(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Isabelle, Sandrine et Zozan

(Bruno Duvic) 40 ans après leur rencontre, lorsqu'Isabelle Adjani parle de François Truffaut elle semble parfois au bord des larmes. Truffaut lui a jeté un sort, dit-elle, il a posé devant elle toutes les cartes. Elle avait 19 ans, elle se dit aujourd'hui que ce film qu'il lui proposait, « L'Histoire d'Adèle H. », et que ce cinéaste, lisaient dans son avenir d'actrice, dans son avenir tout court. Cela fait 30 ans que l'homme qui aimait les femmes est mort. Après France Inter, vendredi dernier, Télérama lui rend hommage cette semaine avec ce magnifique récit, recueilli par louis Guichard, d'une rencontre et d'un tournage par la très rare Isabelle Adjani.

François Truffaut avait découvert Isabelle Adjani dans « L'Ecole des femmes », à la comédie française. Il a commencé par lui envoyer une lettre, pour lui dire son "désir impérieux" de fixer son visage sur la pellicule, "tout de suite, toutes affaires cessantes".

Première rencontre. "Je trouvais sa ferveur exagérée, dit la comédienne. Il me regardait abasourdi. Pour lui c'était sans appel. Il concevait ce film comme un morceau de musique, pour un seul instrument. »

1975, début du tournage dans l'isolement de l'île de Guernesey. Suzanne Schiffman, la collaboratrice de Truffaut, leur attribue deux chambres voisines à l'hôtel. Il glisse souvent des mots sous la porte. « A mon retour, raconte Isabelle Adjani, ma mère a fouillé dans mon sac et elle a trouvé ces lettres. »

Pendant les prises, leçon de cinéma, de cinéphilie. « J'ignorais qu'avec un grand cinéaste, le travail est parfois simple, indolore, agréable, il me l'apprit. »

Et pourtant… « Il m'est arrivé de frapper à sa porte et de le trouver prostré dans une angoisse indescriptible. Contre ses migraines, il avalait de l'aspirine avec du Champagne, comme Marlene Dietrich. Sur le tournage, conclut Adèle-Isabelle, lui et moi nous raccrochions à la solidité du scénario mais il y avait ses abimes à lui et les miens, que j'ignorais encore et qu'il me révélait dans un geste de cinéma sublime, magnifique cadeau de consolation. »

"Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie" faisait dire Truffaut à Charles Denner dans « L'Homme qui aimait les femmes ». Parfois, le compas est particulièrement pointu.

Le député Julien Aubert peut-en témoigner... ...lui qui a cherché d'un peu trop près la présidente de séance à l'assemblée, Sandrine Mazetier lundi soir. Madame LE président ? Il se fait rappeler à l'ordre...

http://rue89.nouvelobs.com/rue69/zapnet/2014/10/07/madame-president-insiste-depute-ump-resultat-rappele-a-lordre-comme-ado-255328

Le député a donc perdu un quart de son indemnité parlementaire ce mois-ci en guise de sanction.

Récrimination à droite sur le thème la police du langage est de retour. Le député a raison : l'Académie française préconise, rappelle Le Figaro de garder le neutre, donc le masculin dans la langue française, chaque fois que l'usage le permet - donc madame le président. Argument : le choix systématique du féminin établit une ségrégation qui va à l'encontre du but recherché.

Mais la présidente a raison : circulaire Fabius de 1986, circulaire Jospin de 1998, quand le terme féminin est d'usage courant - la présidente - il est demandé aux administrations d'y recourir. Et encore nous sommes bien timides à côté des cousins et cousines belges et québécois qui parlent par exemple de « sapeuses-pompières ».

Alors faut-il tout féminiser, au risque du loufoque ? Michelle Alliot-Marie, hostile à la féminisation systématique se souvient sur lexpress.fr de ses années de ministre de la Défense. Il y a un grade dans la marine qui est celui de second maître. Faut-il parler de « seconde maitresse » ?

