(Nicolas Demorand : "Une fois n'est pas coutume, on commence par une publicité")... Elle est page 19 dans Libération, et elle attire l'oeil particulièrement, en ce 100ème anniversaire de la Journée internationale des Femmes... C'est une femme nue, dans un Caddie de supermarché... nue ou presque : pose lascive, talons aiguille au bout des jambes qui dépassent du Caddie, et chevelure péroxydée. En haut, une expression : "J'accuse". En bas de la photo, une adresse Internet. On est donc allés voir : c'est la pochette du nouvel album du chanteur Damien Saez. C'est également l'affiche de promotion pour ses concerts au Zénith, à Paris. Libération a choisi de publier la photo. Pourtant, on ne la verra pas dans le métro, les bus ou sur les panneaux d'affichage : les régies publicitaires ont refusé de la diffuser, estimant qu'elle donnait une image dégradante de la nature humaine. Damien Saez était l'invité de Pascale Clark vendredi sur France Inter. Il parle de "fascisme". Et c'est vrai que le "J'accuse" laisse entendre qu'il dénonce l'exploitation de la femme dans la publicité en général. La photo est signée Jean-Baptiste Mondino : une pointure, caution artistique. Mais est-ce qu'elle échappe à 100% à ce qu'elle dénonce ? En tout cas, le chanteur veut porter l'affaire en justice. (ND : "Une femme nue dans un Caddie de supermarché... Une autre en kimono sur un tatami")... La voilà, la photo vedette en ce 8 mars : Chantal Jouanno, la ministre karateka... La tête de liste UMP aux Régionales à Paris est devenue hier championne de France par équipe. L'image est dans beaucoup de quotidiens... comme un symbole du combat pour une meilleure place des femmes en politique et dans la société. Le 8 mars a 100 ans, et L'Humanité publie un numéro spécial sur les luttes des femmes depuis un siècle. C'est une femme, Paule Masson, qui signe l'éditorial, mais elle n'est pas dupe... "Le 8 mars, c'est notre jour de lumière. Une fois dans l'année, nous sommes sûres de faire parler de nous. Mais, dans ce domaine-là, plus que dans tout autre, les grandes promesses tiennent souvent de la fable". Et Paule Masson rappelle qu'en 2007, Nicolas Sarkozy avait promis l'égalité salariale et professionnelle totale en 2010. (ND : "On en est loin. Quels sont aujourd'hui les tatamis où se joue le combat des droits des femmes ?") - Les conseils d'administration d'abord... C'est à la Une des Echos : "Les conseils face au défi de la féminisation". Une proposition de loi veut imposer au moins 40% de femmes dans le saint des saints des entreprises. Aujourd'hui, on est à 9%. - Mais dans Le Figaro, LA PDG d'une des plus grandes sociétés de l'audiovisuel, Endemol, se prononce contre cette logique des quotas... Pour Virginie Calmels, si cette proposition de loi est adoptée, des femmes deviendront dirigeantes par la force de la loi et non grâce à leur caractère, leurs compétences ou leurs talents. Faut-il des quotas ? Faut-il un féminisme très militant, voire agressif ? "Féminisme : la fracture", titre Libération aujourd'hui... dossier de Une sur les divisions entre féministes. D'ailleurs, le mot lui-même est revendiqué par certaines et rejeté par d'autres. Citation relevée dans L'Humanité : "Banlieue sans femme, banlieue s'enflamme"... Voilà un autre terrain pour le combat des femmes (décidément l'expression vedette de ce lundi). Le combat des femmes de banlieue : c'est un reportage de La Croix, avec notamment le témoignage de Pierrette Soumbou, qui a monté son restaurant dans un quartier populaire de Rouen... Avant de lancer son propre business, elle a multiplié les entretiens d'embauche. "J'y allais toujours avec les photocopies de mes diplômes". Il fallait dissiper le doute chez ses interlocuteurs : quand on leur parle d'une personne noire, raconte Pierrette, ils "s'attendent à rencontrer une femme en babouches qui va de guichet en guichet pour demander l'aide sociale". (ND : "Encore un espace où la place des femmes est vraiment riquiqui : c'est l'espace médiatique")... Selon une étude évoquée dans La Tribune, on leur accorde royalement 4% du temps médiatique. Et on ne parle pas ici des présentatrices des journaux de 20 heures ou des grandes émissions de télévision, mais des femmes à qui les journalistes tendent leur micro. Et pour les fondatrices du collectif "Vox Femina", qui publient un appel dans La Tribune, cette question est centrale, car la visibilité médiatique est un facteur d'intégration et de reconnaissance. Les