Il est "le personnage de Molière le plus actuel", pour plus de 31% de votants sur le site du Figaro.fr... Lui, c'est Tartuffe. Pas l'avare Harpagon, non, ce qui eût été logique par les temps qui courent, comme Le Figaro le fait remarquer ; pas Don Juan non plus... Non : Tartuffe. Et ça n'étonne pas Jean d'Ormesson, dont la collection consacrée à Molière sort aujourd'hui en librairie... Ca ne l'étonne pas : "Nous sommes entourés de Tartuffe, dit-il, de gens qui font le contraire de ce qu'ils disent... Les Tartuffe de la morale sont corrompus, les Tartuffe de la paix font la guerre... Ils sont partout". Et notamment en politique... Puisqu'on va beaucoup parler des élections européennes dans les deux mois qui viennent, quels sont les élus ou candidats français qui s'intéressent vraiment à l'enjeu européen ? C'est un sortant qui le dit à L'Express : Gérard Onesta, vice-président Verts du Parlement européen, élu depuis 1989, et qui passera la main en juin prochain. Il constate avec regret que "beaucoup d'élus français sont juste de passage au Parlement de Strasbourg, en attendant d'autres échéances... En 2007, par exemple, 32 eurodéputés sur 78 étaient candidats aux législatives (autrement dit, mieux vaut pour eux le Palais Bourbon que l'Europe). Au même moment, poursuit Gérard Onesta, aucun parlementaire allemand n'était en lice pour intégrer le Bundestag... Bref, pour nos voisins, siéger à Strasbourg n'est pas une sanction, au contraire : le Parlement européen, c'est pour eux une réserve de compétences. Quant à la composition des listes, les Allemands les ont bouclées depuis l'automne, alors que les listes de l'UMP ne sont toujours pas connues". Mais là, on lira, dans Le Point, que c'est tout à fait volontaire de la part du chef de l'Etat, c'est tactique... Il l'a dit à quelques visiteurs récents : "En politique, il y a des fondamentaux : plus tard on dit aux gens quel sera leur sort, plus tout le monde reste motivé pour faire campagne et se tient à carreau". Dans l'actualité, ce matin, une nouvelle méthode de contestation sociale : la séquestration des patrons... C'est à la Une du Monde : le dessin de Plantu... Un patron ligoté sur sa chaise, sous l'étroite surveillance de ses salariés, et qui leur crie : "Pardon ! Pardon ! Pardon !"... "On dirait Ségolène Royal", fait remarquer l'un d'entre eux... Tout est dit de cette nouvelle tendance, que Le Figaro qualifie, à la Une, de "dérive" : "la dérive inquiétante des mouvements de protestation"... Des patrons séquestrés chez Caterpillar, chez Sony, et hier encore chez Scapa, dans l'Ain. Tellement tendance, soit dit en passant, que le journal La Tribune donne à ses lecteurs quelques conseils pour faire face à une éventuelle séquestration... Des experts sont appelés à la rescousse, notamment cet ancien DRH, lui-même séquestré quelque temps et très marqué psychologiquement car on lui avait demandé de quitter les locaux allongé dans un cercueil... Aujourd'hui, il propose un kit de survie à ses clients, expliquant au futur séquestré qu'il doit avoir en sa possession un téléphone portable, une chemise de rechange et une trousse de toilette... Un avocat en droit social va plus loin, en recommandant au cadre dirigeant d'accepter ce que veulent les salariés, car les engagements pris sous la contrainte sont toujours annulables par un juge. Cela étant, revenons à ce que Le Figaro appelle "le dangereux dérapage des conflits sociaux", qui pourrait bien finalement arranger tout le monde : les activistes d'extrême-gauche évidemment, les anti-Sarkozy aussi, et peut-être même la droite, car "le spectre de la chienlit, écrit Guillaume Perrault, pour reprendre la célèbre expression du général de Gaulle en 68, peut être aussi un bon argument électoral pour la droite, qui peut espérer ressouder son camp". Et d'ailleurs, si l'on en croit L'Humanité, elle ne s'en prive pas... "La droite a bien choisi la stratégie de la tension, et le pouvoir utilise le prétexte des violences pour museler la contestation sociale"... ce que L'Huma appelle, en Une, "le jeu dangereux de Sarkozy"... A l'inverse, pour Yves Thréard, dans l'éditorial du Figaro, s'il y a jeu dangereux, ce sont "les profiteurs de la crise" qu'il faut mettre en garde : "les Royal, Aubry, mais aussi les Villepin et Bayrou, qui ont exprimé en choeur leur compréhension pour ces actes de désespoir... Au petit jeu de la démagogie, dit-il, il n'y a que les extrêmes qui gagnent... Et rien ne justifie la trahison des clercs, de ces hommes et femmes qui ont été aux commandes, ou qui le