Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : à coeur, à corps et à cris... Bruno Duvic : "Détestable 8 mars ! Que les hommes, agacés depuis longtemps par le pensum de cette Journée Internationale des Femmes, se rassurent : personne ne hait plus la journée du 8 mars que celles qu'elle est supposée fêter". Voilà comment l'éditorial du Monde attaque aujourd'hui. 8 mars... Comment parler de cette journée sans être tarte ? Comment parler de l'immense question de la condition des femmes en faisant progresser le débat ? La presse tente le coup... Et pour commencer, hommage aux femmes que certains trouveront indignes... Petit extrait de film pour se mettre dans l'ambiance : "La crise"... A l'âge d'être grand-mère, Maria Pacôme prend un amant et déballe tout à son fils Victor, joué par Vincent Lindon... *** Son « La crise » "Causette", la revue plus féminine du cerveau que du capiton, célèbre son deuxième anniversaire. Elle réunit pour l'occasion Jeanne Moreau et Marianne Faithfull. Extrait choisi, Jeanne Moreau : "La seule chose que j'ai apprise de ma mère, c'est que le mariage était une catastrophe". Marianne Faithfull : "Nous ne sommes pas des légendes". « Non, répond sa commère, les légendes sont mortes. Nous, sommes vivantes !". L'hebdomadaire féminin "Bee" paraît le vendredi. Le N° de cette semaine sera consacré aux trentenaires. Témoignage de Nadia Daam. Elle a 32 ans et elle est l'auteure de "Mauvaises mères : la vérité sur le premier bébé". "Avoir un enfant, dit-elle, c'est vendu comme un truc glamour. C'est cool, d'accord, mais c'est la chose la moins glamour de la terre ! Etre mère, c'est se sentir coupable. Je suis là pour ma fille, mais je ne suis pas là tout le temps. Ca m'est aussi arrivé que l'école m'appelle parce que j'avais zappé d'aller la chercher. Ca arrive à beaucoup, même si elles ne se l'avouent pas forcément". Dernière fille qui détonne : Alexandra, elle a 26 ans, elle est assistante de production et célibataire. Elle témoigne dans Le Parisien : "Les femmes qui ont le pouvoir sont des êtres très durs. Aujourd'hui, les hommes font davantage le ménage mais n'osent plus nous aborder. On doit leur faire peur". Elles raillent, elles grincent et elles rient... Les femmes de 2011, elles morflent, elles brûlent et elles meurent aussi. Changement de climat à la Une des Dernières Nouvelles d'Alsace : photo en contre-plongée de Philomène, les mains jointes, elle pose chez elle. Elle est devenue écrivain pour raconter son calvaire d'épouse battue. Une écrivain, une écrivaine, raconte aussi dans Midi-Libre. Malika Mokeddem est rédactrice en chef d'un jour. Elle est médecin de formation. "Lorsque j'exerçais à Montpellier, une femme m'a marquée. Elle avait 75 ans, elle avait été battue toute sa vie par son mari. Et ce qui l'avait amenée vers moi, c'est qu'au décès de son époux, son fils avait pris le relais de cette violence". Couverture de "Métro" : "Menaces sur l'avortement : le droit à l'IVG s'applique de plus en plus difficilement". Reportage-fiction dans "Marie-Claire", toujours en kiosque. On prend les mêmes, mais on inverse : les hommes à la place des femmes et vice-versa. En photo, cela donne le visage d'un homme brûlé à l'acide, un autre aux deux-tiers dans une tombe, quasiment enterré vivant pour cause d'adultère. Un troisième, beau gosse, qui pose torse nu sur un lit, dans un bordel de Melbourne. Les situations ont vraiment existé, mais c'était des femmes sur les photos. L'article qui accompagne ces images, et qui joue lui aussi de l'inversion des genres, se conclut sur cette phrase : "Nous pensons qu'un petit garçon qui va à l'école aujourd'hui, c'est un homme libre demain". "Ces femmes qui font bouger le monde", c'est la Une de La Tribune. Le printemps arabe réunit pour la première fois côte à côte, des manifestants des deux sexes revendiquant plus de liberté. Du Maghreb au Golf, les femmes ont fait leur révolution ces dernières années dans les familles, à l'école et au travail. Autre titre en pages intérieures : "Ces femmes qui œuvrent pour la libération arabe". A la Une, photo : voile et lunettes de soleil, elle est guidon d'une grosse moto. Patrick Cohen : Après les photos, les mots... Bruno Duvic : Simone Weil et Sylvette