Denis Astagneau : "La méchanceté ferait-elle la loi en politique ?" Hélène Fontanaud dans La Tribune n'est pas loin de le penser, elle qui cite Machiavel : "Le temps n'attend pas, la bonté est impuissante, la fortune inconstante et la méchanceté insatiable". Aujourd'hui, relève cette journaliste du Service France, le climat s'électrise. Nicolas Sarkozy, qui joue du commutateur, est en partie responsable de cette mise sous tension permanente de la classe politique. Evidemment, Hélène Fontanaud vise ce qu'elle appelle "le combat à l'arme lourde de ces derniers jours entre premiers ministrables". En jouant des rivalités entre les candidats à Matignon, en leur demandant des preuves de leur motivation, le chef de l'Etat a introduit un management par la terreur dans le fonctionnement des institutions. Et oui, les journalistes rejouent au petit jeu des pronostics. La majorité des députés UMP soutient François Fillon, nous dit Le Figaro. Et Alain Auffray dans Libération, pense aussi que finalement, non, Jean-Louis Borloo ne serait pas le premier ministre du nouveau souffle. C'est demain, sur la tombe du Général de Gaulle, que va s'écrire le prochain épisode du vaste programme de téléréalité qu'est devenu le remaniement. Pour François Fillon, l'aventure continue. Et Alain Auffray a recueilli les confidences d'un proche du chef de l'Etat : "Sarkozy a fait monter Borloo pour démontrer qu'il avait le choix, qu'il n'était pas prisonnier de Fillon". "Une compétition entre ministrables à la manière du PMU" écrit Libé. Quotté à 90% fin octobre, Borloo n'était plus qu'à 50% en milieu de semaine dernière et pas loin de zéro ce week-end. "Au fond, pense Bruno Dive dans Sud-Ouest, la seule nouveauté qui se profile dans le remaniement à venir s'appelle Alain Juppé. Le retour éventuel du maire de Bordeaux au gouvernement constitue l'autre feuilleton politique du moment. La promesse d'un ministère régalien qu'il n'a pas encore occupé (la Défense) et l'éloignement de la perspective Borloo sont en passe de lever les derniers doutes. A charge, note quand même l'éditorialiste de Sud-Ouest... à charge pour lui d'expliquer aux Bordelais pourquoi il revient sur son engagement de se consacrer exclusivement à sa ville". Patrick Cohen : L'autre sujet ce matin, c'est encore les retraites... Denis Astagneau : Oui, c'est facile quand l'actualité est contrastée comme cela... En noir et blanc, ou plutôt en rouge et bleu. Côté rouge, L'Humanité qui revient sur les manifestations de samedi. "La colère est intacte" titre L'Huma. Le mouvement social est installé dans la durée. Michel Guillou est épaté : "Il fallait voir ces hommes et ces femmes, samedi partout en France, au plus profond du pays, sous la pluie battante parfois. Tous ces manifestants n'étaient pas plus abattus que muets, tout aussi déterminés à exprimer leur refus d'une réforme injuste". Et l'éditorialiste de L'Huma parle d'une victoire à la Pyrrhus et prédit : "Ceux qui rêvent d'une parenthèse sociale jusqu'en 2012 en seront pour leurs frais". La contestation sociale bouge encore, constate Luc Peyron dans Libération. En forte baisse, oui. En chute libre, non. Il fallait en effet beaucoup de motivation pour mettre un pied dehors ce week-end. Les Echos publient un tableau du nombre de participants aux huit journées de manifestation contre la réforme des retraites depuis la rentrée. En rose selon les syndicats... en bleu selon la police. Et même en rose, la mobilisation de samedi dernier est vraiment à la baisse. Sans surprise, Le Figaro estime que les syndicats sont affaiblis et divisés. La CGT veut continuer, pas la CFDT. Vu de Lyon, c'est autre chose. La division des syndicats, c'est le dernier thème à la mode du microcosme parisien écrit Francis Brochet dans Le Progrès. On ressort l'éternelle opposition des réformistes et des radicaux pour conclure que, décidément, c'est la pagaille ! Il est vrai que les syndicats sont, chez nous, très nombreux et divers. Mais le fait est qu'ils ont su maintenir depuis six mois, leur unité sur l'essentiel. Syndicats patronaux comme syndicats de salariés d'ailleurs. Dominique Garraud dans La Charente-Libre lui emboîte le pas. Malgré leur défaite, les syndicats ont gagné sur les tableaux de l'opinion, de la légitimité et de la responsabilité, reconnus jusque dans les rangs de la majorité. Dominique Garraud reprend l'image de victoire à la Pyrrhus : "La réforme des retraites s'est muée en un boulet que Nicolas Sarkozy devra traîner pendant 18 mois avec des risques inhérants de nouvelles secousses sociales". D'ailleurs, le magazine Marianne se penche sur l'entente parfaite entre Thibault et Chérèque : "Les secrets d'un couple qui a résisté". Cette entente a créé