denis qui s’en vont au Secours populaire, sinon ils n’ont rien…

Mais dire la pauvreté n’est pas une complaisance et je lis aussi les mots des lycéens de Feyder à Epinay-sur Seine, qui écrivent à des personnes âgées en Ehpad…

«Mes premiers jours de confinement se passaient plutôt bien, mais c’était sans savoir qu’il n’y en aurait pas de dernier. Voilà que tout se déforme, tout se mélange et tout se brouille, les heures paraissent comme des jours, les jours comme des mois.  »

On écrit comme ça aussi en Seine-Saint-Denis et on y trouve aussi, superbe article, ces gardiens d’immeubles dont  les halls sont occupés par des jeunes qui trainent ou autre chose et il faut faire face...

Khalidou, ex-gardien à Sevran : «Tout passe par l’expression du visage. On ne doit pas dégager de la haine, mais pas de la naïveté. Votre visage doit être juste et ferme. Personne ne doit sentir que vous avez peur.» 

Makram prend des photos des locataires qui balancent par la fenêtre des poubelles et des plats ratés, mais il raconte aussi ces jeunes qui décident d’aider au nettoyage. Pendant le Covid, Makram a fait plus propre encore que d’habitude, il sait qu’il n’est pas devenu un salaud…

On parle aussi de la Joconde… 

Que l’on pourrait vendre pour aider le monde de la culture et nos artistes qui souffrent, après tout le « Salvator Mundi » du même Léonard de Vinci, a fini sur le yacht d’un prince saoudien pour 450 millions de dollars, alors imaginez… C’est dans Usbek et Rica l’idée sacrilège d’un entrepreneur innovant nommé Stéphane Distinguin, qui réfléchit sur son intuition, la Joconde est inestimable parce qu’elle est unique inaliénable au Louvre, mais pourrait-on la mettre sans la bouger sur la marché des bitcoins, les monnaies virtuelles qui renflouerait nos Léonards d’aujourd’hui? 

C’est un des deux articles ce matin qui bougent nos conforts, l’autre est sur AOC d’un brillant sociologue, Marwan Mohamed, qui analyse l’effet de la pandémie sur le crime organisé: elle l’a gêné ce crime en immobilisant le monde et donc les trafics, car le crime nous est lié, mais comme nous le crime est résilient, des bandits trafiquent des faux masques  et des faux médicaments, et en Albanie où au printemps on récolte le cannabis, les policiers sont trop occupés par le confinement pour arracher les plants. 

Voilà nos petites éternités. Le Courrier Picard me raconte les "arbres à loques", des lieux habités d’une énergie intense où depuis les Celtes on pend des vieux vêtements pour guérir des maladies, le Covid aussi. Le Berry républicain se souvient qu’en 1952 à Chateauroux ouvrait Joe from Maine, un ex soldat américain venu nous délivrer y fit cuire les premiers hamburgers français, depardieu et denisot les connurent.

Et on parle enfin d’un musicien…

Qui a choisi de mourir puisqu’il n’était plus libre, Politis et l’Humanité racontent Ibrahim Gökçek, qui était le bassiste du Grup Yorum, qui chantait du folk, du rock, du hip-hop et les souffrances du peuple mais que le pouvoir du Président Erdogan accusait d’être lié au terrorisme d’extrême gauche, interdisait alors ses concerts et arrêtait ses membres, Ibrahim Gökcek est mort hier après une longue grève de la faim, sa chanteuse Helin Bölek était morte de même un mois plus tôt le 3 avril… 

En ce 8 mai de victoire contre le nazisme, un ado de 15 ans Julien, portera le drapeau au monuments au mort du village de Sempigny, me dit le Courrier Picard, puisque les vieux héros doivent se protéger du virus… Dans le Journal de Saône-et-Loire, Aldo Ferrari sourit, il a connu la vraie peur quand il était caché pour ne pas travailler chez les nazis, puis résistant au maquis.

Benjamin Orenstein  a 93 ans, lui aussi sait la peur, elle habite encore ses yeux douloureux dans le magazine du Monde, il raconte une histoire que l’on croit connaitre, celle de la Shoah, mais elle est plus atroce à chaque nouvelle lecture. Benjamin est né en Pologne où avant-guerre il pensait que c’était l’ordre des choses, juif, d’être haï par des paysans, les enseignants et les prêtres, puis l’Allemagne nazie a envahi la Pologne et avec des supplétifs sadiques et des monstres qui tuaient par caprice au pistolet, ou en brisant des nuques, ça se tue vite un homme, avec ses bourreaux qui tuaient par méthode, le nazisme a jeté Benjamin dans un enfer sans fin où tous sont morts, son père, sa mère, ses frères, sa nièce bébé et sa soeur Hinda dont après-guerre il a retrouvé une photo. Il ne cèle rien de chaque étape du calvaire des ghettos et des camps, les fuyards étaient dénoncés pour un litre de pétrole, un kilo de sucre et une demi-bouteille de vodka; il ne cèle rien de ce qui fut, il vit à Lyon, il a eu deux enfants mais pourtant exilé parmi nous qui vivons et aimons dans la beauté des choses…

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