seront peut-être, qui confondent les maux de la crise avec leur hostilité viscérale au pouvoir en place, leur intérêt particulier avec l'intérêt général". Un peu Tartuffe, autrement dit, du point de vue de l'éditorialiste du Figaro... Et c'est vrai que, vu de l'étranger en tout cas, ces patrons retenus en otage, c'est une vraie bonne farce à la française : voir encore, dans La Tribune, comment les Américains notamment ironisent en racontant ces histoires de "boss-napping" (une expression spécialement inventée, en référence au kidnapping)... "Prendre son patron en otage, explique par exemple le New York Times, c'est devenu en France une tactique de négociation". The Independent fait dans l'humour de mauvais goût en écrivant "qu'en France, dormir avec son patron a pris une toute nouvelle signification". L'élection présidentielle en Algérie, dont on parle ce matin avec notre invité... un mot qui revient dans toute la presse : le désenchantement... Et si cette élection présidentielle algérienne n'était qu'une grande tartufferie ? Voir la Une de Libération : "Algérie, le pays étouffé"... "Au pouvoir depuis dix ans, Abdelaziz Bouteflika sera réélu aujourd'hui à la tête d'une nation à bout de souffle, où le désespoir le dispute à l'indifférence". "Le seul vrai suspense, explique La Croix, c'est le risque d'abstention... à tel point qu'il a fallu recruter des stars de la chanson contestataire pour rappeler leur devoir civique à leurs compatriotes". "Ce que recherche Abdelaziz Bouteflika, titrent aussi Le Parisien-Aujourd'hui et France-Soir, c'est un nouveau plébiscite : Bouteflika l'inoxydable, le civil préféré des militaires algériens, ce qui explique d'ailleurs sa longévité"... Reste qu'en Algérie, tous les reportages sont édifiants : voir notamment ce que raconte Catherine Tardrew dans Le Parisien : "Comment les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres"... Il suffit de s'éloigner des belles villas des hauteurs d'Alger et de s'enfoncer dans les quartiers périphériques pour se rendre compte que la manne pétrolière est bien mal redistribuée... A Bab-Ezouar, en banlieue d'Alger : un hôtel Ibis flambant neuf et, à côté, des tas d'ordures, des murs lépreux, des cages d'escalier sombres et puantes... Chez Mohamed, 55 ans, 14 personnes dans un deux-pièces... Les garçons ont les dents gâtées... Les revenus de la famille ne dépassent pas les 12.000 dinars (120 €) par mois... "Je ne connais pas le cours du pétrole, explique Mohamed, mais celui du kilo de patates, oui : il vient de passer les 100 dinars". Dans Libération, c'est Laurent Joffrin qui s'interroge : "Voilà un pays doté de ressources naturelles à profusion, d'une jeunesse déterminée et de mieux en mieux éduquée, d'une diaspora industrieuse et patriote, et qui réussit en dépit de ses atouts extraordinaires à s'enfermer dans l'humiliante situation d'être l'homme malade du Maghreb... On connaît cette petite fable sarcastique qui circule en Algérie : 'c'est le parti qui prend le pouvoir au Sahara... Un an après, rien ne se passe... Au bout de deux ans, il y a pénurie de sable'... une vieille blague anticommuniste qui s'applique tragiquement, écrit Joffrin, à cet autre parti antédiluvien qu'est le FLN". Tout est dit... Pour ne pas rester sur un tableau trop sombre, juste un mot sur ce qui est une belle évolution du pays, soulignée par Les Echos : les femmes qui sont désormais en première ligne... Au travail, et bien visibles dans l'espace public, elles sont maintenant au contact direct de la clientèle dans les restaurants, les magasins et les services. Et c'est le quotidien algérien El Watan qui le dit : ce sont les femmes qui vont sauver le pays. Pour terminer, on reparle à nouveau ce matin, dans les journaux, du futur PDG de Radio France : Jean-Luc Hees... Jean-Luc Hees a reçu l'aval du CSA pour diriger Radio France, bien que sa prestation ait semblé un peu courte, semble-t-il... Comme on pourra le lire dans Le Monde ou dans La Croix, c'est bien France Inter sa radio préférée, mais il n'en dira pas plus, car il a du mal à en parler... On lira dans L'Express qu'en fait, si Jean-Paul Cluzel n'a pas été reconduit, ça n'a rien à voir avec les chroniques de Stéphane Guillon : c'est parce qu'il a supprimé, en septembre, la chronique économique de Jean-Marc Sylvestre... Pour le PDG de Radio France, ce n'est pas à Tartuffe qu'on pense mais aux Fourberies de Scapin, dont vous connaissez la réplique la plus célèbre : "Qu'allait-il faire dans cette galère ?".

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