une vraie dynamique responsable lors du mouvement de l'automne, avec des syndicats qui gagnent en popularité. Bernard Thibault et François Chérèque font également partie des gagnants du conflit tels que les désignent Les Echos. En revanche, à trop jouer la carte de l'isolement, FO a été inaudible juge le journal. Et le PS, combattif, ne réussit pas à se poser en alternative crédible. Dans Marianne encore, Gérald Andrieu reconnaît qu'Aubry perd la main. La dame des 35 Heures ne sera pas celle de la réforme des retraites. A trop vouloir ménager son aile droite et son aile gauche, la première secrétaire du PS a raté cette séquence. Et ça se traduit dans l'opinion avec cette photographie de l'IFOP dans France-Soir. A la question : au PS, qui a l'étoffe d'un président de la République ? Martine Aubry ne recueille que 8% des suffrages et Dominique Strauss-Kahn 52%. Pour François Hollande et Ségolène Royal, le verdict des personnes interrogées est encore plus sévère : il recueille chacun 4 points. France-Soir en tire la leçon : "Plus Strauss-Kahn se tait, plus sa cote monte". D'où cette réflexion de Laurent Joffrin : "L'étrange course de lenteur qui occupe les chefs de file du PS affaiblit l'ensemble et gêne la mise au point d'un programme convaincant". Et Joffrin fait appel à la mythologie : "Sarkozy et la gauche sont aujourd'hui lancé dans un remake ironique des Horace et des Curiace. Le président, en difficulté, n'a devant lui que des opposants affaiblis par leur dispersion. Ils s'uniront dans un an, laissant au président, pratiquement seul en scène, douze mois pour se refaire". Patrick Cohen : La hausse du tabac est à la Une du Parisien-Aujourd'hui-en-France et de France-Soir... Denis Astagneau : Oui, ce matin, si la politique ne fait pas un tabac, le tabac, lui, fait de la politique. En tout cas de la polémique. "Mais à quoi sert la hausse du tabac ?" se demande Le Parisien-Aujourd'hui-en France, avec ces deux informations contradictoires : le prix des paquets augmente encore de 6%. Mais les fumeurs sont de plus en plus nombreux. "C'est un impôt injuste !" s'insurge France-Soir. Le tabac rapporte gros à l'Etat, mais la hausse des taxes ne fait plus baisser la consommation et il frappe lourdement les petits revenus. Bon ! cette réflexion aurait un petit air populiste si elle n'était étayée par des statistiques : les chômeurs sont les plus gros fumeurs, devant les ouvriers qui eux-mêmes devancent largement les cadres et professions intellectuelles supérieures. L'augmentation du prix du tabac, dit Jean-Claude Gally dans France-Soir, creuse les inégalités sociales. Seulement voilà, c'est un impôt idéal pour l'Etat, sa quatrième ressource : près de 100 milliards d'euros au cours des dix dernières années. D'ailleurs, si l'on en croit le Parisien-Aujourd'hui-en-France, la France est le pays le plus cher d'Europe, derrière l'Irlande et le Royaume-Uni. Mais Gérard Dubois de "l'Alliance contre le tabac" s'insurge : "Les cigarettiers, comme l'Etat, savent qu'une hausse de 6% du prix du paquet ne fait baisser ni les ventes, ni la consommation. On voudrait programmer l'échec de la lutte contre le tabagisme, on ne s'y prendrait pas autrement !". C'est vrai, reconnaît une buraliste de Saint-Ouen, citée par Le Parisien : "Pendant deux mois, mes ventes vont légèrement baisser. Et puis, tout va redevenir comme avant, voire mieux !". Dans ce contexte, comment faut-il voir l'annonce ce matin dans les pages santé du Figaro ? "La mortalité par cancer diminue en France". Le taux de décès par cancer a baissé de 22% pour l'homme et de 14% pour la femme en vingt ans. Pour le président de l'Institut National du Cancer, c'est parfois lié à la réduction de consommation tabac-alcool, mais un seul cancer a une incidence et une mortalité en hausse : le cancer du poumon chez la femme. A méditer ! On termine par un effondrement qui pourrait faire une victime : le ministre italien des "biens culturels". L'effondrement, c'est celui de la caserne des gladiateurs à Pompéi, l'un des sites les plus emblématiques de la ville-musée. Les fortes pluies de ces derniers jours et la négligence ont causé sa perte. Richard Euzé dans Le Figaro parle pourtant d'un risque prévisible. "Nous devons tous ressentir ce qui s'est passé à Pompéi comme une honte pour l'Italie" a commenté Georgio Napolitano, le président de la République. Pompéi connaît depuis longtemps un état de désaffection préoccupant écrit le correspondant du Figaro. Le temple d'Apollon, la maison du poète tragique avec son inscription "Cave canem" ("Attention au chien") sont menacés sans qu'aucune mesure de protection ne soit engagée faute de crédits.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.