Dionisi, présidentes de "Res-Femina" dans Le Figaro : "Nous tenons à rappeler aux jeunes femmes d'aujourd'hui que le combat légitime de leurs aînées demeure nécessaire tant qu'il y aura des inégalités entre les hommes et les femmes. Les femmes rappellent le genre humain à son devoir d'humanité". A propos d'humanité, voici le journal L'Humanité... Parole à Henriette Zoughebi, vice-présidente communiste du Conseil Régional d'Ile-de-France : "Dès qu'on fait bouger un élément des inégalités entre hommes et femmes, c'est toute la société qui progresse. Exemple, à l'hôpital Tenon à Paris : les femmes ont fait reculer le pouvoir qui voulait fermer le service des IVG. C'est la case de l'hôpital public en général qui avait conduit à cette décision, mais ce sont les conséquences directes pour la vie des femmes qui ont provoqué leur réaction". Les femmes seraient-elles meilleures que les hommes ? Non, pas forcément. Dans Le Monde, Brigitte Grésy, inspectrice générale des Affaires sociales, s'oppose autant aux stéréotypes machos qu'aux chantres du "tout est bon dans le féminin". Les compétences n'ont pas de sexe, toutes ces catégories binaires qui s'accrochent à des identités imposées limitent le champ des possibles". Patrick Cohen : Les compétences n'ont pas de sexe, les religions non plus... Bruno Duvic : Dans un monde pur et parfait, non... Laissons un instant, les femmes musulmanes qui occupent si souvent la Une de l'actualité. Une femme catholique témoigne dans le mensuel gratuit et catho, "L'1 visible". C'est Alix de Saint-André. Elle vient de publier un livre sur son chemin de Compostelle. Elle a fait le pèlerinage, elle qui était naguère une fumeuse et une buveuse invétérée. Catho donc, malgré une enfance dans un collège de province plein de bonnes sœurs idiotes et radines. S'assumer catho aujourd'hui, dit-elle, c'est plutôt provocateur. A propos du "Salve Regina", elle a cette phrase : "C'est le "allo maman bobo" du catholicisme médiéval". Des femmes rabbins, ça existe... Il n'y en a un peu plus de 600 dans le monde. Et c'est au sein de la communauté juive libérale qu'on les trouve car elles font toujours polémiques. 600 dans le monde et deux en France, toutes les deux à Paris. Ces précisions, on les trouve dans le hors-série du Point et d'"Historia", intitulé "Cent idées reçues sur les femmes dans l'Histoire". Je pourrais encore vous parler de Rachel Chervier, chef-pilote d'hélicoptère dans la gendarmerie. Elle est à la Une du "Bien public". De Sonia Rolland, en première page du journal "Saône-et-Loire", une Miss France métisse, c'était en 2000 et ça n'était pas tout à fait neutre. Mais terminons avec le sac des femmes... Un foutoir, dit-on. C'est une idée reçue car c'est bien pire que ça, c'est la société qu'elle porte sur leurs épaules. Le sociologue Jean-Claude Kaufmann publie demain, un ouvrage consacré au sujet. Et voici ce qu'il dit dans Libération : "Le sac est une des dernières zones privées et personnelles. Un objet qui échappe à toute rationalité. Un univers caressant et protecteur. Mais plus la femme s'est émancipée, plus son sac a grossi. Une fois devenue mère, ce sont elles qui transporte les "au cas où" pour la famille : biberons, couches, doudou, médicaments... Il y aura effectivement une égalité hommes-femmes quand les hommes auront des biscuits écrasés au fond de leur besace !". P.S. : A coeur, à corps et à cris comme titre de cette revue de presse ce matin... A coeur, une pensée pour Jiří Slavíček qui vient de nous quitter. Il était de ces nombreux journalistes que l'on n'entend pas à la radio mais sans qui elle ne pourrait fonctionner. Jiří travaillait la nuit à la préparation de la matinale. Toujours une cigarette à disposition pour les fumeurs étourdis. Toujours une anecdote sur cette Europe de l'Est qu'il avait fui en 68, lui le journaliste rebelle. Les clopes tchèques de Jiří éprouvaient les poumons les plus solides. Sa gentillesse avait raison des tempéraments les plus retors. Jiří, c'était le lapin d'"Alice aux pays des merveilles" shooté à la vodka. "Je suis en retard", disait-il tous les soirs, avant même de se mettre au travail. A force de courir après le temps, il l'a rattrapé trop vite.

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