Pour se construire, pour se souder, pour façonner l’Histoire, mais aussi pour nourrir un imaginaire collectif, les civilisations ont toujours eu besoin de légendes et de mythes.

Le mythe d’Adam et Eve – la création du monde, la légende de la naissance de Rome – Remus et Romulus, le mythe de la caverne, la légende de Saint-Nicolas, celle du roi Arthur ou bien encore celle de Che Guevara…

Bien sûr, lui, il a existé... Il est même devenu une légende de son vivant et, depuis sa mort, on l’a érigé en mythe. Retour sur son arrestation dans les colonnes du PARISIEN… C’était il y a cinquante ans. On est 8 octobre 1966, et le commandant est entré en Bolivie sous un faux nom. Il vient pour y fomenter une insurrection, mais le soulèvement ne prend pas, et les guérilleros doivent se réfugier près du village de La Higuera… Encerclé par près de 2.000 hommes, Che Guevara résiste quelques heures avant d’être blessé d’une balle à la jambe… On l’enferme dans une école, les ordres arrivent le lendemain, en direct de la présidence… Deux numéros : 500, 600… Le premier désigne le Che, le second la sentence qui lui est réservée… En l’occurrence, l’exécution, et elle aura lieu le lendemain.

Mais c’est bien le 8 octobre, le jour anniversaire de son arrestation, que les Cubains honorent la figure légendaire de leur révolution… De nombreux articles depuis dix jours dans la presse cubaine et des hommages à la radio et la télévision… On a réentendu des fragments de ses discours, on a organisé des concerts symphoniques… Mais comme le raconte Sylvain Cottin dans SUD OUEST, si l’on fait abstraction de ces commémorations, il ne reste plus guère aujourd’hui de l’icône révolutionnaire qu’un juteux business.

Le mythe Che Guevara s’est transformé en marque. Bien sûr, il y a l’inévitable tee-shirt à son effigie, mais aussi des centaines, des milliers d’objets dérivés : des montres évidemment – il aimait les belles montres, mais aussi des briquets, des coques de portables, des baskets ou encore cette glace vanille-cerise de vendue par Magnum, avec un slogan décapant : « La lutte révolutionnaire des cerises a été écrasée et coincée entre deux couches de chocolat : puisse leur souvenir vivre dans votre bouche »…

Dans le même genre, il y a même une boisson énergisante. Avec le portrait d’Ernesto – elle s’appelle simplement « Che », et elle est présente dans 160 pays… « Du prolo au bobo, aujourd’hui le Che touche tout le monde », analyse le publicitaire Franck Tapiro, tandis que Jacques Séguéla – autre amateur de montres – explique qu’il concentre, à l’instar de toutes les légendes, de nombreuses vertus : honnêteté, bravoure, désintéressement, romantisme… D’ailleurs, comme le rapporte SUD OUEST, même son fils a su jouer de l’image de son père… Avec son entreprise, il organise des tours de Cuba en Harley Davidson… Un circuit de neuf jours sur les traces du combattant pour la modique somme de 5.800 dollars.

Mais il en est tout de même pour rappeler que l’homme n’était pas un saint… C’est ce que fait dans son dernier livre l’écrivaine et chercheuse Marcela Iacub… Le portrait qu’elle dresse, c’est avant tout celui d’un tueur, un homme qui aimait se battre et se fichait royalement de la mort des autres : 162 pages dans lesquelles elle démonte le mythe.

Et Jean-Luc Mélenchon, aura-t-il un jour, lui aussi, des briquets, des coques de portables et des baskets à son nom ? En tout cas, il a droit ce matin à la Une du PARSISIEN DIMANCHE. Deux grandes photos et ce titre : « Mélenchon, la stratégie de la provocation »… Depuis la rentrée, lui comme ses proches enchaînent les formules brutales – parfois même les outrances et les dérapages… Mais, selon le quotidien, l’agressivité du leader de la France Insoumise est mûrement réfléchie. C’est, du moins, l’analyse de Cécile Alduy, spécialiste du langage des politiques. D’après elle, Mélenchon a parfaitement compris comment utiliser à son avantage l’appétit des médias pour le buzz et leur appétit pour le clash… « Mais qu’est-ce qui le distingue des autres politiques ? », lui demande le journal. Réponse : « Il maitrise les rhétorique de l’éloquence et sait adapter son discours à son public. Jean-Luc Mélenchon est l’un des rares véritables orateurs dans le débat politique actuel. » « Et y a-t-il des aspects commun avec le discours de Marine Le Pen ? » Réponse de la spécialiste : « Il y a des ressemblances lexicales. Ils sont les seuls à utiliser avec une telle fréquence les mots ‘médiacratie’, ‘oligarchie’, ‘caste’, ‘eurocrate’ ou ‘peule’. Un peuple magnifié, juste et vertueux, contrairement aux ‘élites forcément déconnectées’… Cela dit, poursuit-elle, leur vision du peuple est radicalement différente. Chez Mélenchon, le peuple, ce sont les ‘sans-voix’ qui doivent reprendre le pouvoir. Alors que chez Le Pen, il s’agit d’une conception identitaire, ethnique et culturelle – à ses yeux, le peuple français serait attaqué par l’étranger. »

