journée internationales des droits des femmes

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence par du sport…

« Une fois par an au château de Versailles, 2 courses sont organisées. La course royale, mixte, illustrée par une marée de coureurs masculins, et la course des princesses, réservée…aux femmes ! « Rien que le choix des mots donne envie de sacrifier un chaton » écrit Christine Laemmel dans le magazine Causette, qui nous raconte cette course aux clichés. Alors que la description de la première détaille le parcours de 15 km fait de « route, pelouse et pavés » qui « permettra à tous les concurrents de battre leur record », la seconde sur 8 km encourage les participantes à venir « déguisées avec des tutus roses, diadèmes et baguettes magiques pour une course très souriante » dit le communiqué. Là où on parle technicité pour les uns, on blablate emmaillotées dans des tenues style « barbie retourne à la maternelle » pour les autres. Avec cette conclusion qui résume tout, écrit la journaliste, « parmi les 15 000 participants, peut-être croiserez-vous el prince charmant ! » oui, car toi femme si tu cours, c’est juste après cet homme que tu as tant de mal à attraper ! » Champ lexical infantilisant s’il en est…Que l’on retrouve dans la pub, dans la presse, dans la vie. Et même dans la langue française…l’écrivaine Marie Darieussecq dans l’hebdo le Un consacré cette semaine aux cliches sur le sexisme, témoigne de cet enfermement de la langue : « quand je me réveille le matin, je ne me dis pas que je suis une femme, je vis la condition humaine. Mais je suis rattrapée par la condition féminine à travers la langue française. Quand en anglais, on dit « i’m happy », ce n’est pas genré. Ca l’est en français ou en espagnol, ce n’est pas rien, dit elle, je suis persuadée que cela a un effet sur le cerveau, notre langue me met un habit féminin, il y a une sorte de « rappelle-toi ma petite que tu es une femme ».

Bon, on a compris, nous sommes le 8 mars, journée des droits des femmes

Et on peut se gausser de cette journée unique sur les 365 jours que compte une année, mais vos journaux ce matin déclinent des angles intéressants sur l’état des lieux des inégalités hommes/femmes_salaires, contrat de travail, présence dans les lieux de pouvoir politique ou économique_aussi bien que sur l’état du combat féministe en France et dans le monde. « Le torchon rebrûle » titre Libération à sa Une. « Il y a comme un air de mai en ce 8 mars écrivent Johanna Luyssen et Catherine Mallaval. Cette année plus que jamais, pas de fla fla, de maquillage, de rituelles promos chez marionnaud : les femmes réclament des droits, du pognon, du respect. » Et c’est un 8 mars de lutte qui s’annonce : cette année dans un élan unitaire inédit en France, 38 associations féministes, des syndicats, des ong et des organisations de jeunesse appellent à la mobilisation. En point d’orgue, un appel à la grève à 15H40 pétantes. C’est l’heure à laquelle les femmes arrêtent d’être payées chaque jour, eu égard à ce fameux fossé de 26% d’écart de salaire entre elles et les hommes.

Mouvement de revendication hexagonal et international…car le combat féministe a retrouvé son internationalisation, 35 pays se joignent à l’appel cette année. « Grève générale, journée sans femme » aux Etats unis titre le quotidien de Washington The Hill, il faut dire que l’élection de Donald Trump a redonné de la voix aux féministes américaines, elles étaient en première ligne lors des grandes marches contre le nouveau président le 21 janvier dernier pour sauvegarder leurs droits. Pour évoquer ce combat féministe qui s’amplifie, Télérama met d’ailleurs à sa Une la photo d’une femme coiffée du Pussy Hat, ce bonnet rose aux oreilles de chat qui répond à la fameuse maxime du président sexiste qui se vantait d’attraper les femmes par la chatte ! Mouvement international, parce que les droits des femmes ne sont jamais acquis, nulle part semble-t-il. Portrait dans l’Humanité d’une jeune polonaise, qui s’est engagée dans la lutte quand en septembre dernier, le parlement de son pays a adopté une loi visant à réduire de façon drastique les possibilités déjà fortement réduites d’avorter. Ce jour-là, elle en a pleuré raconte Damien Roustel, « c’était une peine de mort pour les femmes » dit elle aujourd’hui. La mobilisation massive des femmes polonaises, descendues dans la rue tout de noir vêtues, a fait reculer le gouvernement. Mais le combat continue. Le jour de la saint valentin, le 14 février, le gouvernement a annoncé une nouvelle loi pour restreindre l’accès à la pilule du lendemain…