femmes compétentes dans les entreprises existent évidemment. Simplement, elles ne sont pas visibles. Résultat : alors que les garçons n'ont que l'embarras du choix pour s'identifier, les filles doivent se contenter de quelques voix émergentes. Encore un mot sur ce sujet, une curiosité relevée dans le magazine Causette... C'est un bimestriel féministe plein d'humour. On y reviendra tout à l'heure. Selon Causette, une loi datant de l'époque napoléonienne n'a toujours pas été abrogée en France : elle interdit aux femmes de porter le pantalon. Evidemment, elle est tombée en désuétude, mais, on a du mal à le croire, le texte existerait toujours. "Toute femme désirant s'habiller en homme doit se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l'autorisation. Cette autorisation ne peut être donnée qu'au vu d'un certificat d'un officier de santé"... (ND : "Tout autre chose : un rapport très attendu aujourd'hui est déjà dans Le Parisien et Les Echos")... Rapport sur le stress au travail chez Orange-France Télécom... D'abord, Les Echos constatent que "le malaise social persiste chez France Télécom". Selon le quotidien, 9 salariés se seraient encore donné la mort depuis le début de l'année. Le cabinet Technologia, auteur du rapport, relève qu'au sein de l'entreprise, on a perdu confiance dans les ressources humaines et la médecine du travail. Le cabinet relève encore une absence d'ouverture au dialogue de la direction, un système de promotions opaque et des règles de mobilité pas mieux. Voilà pour le constat. Aujourd'hui, les partenaires sociaux craignent un enlisement des négociations. Alors que suggère Technologia ? D'abord, la création d'un réseau de médiateurs, comme des Casques Bleus sociaux. Un tiers viendrait de l'extérieur de l'entreprise, il relèverait d'une entité autonome et aurait un vrai rôle d'arbitrage. - Autre proposition : un référent pour le parcours professionnel de chaque salarié. - Et puis on mettrait le frein à la mobilité des managers de terrain, pour pouvoir créer un esprit d'équipe. - Enfin, le rôle des médecins du travail serait renforcé. Le stress et même les suicides : le monde agricole connaît... Le Salon de l'Agriculture est à peine fermé. Mais manifestement, les paysans n'ont pas le sentiment d'avoir été entendus par tous les politiques qui sont passés Porte de Versailles. "Toulouse : blocus paysan", titre ce matin La Dépêche du Midi. Manifestations dans la ville rose contre la nouvelle loi sur l'eau, qui va restreindre l'irrigation. Cette loi a été adoptée pour la protection de l'environnement. Mais "toutes ces questions d'environnement, ça commence à bien faire" : cette petite phrase de Nicolas Sarkozy au Salon de l'Agriculture fait encore parler ce matin. Elle est relevée notamment par le site Rue89. Dans Sud-Ouest, Bruno Dive y voit un changement de pied, si ce n'est un retournement de veste, du Président : "En déclarant qu'il faut changer de méthode pour les mesures environnementales dans l'agriculture, il donne le sentiment, à tort ou à raison, de prendre ses distances avec une cause qu'il avait pourtant épousée avec ardeur. A une semaine des Régionales, il retrouve ses intérêts électoraux bien compris. Et sa base électorale, ce sont notamment les agriculteurs. Les fondamentaux de la droite, écrit Bruno Dive, c'est en l'occurrence le productivisme plutôt que l'écologie". Allez, pour finir... Comme promis, retour au bimestriel Causette, le journal qui se présente comme "plus féminin du cerveau que du capiton"... En cette Journée internationale du droit des femmes, il célèbre son premier anniversaire. Je vous le disais tout à l'heure, il joue du féminisme sur tous les modes. Dénonciation de l'horreur dans certaines townships en Afrique du Sud : le viol comme méthode de punition des lesbiennes. A côté de cela, infiniment plus léger : le dossier de Une, qui dénonce les bêtises en tout genre au cours de l'année écoulée. Causette propose à ses lectrices de désigner "la Quiche d'Or 2009-2010". Ce sont les mesquineries, dérapages et idioties de toute nature qui sont visés par le rouleau à pâtisserie du magazine. Parmi les nominés, la créatrice de la collection de lingerie "Trouve-moi si tu peux" : elle intègre un système GPS dans les dessous pour permettre aux maris de pister leur épouse. En ce 8 mars, les femmes devraient donc aussi se méfier des hommes qui les appellent "ma puce"... Bonne journée...

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