Alors l'Académie ou le règlement de l'assemblée ? A propos de l’Académie, Charlotte Pudlowski sur slate.fr fait valoir qu'il n'est peut-être pas raisonnable de suivre les recommandations de vieux messieurs déguisés en lutins brodés avec accessoires de mousquetaires. Plus sérieusement, elle rappelle que le grand grammairien Vaugelas suggérait d'écrire « avec le cœur et la bouche ouverte ».

Rue89 avance un autre argument à destinations du député UMP rebelle : « Si les mots ne méritent pas d'être politisés, pourquoi autant de résistance à dire madame la présidente ? »

Femmes combattantes... Dans un contexte infiniment plus tragique, dans L'Humanité , dans le reportage de Stéphane Aubouard à la frontière turque, passe le cercueil d'une jeune fille kurde de 17 ans. Elle s'appelait Zozan, tuée à Kobané. Plusieurs centaines d'âmes l'ont accompagné au cimetière dans le village d'Alizor, à quelques kilomètres de la ville assiégée. L'Huma très hostile à l'intervention de la coalition internationale l'accuse maintenant d'abandonner les Kurdes. La tragédie du peuple kurde et les nombreuses questions sur l'efficacité de l'intervention internationale en Irak et en Syrie traversent une fois de plus la presse ce matin.

Ce qui la traverse aussi, comme une obsession, ce sont les récits de ces jeunes qui partent faire le Djihad. Poignant dans La Croix , dans la bouche d'un père et grand-père, descendant d'immigrés italiens. Il y a dix jours exactement, raconte Ivano, réunion de famille, quatre générations autour de la table. Sa fille Andrea l'a serré un long moment dans ses bras. Quelques jours plus tard, message sur Facebook : elle et son époux Ousamma sont partis avec leur deux enfants de 4 et 6 ans. Le lien subsiste sur les réseaux sociaux. Depuis, Ivano se repasse en boucle l'enfance d'Andrea. "Pourtant on était passé par le baptême et tout". Et puis le décès précoce de la mère. "Un jour j'ai découvert qu'elle faisait le Ramadan, mais c'était pour copier les copines". Début des années 2000, rencontre avec son mari. Andrea se met rapidement à porter le voile. Elle bascule dans la radicalité avec l'affaire Merah.

Quoi d'autre dans la presse ?

Nicolas Sarkozy ne doit pas apprécier la nouvelle formule du monde, en kiosque depuis lundi après-midi. Le numéro daté de mardi mettait l'affaire Bygmalion à la Une, et ce mercredi un nouveau scandale en germe : Les hélicoptères du Kazakhstan. Eventuelles rétro commissions sur des contrats signés en 2010. Le retour de Nicolas Sarkozy marqué par les affaires, le Canard enchainé s'en amuse à sa Une : « Sarkozy joue les Bygmarioles ». A propos de l'affaire Bygmalion, Bastien Millot l'un des co-fondateurs de l'entreprise dans L'Express . « Difficile, dit-il de penser que Nicolas Sarkozy n'était au courant de rien. »

A la Une également, les ennuis du gouvernement avec la commission de Bruxelles. Le budget sera-t-il retoqué ? Hollande pris en étau entre Bruxelles et les frondeurs, titre Le Figaro .

Nous avons commencé avec un artiste qui aimait les femmes. En voici un autre qui n'a rien à envier à François Truffaut. Leonard Cohen, 80 ans et un album encensé par la critique. L'Express retrace la vie de Leonard Cohen à travers ses muses. « Ladies and Gentelman ». Marianne Faithfull, la photographe Dominique Isserman et puis l’histoire de Suzanne, qui a inspiré à Cohen l’une de ses chansons les plus célèbres.

Qui était-elle ? Elle s’appelle Suzanne Verdal, rencontrée durant l’été 1963 à Montréal. Magnifique danseuse de 17 ans aux cheveux noirs et à l’allure gipsy. Leur relation est restée platonique. Mais elle s’est sentie trahie par la chanson, qui a fait d’elle une icône, un personnage futile et encombrant alors qu’elle voulait être reconnue pour son talent de danseuse. Suzanne vit aujourd’hui dans une caravane sur une plage près de San Francisco. Leonard et elle ne se voient plus.

A demain !

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