(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : une ceinture sur le caleçon.

(Bruno Duvic) Heureusement que les Anglais sont là… Vous imaginez bien que cette crise de l’Euro fait doucement rigoler la presse à Londres et qu'elle n'hésite pas à mettre de l'huile sur le feu. Le site presseurop.eu (qui rassemble des extraits de journaux européens) reprend la Une du Daily Telegraph hier, selon laquelle le Royaume-Uni se porterait mieux si l'Euro venait à disparaître.

Mais commençons plutôt avec une caricature du Daily Telegraph reproduite par La Repubblica .

Elle montre Silvio Berlusconi en caleçon, pantalon aux chevilles. Et il dit ceci : "La crise ? Mais quelle crise ? C’est toujours comme ça".

En France, nous sommes déjà en caleçon et il faut mettre une ceinture par dessus. Cela dit l'ambiance n'est pas au bunga bunga.

« Cette pré-campagne a désormais un visage et il est sombre, écrit Solenn de Royer dans Le Figaro : celui de François Fillon, costume noir, cravate du même ton et mine grave. »

Photo du Premier Ministre à la Une de Ouest France et ce titre : « Forte dose de rigueur. » C'est donc lui qui a annoncé, entre autres, la hausse de la TVA, l'accélération de la réforme des retraites et la hausse de fait de l’impôt sur le revenu puisque son barème ne sera pas indexé sur l'inflation dans les deux ans à venir.

Fillon, « préposé aux décisions difficiles » donc, mais « la rigueur lui sied plutôt bien », selon Les Echos , lui qui s'enorgueillit de tenir un langage de vérité.

Cela dit la presse n'est pas dupe. Les commentaires sur ce nouveau « plan anti-faillite », comme l'appelle Le Progrès , jettent un regard sur la politique du président de la République à un an de l'élection et alors que le quinquennat arrive à son terme.

Et alors, quels commentaires ?

Le premier constat c'est que, sous l'effet de la crise, il ne reste plus grand chose du Sarkozy de 2007. « Fillon achève Sarkozy » titre Libération . Et Paul Quinio détaille dans l’éditorial : « du Sarkozysme originel il ne reste que la défiscalisation des heures sup. On se demande d'ailleurs pourquoi, tant la preuve qu'elle profite à l'emploi est loin d'avoir été apportée. »

« Ce budget-bis brise bel et bien tous les tabous que s'était interdits Nicolas Sarkozy, contraint de se renier sur à peu près tout » confirme Philippe Mabille dans La Tribune .

Les impôts augmentent bel et bien mais de manière masquée. L'éditorialiste pointe « le gel, jusqu’en 2013, du barème des impôts sur le revenu, sur la fortune et sur les successions, qui rapportera à lui seul… 15 milliards d'Euro d'ici à 2016 sans augmenter les taux. Chapeau l’artiste ! »

Changement de cap, donc. « Sarkozy rêve de faire de la crise un atout » écrit Le Parisien-Aujourd’hui en France . « Il est convaincu que le pays est prêt à des sacrifices pour ne pas devenir la Grèce. » Et il veut croire que les français lui seront reconnaissants de ce réalisme. Le Parisien évoque le sondage LH2 pour Le Nouvel Observateur qui sortira cette semaine et dans lequel le chef de l'Etat gagne 5 points de popularité.

« Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent se présenter en hommes qui ne craignent pas de déplaire », écrit Dominique Quinio dans La Croix , même à l'approche d'une élection.

Face à cela, Le Figaro pointe la démagogie du PS : « Dans un curieux exercice de schizophrénie, écrit Gaëtan de Capèle, le PS dénonce une insupportable austérité, tout en assurant que le gouvernement sous estime la gravité de la situation. »

Alors faut-il dire « plus belle la vis », comme le fait avec ironie Didier Pobel sur son blog ? L'Humanité voit plutôt dans ce plan un moyen de « flinguer notre modèle social ». Et une imposture. « Cette fuite en avant entraine la France dans une spirale funeste », pour Jean-Paul Piérot dans l’éditorial.