Des combats féministes Hélène, qui se diversifient

Télérama offre un lexique des nouveaux visages du féminisme : de Beyoncé, star pop qui réconcilierait féminité et féminisme, en passant par les Meufs 2.0, comme les Glorieuses qui ont fait du web leur lieu de combat, jusqu’à Afro-féministes, ou V comme voile, ce voile qui clive en profondeur le féminisme hexagonal, avec d’un côté les féministes laïques attachées à une égalité et des droits universels et de l’autre les représentantes d’un féminisme dit islamique, ou post colonial, ces afro féministes qui défendent le combat pluriel sexisme/racisme/rapport de classe mais aussi la polysémie du voile et la diversité des stratégies de libération. Charlie hebdo dans une double page choisit clairement son camp : donner la parole à celles, venues d’ailleurs d’Iran, de Guinée ou du Maroc, qui se battent aujourd’hui en France contre ce féminisme communautariste fait de relativisme culturel.

Comment la presse parle-t-elle des femmes ? C’est aussi un sujet ce matin

Sophie Gourion, chargée de mission au ministère des droits des femmes, très active sur les réseaux sociaux s’est fait une spécialité de compiler les articles de presse évoquant les violences faites aux femmes. Quelques exemples trouvés sur ton Tumblr intitulé « les mots tuent » : jeu de mots douteux relevé dans 20 minutes pour parler d’un boulanger soupçonné de harcèlement sexuel « le boulanger aimait trop les miches » ; dans la Voix du Nord, une tentative d’homicide d’un homme sur sa femme qui lui annonçait son intention de divorcer est qualifié de « drame conjugal, qui s’explique par la colère noire dans laquelle serait entré l’époux ». L’atteinte sexuelle dont est soupçonné le musicien Ibrahim Malouf sur mineure ? elle est qualifiée de « dérapage » par le Parisien, dérapage donc pas « atteinte sexuelle »…les mots disent quelque chose

Et puis comment la presse traite-t-elle de façon particulière les femmes en politique. Dans Télérama, la politologue Frédérique Matonti a une jolie formule, elle parle de « cadrage Harlequin », Harlequin comme la collection de livres à l’eau de rose. « les femmes politiques dit elle, font l’objet d’un traitement médiatique qui déprofessionnalise leur parcours au profit de la psychologie et de la romance. On se souvient que Ségolène Royal en 2007 en a fait les frais à grande échelle. Et quand deux femmes sont en compétition pour un parti ou une ville, comme Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet pour Paris, on est submergé souligne t elle, de portraits croisés des « meilleures ennemies », des « catcheuses ». Des portraits qui se dépolitisent à vitesse grand V pour tomber dans l’évaluation physique, voire sexuelle, entre la brune et la blonde aux tempéraments si différents…c’est vrai qu’on n’a pas souvenir d’avoir lu pour l’instant l’affrontement Macron/Hamon comme celui du blondinet contre le ténébreux !

Et si une femme remportait enfin la présidentielle Hélène ?

Est ce que ce serait une victoire pour les femmes ? « Peut être pour le féminisme, pas pour la démocratie » avait dit Elizabteh Badinter sur notre antenne début février en parlant évidemment de Marine Le Pen. Ni l’un ni l’autre répond nombre de féministes nous dit Sandra Lorenzo sur le site du Huffington post. D’abord parce que marine le pen est l’héritière de son père, elle ne s’est battue pour rien, ensuite parce qu’au-delà de l’affichage de la candidate qui dit vouloir défendre les droits des femmes, elle instrumentalise surtout le féminisme dans son combat contre les étrangers, l’islam et l’immigration.

Voilà, c’était le 8 mars…demain promis, on reparle de vous, les hommes…

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