Le Monde raconte et malheur des policiers passés des embrassades à la haine, et la détresse des paysans que menacent des amis de la nature et des imbéciles de bistros. La Croix, d'un monument, dit nos soldats tués. L'Yonne républicaine se souvient de deux enfants juifs que nazis et gendarmes vinrent prendre en 1944.

On apprend que le football a peur.

Car il croit voir sa mort dans une drogue électronique qui ravage déjà ses vestiaires et ses tribunes, qui épuise ses joueurs et arrache la jeunesse à la tradition des stades... "la prochaine génération de fans sortira-t-elle seulement de sa chambre, rester assis 90 minutes pour regarder un match, c'est long" se désole Peter Moore, patron de Liverpool, champion d'Europe aux fans indéfectibles croyait-on, mais qui doit désormais courir après les jeunes, leur parler de football comme on parle de jeux vidéos. Je découvre cela dans So Foot qui marie le ballon et l'époque, et me donne le nom du diable, Fortnite, ce jeu électronique conçu pour développer l'addiction, Fortnite qui compte plus de 250 millions d'adeptes acharnés à tuer virtuellement leurs rivaux dans les batailles royales, le Prince Harry veut l'interdire, comme une toxicomanie, mais qui écoute le Prince, pas les footballeurs, jeunes et plein de sève et de défis, qui se sont mis au massacre,  et parfois oublient à force de jouer de se doucher de dormir, et  manquent les entrainements, au Royaume Uni, des joueurs s'en vont les yeux en sang dans des cures de désintoxication, ils n'avancent plus mentent et ne valent plus rien...

Il est étrange ensuite de découvrir que l'Equipe adoube l'ennemi, et lui consacre huit pages de son édition de papier qui depuis 1903 est l'écrin du tour de France, huit pages offerts non ps à fortnite mais à une autre discipline du Sport électronique, E-Sport dit on maintenant, la League of legends, la  ligue des légendes, où il s'agit de détruire en groupe la base de l'adversaire et dont la finale a lieu dimanche à l'Accor hotel Arena, qu'on appelait autrefois le palais de Bercy. Huit pages offertes à des champions de manettes d'écrans videos sans muscles ni douleur mais des champions quand même d'excellence et d'entrainement et aux millions de supporters, nous en parlions hier dans le zoom de la matinale, mais l'Equipe donne l'estampille officielle,  et convoque même un champion pour de vrai, Yannick Agnel, champion olympique de natation en 2012,  qui travaille dans le sport électronique et regarde des gamins geeks s'astreindre à la discipline qu'il s'imposait dans les bassins...

On y croit puisque cela existe, un phénomène générationnel, pour lequel se passionnent aussi le Monde et les Echos, qu'en pense-t-on à Liverpool...

A deux pages de l’E-sport je lis dans l'Equipe des histoires de toujours, le boxeur français Oubaali qui doit battre deux frères japonais pour être le meilleur l'incontesté champion des poids coq, le premier est tombé hier... Le rugbyman, le pilier du stade toulousain Clément Castets, quel corps, quelle masse, et quelle sympathie quand il se moque de lui-même, « certains doivent se dire que je suis un bobo », un bourgeois bohème, parce qu'il est écolo, il avait interpellé le président Macron sur le sujet lors de la finale du championnat en juin, il circule en trottinette depuis que sous ses 102 kilos son vélo a craqué.

Le sport se confronte à l'époque, ce n'est pas d'aujourd'hui. Dans l'equipe encore, sur le web, vous lirez les souvenirs de nos sportifs d'antan qui découvraient au hasard des compétitions un monde gris et fliqué et d'âmes blessées, les pays communistes où ils étaient pour leurs adversaires, un moment de respiration, l'article est tendre, connaissent ils la tendresse, les geeks du e-sport, pourquoi pas.

Et la tendresse habite nos journaux...

Elle nous prend dans le Monde, sur le web et tout à l'heure le magazine, devant ces policiers à l'identité perdue  dans la violence des gilets jaunes, eux qu'on embrassait en 2015 quand trois d'entre eux étaient morts au mois de janvier de Charlie, et qui ont eu depuis d'autres morts, mais dans la rue et des manifs sont venues la haine, les coups, les guet-apens. On autorise les policiers pour leur sécurité à ramener chez eux leur arme de service mais l'arme dans la maison est une tentation quand vient l'envie d'en finir, "c'est stupide, ça détruit des vies" soupire un commissaire divisionnaire, et dans ce corps de l'Etat que la mort vient hanter, quelque chose s'est brisé. Dans les cars de CRS qui attendent à Paris, les fonctionnaires ont le nez collés au smartphone, quand jadis, comme dans les vieux vestiaires, entre collègues on jouait aux cartes.

Le Monde encore, dans son édition de papier dit l'immense solitude des agriculteurs, aimés puis détestés, menacés de soi-disant amoureux de la nature  auteurs de lettres anonymes, imbéciles de bistro: « Ta femme a un cancer, c'est normal avec les produits que tu utilises. » Ils ont notre tendresse...

La tendresse est nous envahit pour ceux qui nous protègent, à la une de la Croix, où je vois trois soldats de statue qui portent un cercueil invisible, ils sont le monument à nos soldats morts en opérations extérieures que le président Macron inaugurera lundi 11 novembre, la croix nus parle d'eux que nous savons si peu, le lieutenant Antoine de la Batie qui avait fait à pied le pèlerinage de Lourdes après avoir été admis à l'école interarmes, et qui est mort dans l'attentat du Drakkar à Beyrouth il y a 36 ans;  en novembre 2016, la nuit avant sa mort au Mali, le maréchal des logis-chef Fabien Jacq était sorti de sa tente et avait dit à un compagnon d'armes, « tu te rends compte comme le ciel est beau dans le désert ».

Et les souvenirs d'un vieil homme pour finir...

Et c'est la plus absolue des tendresses que j'offre à un si vieux monsieur que me présente l'Yonne républicaine, Jean Durup de Maligny, dans le Chablisien, qui depuis 75 ans rumine ce 24 février 1944, un jeudi, il n'y avait pas école, quand des nazis sont venus prendre Roger et Henriette Hess, deux enfants juifs, ses copains, dont les parents avaient déjà été pris et qui s'abritaient chez eux. Roger et Henriette criaient, « ils vont nous tuer », les nazis ont donné les enfants aux gendarmes. Une tante de Jean est allée à Drancy, le camp de concentration au Nord de paris où les enfants Hess avaient été transférés, elle apportait aux gosses de la nourriture et elle a arrêté quand elle s'est aperçue que les gardiens français mangeaient ce qu'elle apportait: les deux enfants étaient partis vers l'Est pour mourir.

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