Et que penser des mots du président de la République ? Les faignants, le bordel, les gens qui ne sont rien, sans oublier le costard et les illettrés… Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron enchaîne les phrases polémiques… « Le Président n’a pas encore trouvé sa voix », analyse Damon Mayaffre dans LE JOURNAL DU DIMANCHE. Docteur en histoire, il pointe les écarts de niveau de langage du chef de l’Etat : très policé, très contrôlé quand il fait ses discours, mais nettement plus vulgaire, au sens étymologique du terme, quand il improvise. Deux registres qui, finalement, s’annuleraient l’un l’autre. Conclusion de l’historien : « Emmanuel Macron n’a pas encore choisi entre Sarkozy et De Gaulle » - De Gaulle, autre figure mythique.

D’ailleurs, même dans son propre camp, ses écarts de langage provoquent des remous… « Je soutiens sa politique, mais là, il devient cassant, immature et hautain », alerte un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat dans les colonnes du PARISIEN… D’autres de ses amis estiment que s’il dérape, c’est aussi parce qu’il est le seul à monter au front – peu de figures de premiers plan, peu de personnalités dans le mouvement présidentiel. Non sans humour, un pilier macroniste résume le problème : « A la République en Marche, nous avons des experts, mais on n’a pas de snipeurs… Ne le mettez pas dans ma bouche, mais ce qui nous manque, ce sont des Eric Ciotti. » Sûr que la confidence fera plaisir à Eric Ciotti…

Pour le reste, il est beaucoup question d’argent dans la presse ce matin… L’argent des Français et l’argent des villes françaises. Ce dernier sujet fait la Une du JOURNAL DU DIMANCHE, qui revient en détail sur « la colère des maires contre Macron »… C’est le titre en couverture, avec la photo d’une statuette en plâtre d’une Marianne dotée d’un rictus écœuré. Colère des maires suite à la fin de la taxe d’habitation, et suite à l’annonce des 13 milliards d’euros d’économie que le gouvernement entend leur imposer…

De son côté, LE MONDE a sorti sa calculette. Sur les 10 milliards d'euros de baisse des prélèvements l’an prochain, les réformes de l'ISF et de la taxation du capital représentent 4 milliards et demi… Et le quotidien a effectué quelques simulations, qui mettent en évidence de réelles différences en termes de pouvoir d’achat… Conclusion à la Une : « Les plus riches sont les grands gagnants du budget Macron. » Et dès lors, on se demande comment Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a pu dire, il y a quelques jours, que le chef de l’Etat était « le président des pauvres ».

Enfin, je vous conseille la lecture du mensuel SO FILM, dans lequel vous pourrez notamment découvrir un passionnant reportage sur une maison de retraite destinées aux acteurs, aux actrices et autres réalisateurs qui travaillaient à Hollywood… Une institution dans laquelle certains rédigent leur autobiographie, tandis que d’autres rejouent les grandes heures du cinéma américain. Du reste, il y en a même qui tombent amoureux, le papier est vraiment savoureux.

Et puis, toute aussi savoureuse est la page consacrée au cinéma de Michael Haneke, l’immense Michael Haneke… « 20 indices qui révèlent qu’un film est d’Haneke »… Je n’en citerai que quelques-uns…

- Le décor est blanc, la lumière est blanche, les acteurs sont blancs, mais pas autant que les spectateurs toujours proches du malaise…

- Les parents et les enfants ne se parlent pas… Les maris et les femmes non plus…

- Il y a de quoi s’inquiéter dès qu’un comédien s’empare d’un couteau, même si c’est pour couper le beurre…

- Dans la critique, on a pu lire, « Un film qui appuie là où ça fait mal, qui pointe les conflits et les non-dits de nos sociétés contemporaines »…

- Un dernier pour finir : Isabelle Huppert a les lèvres pincées. Comme dans ses autres films, mais davantage encore…

Là encore, il semble qu’on soit dans la destruction d’un mythe.

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