Qui a raison qui a tort ? Dans Sud Ouest , Bruno Dive semble suspendre son jugement avec ce titre : "En attendant le plan suivant..."

Quoi d'autre dans la presse ?

"Intouchables", déjà un phénomène au cinéma selon France Soir . 1 million 700.000 entrées en une semaine. Le film s'impose comme un succès de masse.

Charlie Hebdo, le numéro d'après l'attentat. A la Une de l'hebdomadaire demain en kiosque 2 garçons s'embrassent à pleine bouche : un musulman et un dessinateur de Charlie. Caricature signée Luz avec ce titre : "L'amour plus fort que la haine"

Les séparations dans les couples sont de plus en plus le fait des femmes. Etude du sociologue François de Singly dans Le Figaro . Elles sont à l'origine des 3/4 des divorces contentieux.

Netanyahu est un menteur et c'est Sarkozy qui le dit à Obama.

Le site Arrêt sur image publie les extraits d'une conversation entre le Français et l'Américain pendant le G20.

Elle aurait dû rester confidentielle, mais les services de l'Elysée ont distribué prématurément aux journalistes les boitiers qui permettent la traduction des propos des chefs d'Etat lors des conférences de presse. Les curieux n'avaient plus qu'à brancher des écouteurs.

Aux propos du président français sur le Premier Ministre israélien, Obama répond : "Tu en as marre de lui, mais moi je dois traiter avec lui tous les jours".

Et un coup d'œil à la presse européenne pour finir

Le gouvernement italien ne tient qu'à un fil et il ne s'agit plus de lingerie. Selon le journal de Turin La Stampa , la dernière hypothèse c'est la formation nouvelle équipe gouvernement avec Gianni Letta à sa tête et Mario Monti à l’Economie. Letta est un proche de Berlusconi qu’il pourrait protéger des juges. Mario Monti, ancien commissaire à Bruxelles, inspire confiance aux européens.

Cela dit, Berlusconi est bien décidé à se battre jusqu'au bout. La Repubblica publie une copie d'écran de sa page Facebbook : les rumeurs sur ma démission sont sans fondement.

Et pourtant : "C'est terminé Silvio, inutile de t'accrocher". Sous ce titre, dans Le Monde , Philippe Ridet raconte les jours plus que délicats que traverse l'homme d'affaires devenu chef de gouvernement. Même ses proches lui conseillent de raccrocher.

Le journaliste décrit sa solitude pathétique au G20 de Cannes : «on l'a vu sourire un peu niais pour donner l'impression d'être mêlé à une conversation dont Angela Merkel et Barack Obama le tenaient soigneusement éloigné. »

« Ces leaders que l'Euro fait chuter », titre encore Le Monde .

Pour Georges Papandreou à Athènes, c'est quasiment acquis. Mais le quotidien grec Eleftherotypia ne s'en contente pas.

Un gouvernement d'union nationale « résout bien entendu les problèmes des rapports au sein du gouvernement et avec les créanciers du pays, écrit ce quotidien de centre droit (…) Mais il n’est pas sûr qu’elle changera la donne pour le peuple grec ». Récession, chômage, baisse de salaire ne disparaîtront pas du jour au lendemain.

La traduction de cet article, intitulé « Tous au pouvoir, tous responsables » est à lire sur le site presseeurop.eu .

Un autre journal grec Ta Nea , repris par Courrier International s'amuse de voir ces journalistes du monde entier débarquer tout d'un coup à Athènes.

Et justement, ce qui est frappant ce matin c'est que, de presse française en sites Internet étrangers, à Athènes, Rome Paris ou ailleurs, les lecteurs de journaux européens ont sous les yeux des titres qui se ressemblent, des éditoriaux qui traitent des mêmes thèmes : l'Euro, la rigueur, la fragilité des gouvernements, les indignés dans les rues. Et si l'un des mérites de cette crise était de faire émerger une opinion européenne ? Nous sommes tous en caleçon, c'est le moment où jamais d'opérer un rapprochement...

A demain !

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